La laïcité version Corbière (PG) : Non à 36.000 euros pour les protestants, mais silence sur les 22 millions pour les musulmans !

Publié le 8 juillet 2011 - par - 1 185 vues
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Le bon Alexis Corbière, figure pouponne du Parti de Gauche insérée dans la municipalité de Paris, vient de nous réussir une de ses démonstrations de force laïques face auxquelles les muscles de Rambo dessineraient la morphologie d’un vieillard rhumatisant ou ceux de Jean-Claude Van Damme la complexion d’un minet rachitique. Le culturiste de la laïcité, le karatéka de la séparation des églises et de l’État, c’est désormais (les religieux de tout poil n’ont plus qu’à trembler!) le champion du monde tout catégorie Alexis Corbière.

Je voudrais ici évoquer un billet récent d’Alexis Corbière, où il se targue d’avoir fait capoter le subventionnement pour réparations d’un temple protestant (36 000 euros), situé rue Madame, et dont la toiture est endommagée. Ses arguments ne sont pas mauvais, même si, au final, le fond de son texte révèle toujours le même état d’esprit, et c’est une spécialité de la gôche, à savoir s’engager pour de petites causes sans risque pour ne surtout point parler du reste, de ce qui fâche, et notamment, le Lecteur s’en doute, de notre grand ami l’islam…

http://www.alexis-corbiere.com/index.php/post/2010/10/20/Parti-de-gauche-en-construction-et-la-Ville-de-Paris-doit-defendre-la-laicite

Avec beaucoup de précision, Corbière explique que la loi de 1905, malgré une modification édictée sous Vichy, n’implique néanmoins pas formellement que Paris soit contrainte de subventionner le temple.

« C’est pourquoi, hier, au Conseil de Paris (avant de me rendre à la manifestation), avec le soutien de ma camarade du PG Danielle Simonnet, je suis intervenu pour m’opposer à une délibération qui propose d’attribuer une subvention de 36 000 euros, afin d’effectuer des travaux pour la réfection de la toiture d’un Temple protestant, situé rue madame, dans le 6e arrondissement, propriété privée de l’Association cultuelle de l’Église réformée de Pentemont Luxembourg. La totalité des travaux s’élèvent à 217 535 euros. Pourquoi cette participation de la Ville ? A mes yeux, cette subvention va à l’encontre de l’esprit de la loi de 1905, définissant les conditions de séparation de l’Église et de l’État. Certes, du fait de cette loi, nous sommes propriétaires de certains bâtiments religieux pour lesquels nous avons obligation d’assurer des travaux d’entretiens. Mais, ce n’est pas le cas de ce Temple, qui lui est la seule propriété de cette association cultuelle. Alors, je répète, pourquoi cette subvention ? Je découvre à cette occasion que la Ville s’appuie sur le dernier alinéa de l’article 19 de la loi de 1905, qui stipule : « Ne sont pas considérées comme subventions les sommes allouées pour réparations aux édifices religieux affectés au culte public, qu’ils soient ou non classés monuments historiques ».

Cet article 19, a été ajouté à la loi de 1905, par une loi du 25 décembre 1942, publié au Journal officiel du 2 janvier 1943 ! Chacun appréciera la date, et mesurera combien, à cette époque, les principes républicains avaient la parole à cette époque. Oui, oui… vous avez bien lu. C’est bien durant la France de Vichy que la loi de 1905 a été modifiée, pour permettre ce type de subvention. Un décret d’application viendra préciser les choses le 13 juin 1966. Et bien, je pense qu’il faudra revenir là-dessus, et qu’un gouvernement de gauche devra abroger cet article 19, qui par son existence, remet en cause une grande partie de la cohérence de la loi de 1905. Mais, malgré l’existence de cet article, la Ville n’est pas contrainte d’attribuer ce type de subvention. Pourquoi le fait-elle ?

