La manifestation catholique de samedi m’a à la fois réjouie et inquiétée

Publié le 31 octobre 2011 - par
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Il y avait plusieurs milliers de personnes. Pas un incident, semble-t-il. Des prières, des slogans, des gens de tous âges, des gens bien sages. Il y avait des chrétiens d’Orient, coptes notamment. Il y avait aussi … quelques musulman(e) bien voilées, bien barbus, bien en évidence.

J’étais assez contente que les catholiques réagissent, nombreux, face à des spectacles tous plus orduriers les uns que les autres, dont la répétition finit par devenir inquiétante. Inquiétante à mon sens, pour les personnes catholiques. Au moment où les pogroms anti-chrétiens se multiplient, ces spectacles consternants sont, pour moi, assez odieux, en plus d’être lamentables et écoeurants. Je trouve assez sain que des catholiques manifestent leurs sentiments, ce qui me réjouit dans cette affaire, c’est de voir qu’ils ont la volonté de le faire, de ne pas se laisser, en ce moment, écraser sans mot dire.

Mais eux, ils étaient là pour défendre Jésus, « Christ-roi », c’est-à-dire pour ce que je peux en comprendre, une personne vivante, dans la conception catholique. Une personne vivante qu’ils éprouvent le besoin de défendre. Ils étaient aussi là pour dire que « la France est catholique », si « la République est laïque ». Qu’ils refusent le « blasphème ». A côté de ces thèmes qui apparaissent « classiques », il y avait un mélange qui me parait d’une certaine façon incongru, avec le langage « contemporain », « laïque » de la « phobie », de la lutte contre les discriminations, et même le thème fort ambigue du « respect ». Il y avait les slogans « contre la christianophobie », « la laicité c’est le respect ». Mélange incongru me semble-t-il ( je doute vraiment de comprendre grand-chose à la mentalité des croyants…) car le catholicisme est censé détenir « la vérité », et la faire prévaloir sur tout ce qui est faux, en pratiquant bien sûr une « distinction », entre ce qui est vrai et ce qui est faux, en ne concevant « l’universel », que dans le cadre de la vérité, « sa » vérité.

On a parlé de « violence » à propos des manifestations devant et dans le théâtre. A part deux personnes ayant lancé des œufs (et encore, par terre ?), il ne faudrait tout de même pas confondre « chahut » et violence : on peut parler de « violence » quand on touche physiquement aux personnes, pas quand on envahit une scène ou quand on fait du bruit dans une salle. Les policiers n’avaient vraiment pas l’air inquiets ( !).

Mais moi je l’étais, pour le sens de cette manifestation et pour sa récupération. Le langage de la « phobie » m’inquiète, l’adoption du thème du « respect » m’inquiète, les critiques du « blasphème », m’inquiètent parce que si la manifestation de son émotion contre un blasphème est normal, je crains qu’elle ne soit suivie d’une revendication d’interdiction.

Je crains qu’en cherchant à « légitimer » leurs protestation, par l’adoption du langage « commun » de la lutte contre la « discrimination » et les « phobies », ajouté à la protestation contre le « blasphème », les manifestants ne renforcent précisément ce qui creuse la tombe à la fois de la République et de la culture catholique et chrétienne française : le refus du discernement, le respect «aveugle » au contenu des différentes doctrines ou religions.

J’étais déçue qu’il n’y ait pas un mot contre les persécutions contre les personnes, mais selon la logique chrétienne, défendre la personne de Jésus c’est lutter contre les persécutions contre les chrétiens qui sont liées aux « blasphèmes de Jésus » : ainsi sois-je …

J’étais, je suis surtout, très inquiète de voir avec quelle facilité furent admis les musulmans dans la manifestation, comme si la récupération grossière qu’ils faisaient ne sautait pas aux yeux des organisateurs ni des manifestants, comme s’ils se laissaient berner par ces mots « contre le blasphème », pour le « respect » … L’interview donnée par un membre de Forzanne Alizza à côté de cette manifestation, parlant de « Issa », en disant qu’il s’agit du nom original de Jésus, c’est-à-dire en clair, traitant les chrétiens de falsificateurs, en donne la preuve manifeste. Ce musulman a aussi parlé de menaces de brûler le théâtre ( !) : le contraste avec la tenue très très sage des manifestants catholiques rendait ces propos presque comiques, c’était digne de Laurel et Hardy. Le seul aspect positif de l’acceptation de ces musulmans, c’est que peut-être, tout de même, que ces musulmans auront été impressionnés par l’attitude des catholiques qui traduit une conception plus humaine (je trouve), qui sait …

Certains parleront d’alliance des « intégristes » : bien sur, objectivement il y a alliance des « blasphémophobes », mais c’est vraiment une alliance entre Laurel et Hardy, entre le Loup et le petit chaperon rouge : à l’arrivée, l’un mangera l’autre, … et la démocratie avec.

