La liberté d’expression va-t-elle devenir l’ultime « dérapage » de la France ?

Publié le 29 avril 2013 - par - 1 307 vues
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Nous ne cessons de rappeler que la France est le pays de la liberté d’expression, et voilà que nous nous emportons dès lors que cette liberté brille de mille feux ! Il aura suffi, en effet, que des critiques soient formulées à l’égard de la politique économique d’Angela Merkel pour que pleuvent les anathèmes.

N’aurions-nous plus le droit de dire ce que nous pensons ? Y aurait-il des sujets tabous ? La liberté d’expression consisterait-elle à exprimer uniquement ce que d’aucuns veulent entendre ? Doit-elle se cantonner dans les eaux immobiles de la non-pensée ? Aurait-elle la phobie des déferlantes ?

Et si derrière la constante glorification des esprits libres que furent Voltaire, Diderot ou Hugo, se cachait finalement la peur de la vérité ?

La vérité n’a pas le devoir de plaire ou de rendre heureux, mais de délivrer des erreurs et des illusions. Elle doit donc être dite, car la perception première du monde est celle des pseudo-vérités qui fondent le confort intellectuel et interdisent de penser.

Penser en vérité, c’est penser contre ; c’est penser par soi-même, sans école ni chapelle ; c’est savoir dire «non» ; c’est donc déranger.

Or, à voir comment nos décideurs sanctionnent ceux qui  osent penser par eux-mêmes, il y a fort à parier qu’ils auraient voté la mort de Socrate, tant ils se complaisent dans la Caverne de Platon (1) !

En effet, la peur de la vérité a pour corollaire le goût de l’obscurité que contiennent les évidences premières. Sa quête, au contraire, dénonce ces mêmes évidences par des lumières qui ne vont pas de soi. Craindre ces lumières, et les craindre par-dessus tout, c’est se faire censeur, c’est-à-dire lâche. Les rechercher, au contraire, c’est affronter le risque de la liberté, et, par là même, encourager ceux qui prennent ce risque.

Car enfin, quel homme (qu’il soit chef d’Etat, ministre, député, sénateur, procureur, directeur, chef d’entreprise ou autre) pourrait se dire responsable s’il n’est point capable d’accepter la libre critique ? Que deviendrait une nation dans laquelle chacun se révélerait inapte à supporter la moindre vérité ? Allons-nous être le pays de la vérité diluée, voilée, édulcorée, assourdie, faussée, bâillonnée, méprisée ? Aurions-nous oublié que la mort de la liberté d’expression est aussi celle de la liberté d’action ?

Maurice Vidal

(1) La République, livre VII.

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