Ce fut tout le sens de mon intervention, que l’on peut écouter dans son intégralité après ce billet. »

Je veux bien accorder à Corbière que son analyse soit juridiquement exacte, quoique je ne sois pas docteur d’État en droit. Mais ce qui fait sourire, ou ce qui fait pleurer, et là je parle non de droit mais de faits, c’est l’absence totale de référence aux privilèges concédés à l’islam, à Paris et ailleurs, par la République. Son billet ne comporte RIEN sur le centre culturel en construction que les internautes appellent désormais à juste titre la « mosquée Delanoë » (références ci-dessous). Le billet de Corbière ne mentionne RIEN non plus sur les phénomènes analogues qui ont lieu en province. Et, au passage, on appréciera la différence entre les 36 000 euros refusés au temple protestant et les 22 millions présumés que risque de coûter la « mosquée Delanoë ».

http://ripostelaique.com/M-Delanoe-nos-impots-servent-ils-a.html

http://www.fdesouche.com/118171-la-laicite-selon-bertrand-delanoe

http://www.la-croix.com/Religion/S-informer/Actualite/La-ville-de-Paris-cree-un-Institut-des-cultures-d-islam-_NG_-2010-06-02-552427

Au lieu de précisions sur l’islam, de quoi nous abreuve le body-builder laïque Corbière ? Seulement de généralités, de propos strictement formels, qui évitent soigneusement d’évoquer l’islamisation.

« Pour nous, la République sociale est l’horizon global qui apportera les réponses aux questions qu’ils posent. Et parmi ses fondements, il y a la laïcité. Sur ce terrain là aussi, il ne faut rien lâcher. »

Il ne faut rien lâcher… Le Lecteur est prié de se retenir de rire…

« J’ai rappelé qu’à l’Hôtel de Ville de Paris, un vibrant éloge de la laïcité a encore été prononcé il y a peu par Anne Hidalgo, lors de la remise du prix de la laïcité à Isabelle Adjani comme actrice de « La journée de la Jupe ». Cette soirée fut un hommage exemplaire à la laïcité, en présence de Caroline Fourest, de Catherine Kintzler, de Patrick Kessel, et d’Henri Pena-Ruiz (mon principal maître à pensée en la matière), entre autres. »

Une superbe brochette de penseurs « laïques » qui ne vaut même plus la peine qu’on s’y attarde. Pour Henri Peña-Ruiz, je renvoie à l’un de mes vieux articles.

http://ripostelaique.com/henri-pena-ruiz-le-pape-de-la.html

Ou encore :

« Il n’est pas dans le rôle de la ville de financer un culte religieux, ni une maison de la libre-pensée, ni un temple maçonnique. »

 

Dont acte. Et pour le reste ? « Culte religieux » permet d’évoquer vaguement les mosquées, entre autres choses, mais sans les évoquer franchement, procédé fort pratique pour rameuter l’électorat laïciste sans choquer les électeurs musulmans éventuels. Dans le même ordre d’idée, très savoureux :

« La laïcité ne consiste pas du tout à combattre la religion, mais à considérer que la religion n’engage que les croyants, tout comme l’athéisme n’engage que les athées. Nous n’avons à financer ni un institut d’humanisme athée ni un temple religieux ni un temple maçonnique. Pourtant si on finance les religions la justice et  l’égalité voudraient que l’on traite également l’humanisme athée ou maçonnique, et qu’on les finance aussi. Mais nous n’avons pas à communautariser l’argent public. »

On va, je crois, s’arrêter là : en clair, il y a d’un côté « les méchants du temple » (parmi lesquels les athées eux-mêmes) et de l’autre une sorte de voile de non-dit qui en dit néanmoins aussi long qu’un poil de barbe intégriste. Je laisse le Lecteur sur ce propos éminemment philosophique :

« La laïcité c’est le principe d’union du laos c’est-à-dire selon le terme grec du peuple tout entier, sans discrimination de certains par rapport à d’autres. Pour être fondée sur des principes justes une telle union requiert la liberté de conscience, l’égalité de traitement de toutes les convictions spirituelles et philosophiques, et la portée universelle de l’action publique. »

On appréciera au passage l’introduction de la problématique de la « discrimination » pour commenter le terme grec ancien laos, terme venu d’une époque où personne ne se posait ce genre de problème. On appréciera aussi la thématique de « l’égalité de traitement » de toutes les convictions… Je rappelle au passage que le terme grec ancien laos signifie la foule indifférenciée, certes, mais simplement parce qu’elle est distinguée du klérikos, c’est-à-dire de l’homme appartenant à l’élite (au départ, ce terme n’a pas de connotation religieuse, il désigne celui que le sort, kleros, fait sortir de l’ordinaire). Un général, un chef civil ou militaire, un juge est, dans la Grèce antique, en dehors du laos, distinct de lui, le laos équivalent au simple populo, au brave populo pourrait-on dire. On devrait rappeler à Corbière que lui-même, en tant qu’élu municipal, en tant que membre de l’élite, n’appartient nullement au laos.

Jacques Philarchein

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