Le rav israélien Adin Steinsalz se demande si pour se sauver, face à l’hégémonisme islamique, l’Europe ne devra pas dire qu’elle est chrétienne, si la laïcité ne suffira pas. La laïcité, qui n’est qu’un corollaire formel de la démocratie, ne suffit de toute façon pas, mais je pense que la philosophie humaniste peut très bien apporter des idéaux contre telle ou telle barbarie «religieuse » ou autre. Par contre la laïcité peut être anti-démocrate quand elle est conçue comme une interdiction de tout discours religieux dans l’espace public, car interdire un discours … est anti-démocrate, quel que soit la nature de ce discours, (sauf quand il appelle à la violence). Cette forme anti-démocrate de laïcité peut en effet pousser des croyants s’unir contre elle, en oubliant les différences majeures qui distinguent leurs croyances religieuses. Alors qu’une conception de la laïcité, permettant au discours religieux de s’exprimer, d’ « évangéliser » aussi, est parfaitement compatible avec les religions non violentes, comme celle qui parle d’un homme nommé Jésus, dont le pire acte de violence a été du chahut sur un marché, selon ce qu’en rapportent les évangiles parait-il … La laïcité que j’appellerais « démocrate », s’est avérée être bien utile quand, en France et ailleurs, des adeptes de Jésus s’entre-étripaient joyeusement en s’accusent mutuellement de « blasphème » et autres « hérésies».

Alors si je me pose la même question que Adin Steinsalz, ce n’est pas parce que je douterais de la nécessité de la laïcité. C’est plutôt parce que je crains que la philosophie humaniste, ne conduise à une certaine naïveté, à l’illusion de la facilité, que nous martèlent si bien les marchands créateurs de « besoins en tout genre » et de « solutions à tout », et donc, qu’elle nous mène à l’incompréhension pure et simple de la nécessité de résister, de se battre, de ne pas accepter l’inacceptable … Au nom de cette « philosophie » marchande du « il y a une solution à tout » « ton seul devoir est de réussir ta vie », certains en viennent même à reprocher à tel ou tel qui résiste aux islamistes, leur « masochisme » : autrement dit, la norme « hédoniste » « psychologisante », présentée comme humaniste, fait de la lâcheté devant la barbarie un devoir, et de la résistance une faute honteuse, une sorte de perversion… ! Une femme des plus courageuse, des plus digne, résistant physiquement dans sa ville, à certains « barbares » qui veulent la chasser, vient de faire les frais d’une critique de ce type, aussi dégoutante que stupide, et elle en a été malade toute une nuit, comme si elle avait besoin d’une épreuve de plus …

Depuis les premiers califes, les guerriers musulmans intimidaient ceux qu’ils attaquaient en disant : « Nous vaincrons, parce que nous aimons la mort plus que vous n’aimez la vie ». C’est cet argument que le chef de Forzanne Alizza lançait récemment aux policiers, fanfaronnant devant eux en leur lançant « Que pouvez vous me faire, de toute façon si je meurs je vais au paradis ». Mais en face d’eux, il y avait des chrétiens qui avaient entendu : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l’âme; craignez plutôt celui qui peut faire périr l’âme et le corps dans la géhenne. », « Jésus a dit : celui qui voudra sauver sa vie la perdra, et celui qui perdra sa vie à cause de moi, la trouvera. », « Jésus lui dit: Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. », « Et celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas, n’est pas digne de moi. Celui qui aura trouvé sa vie, la perdra ; et celui qui aura perdu sa vie à cause de moi, la trouvera. ». Ces chrétiens prêts au combat comme au martyr, les musulmans ne pouvaient se contenter de les effrayer pour vaincre … Alors que les enfants de la société de consommation, labellisée « sans conflit, ni peur, ni reproche » car pieusement « laïque » et « bien-pensante », inquiets seulement pour leur « pain » ou même pour les plus chanceux, pour leur manque-à-jouir, à « se réaliser », tremblants de peur devant la violence ou pour certains, fascinés par la force et la « norme » islamique, apparaissent bien démunis, en effet, comparés à leurs aïeux …

Elisseievna

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