La loi du pays est la loi

Certains ont peut-être suivi l’émission « Ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéï mercredi dernier où Jean-François Copé s’affronte aux représentants des principales religions.
http://www.pluzz.fr/ce-soir-ou-jamais-2011-03-30-22h50.html
Cet enregistrement est un document historique. Il contient quantité d’informations, certaines explicites, d’autres sous-entendues et d’autres décelables tant sur les idées que sur les hommes, apportant un éclairage précieux sur l’évolution ou les brèches dans la laïcité en France.
Pour la satisfaction des annonceurs, on n’échappe même pas au “climax” déclenché comme de bien entendu par… monsieur le vice-président du Conseil Français du Culte Musulman.
Depuis plusieurs années que j’ai la faiblesse, que dis-je, la bêtise ou qui sait, la névrose ( !) de compter parmi ceux qui s’inquiètent de l’islamisation de notre pays, l’évocation d’un épisode singulier de notre histoire m’est alors revenu. Il s’agit de ce que pour Riposte laïque Marie-José Letailleur a très opportunément rappelé : la réunion des notables juifs par Napoléon :
https://ripostelaique.com/si-les-musulmans-veulent-sintegrer-dans-la-societe-francaise-quils-fassent-comme-les-juifs-en-1807.html
Evidemment n’est pas Napoléon qui veut et il est heureux à bien des égards que nous ne soyons plus sous le régime de l’empereur. Mais je suggère qu’on se rende compte de sa décision exceptionnelle d’intégration, forcée il faut bien l’admettre, vis-à-vis d’une minorité du pays présente depuis l’Antiquité, au demeurant en rien menaçante pour la collectivité nationale, plutôt même bénéfique et si minuscule.
Qu’on se reporte au questionnaire ci-dessous (1) soumis aux représentants de la communauté juive du début du XIXè siècle visant à s’assurer de leur loyauté envers la France et de leur volonté d’assimilation et qu’on écoute la conférence du professeur Raphaël Draï (2) analysant les tenants et aboutissants de la « sommation à comparaître ». Découvrez entre autres questions celles-ci, dont le sens est ainsi résumé par le rabbin Gilles Berhneim (3) : « (…) le juste souci des légistes et du législateur de demander compte, aux candidats à la citoyenneté pleine et entière, de leur loyauté envers les principes de la communauté nationale. » :
– «Regardez-vous la France comme votre patrie ?» et
– «Acceptez-vous la loi civile ?».
Sans que de sempiternelles intimidations n’interfèrent dans l’esprit critique et le bon sens de tout un chacun, n’apparaît-il pas légitime, opportun et même crucial d’interroger aujourd’hui nos compatriotes musulmans dans les mêmes termes sur ces sujets capitaux ?
N’appartient-il pas à nos dirigeants soucieux de l’intérêt général et de la cohésion nationale d’engager ainsi franchement les discussions en adaptant la démarche, mais sans faux-fuyant en dépit et en raison même des enjeux et des risques d’aujourd’hui, et malgré la division notoire des interlocuteurs musulmans potentiels face aux politiques ?
L’amnésie et le silence sur l’acte fondateur du judaïsme français sont hélas symptomatiques d’une situation contemporaine fort dégradée, de comportements et d’engagements anachroniques ou veules. Il n’est que de mentionner l’interdiction d’aborder la compatibilité de l’islam avec la République et les invectives promptement formulées quand d’aucuns s’y aventurent.
Nos élites étant tenues, compromises, quand elles ne sont pas volontaires dans la fuite en avant, il est probable qu’une fin de non-recevoir soit opposée, sauf si par exemple nous parvenions à mobiliser en particulier un groupe de députés sachant, par sens des responsabilités et abnégation honorer leur engagement vis-à-vis de tous les Français dont les attentes et aussi les exigences deviennent inévitablement plus urgentes que jamais.
Quoi qu’il en soit, il faut faire la publicité de cet épisode historique et parallèlement, du traitement de faveur flagrant appliqué de fait – en pure perte jusqu’à preuve du contraire – à ceux qui n’ont d’autre pseudo argument que les lamentations sur une soi-disant stigmatisation, quand l’allégation de l’humiliation ne vient pas surenchérir. Et ce ne sont pas les déclarations intempestives bien que louables de compassion et solidarité de la part des autorités religieuses juives qui valident pour autant la pertinence d’une telle réalité. Il ne peut échapper à quiconque que l’exercice de l’auto-discrimination dans bien des circonstances, est aussi un élément incontestable de visibilité et de pression sur nos institutions comme sur l’ensemble des Français.
Tour à tour honteusement méprisés, harcelés ou infantilisés notamment sous prétexte de regain d’engouement nationaliste, de haine atavique ou fomentée, de peur injustifiée, les Français encore naïfs, impressionnables et frileux concevront-ils peut-être enfin mieux ce qu’illustre et recèle le vocabulaire de la novlangue à l’instar de l’idéal du « vivre ensemble ». C’était bien le fil conducteur, le slogan, de la tribune inédite des autorités religieuses et du débat télévisé non moins exemplaire chez M. Taddéï.
Jenny Marie
1. Les 12 questions à l’assemblée des notables juifs : http://www.akadem.org/photos/contextuels/4296_Questions_Assemblee_Doc4.pdf
2. Vidéo et documents sur la convocation du Grand Sanhédrin : http://www.akadem.org/sommaire/themes/histoire/9/1/module_4296.php
3. Article de Gilles Bernheim publié dans l’Arche, janvier 2008 lors de la commémoration du bicentenaire de la convocation par Napoléon 1er des notables juifs et des rabbins :
http://www.unrabbindanslacite.fr/files/ArticleGB-bicentenaire-Arche.pdf

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