La manipulation langagière de Sarkozy

Il faut, en matière de langage, ne jamais laisser passer la moindre manipulation sous peine de voir les mots perdre leur sens et s’imposer des habitudes de dire et de penser totalement ineptes …

Et le fait d’être Président de la République n’exonère pas de respecter la rigueur et le précision des termes . Ainsi, lorsque Nicolas Sarkozy, au cours de son voyage à Alger, fustige « l’islamophobie » qu’il assimile au pire racisme, il contrevient au sens précis du mot qui vise à désigner une peur irraisonnée, obsédante, maladive, d’une religion dont nombre de manifestations sont aliénantes, arbitraires,autoritaires, tandis que de nombreux groupes s’en réclamant pratiquent la violence et la destruction. A suivre le discours du président, il faudrait s’abstenir de toute analyse, de tout jugement, de toute parole mettant en évidence les conséquences pratiques, politiques, humaines d’une religion dont on sait, d’ailleurs, que,comme toutes les autres religion, elle n’est qu’une croyance « révélée », qu’une forme idéologique qui doit être soumise à l’exercice de la raison et du libre-arbitre…Hors de cela, il y aurait perte de la liberté de penser et de dire qui fonde l’espace laïque de notre République.

C’est, d’ailleurs, un « vice à la mode » que de vouloir faire perdre aux mots leur sens à des fins de manipulation des pensées et des comportements.

Ainsi à propos du mot « racisme » que la bienpensance politico-médiatique, soumise à l’idéologie bobo-écolo-gauchisante, veut imposer quand on se permet l’outrecuidance, à ses yeux blasphématoire, de critiquer la religion islamique .

Entend-on alors les orfraies de la pensée « correctement stupide » crier à l’horreur et au crime « contre l’humanité » quand des esprits lucides et informés osent dénoncer l’aliénation faite à la Femme à travers le voile islamique ou la porte ouverte au communautarisme le plus rétrograde qu’est la primauté d’une loi religieuse ou traditionnelle face à la loi générale et républicaine (Et des menus de restauration scolaire aux horaires spécifiques des piscines publiques en passant par les agressions subies par les praticiens hospitaliers et les mariages forcés, les exemples ne manquent pas…) … Les « racistes » que voilà ! Le XVIe intellectuel parisien brandit l’injure suprême ! Comme si le mot « islam » désignait une race , comme si le mot « musulman » montrait un arabe , comme si tous les « arabes » étaient des musulmans …

Comme s’il était interdit de critiquer une religion et ses dogmes , ses préceptes , son « clergé » …Comme si la pensée de chacun était privée du droit de passer au crible de la Raison les agissements insensés , les propos incohérents, les lois obsolètes des tenants d’une idéologie religieuse ou non…Comme si soumettre au feu de l’examen critique les textes religieux et/ou idéologues était un crime impardonnable . Si nous n’y prenons pas garde , ces tartuffes des associations « bien pensantes » , apôtres « des droits de l’hommisme » pour en tirer bénéfice personnel , limiteront notre liberté de pensée , encadreront notre liberté de dire et d’écrire, pire : transformeront les mots pour les détourner de leur sens réel.

Exagération? Que nenni : si aujourd’hui vous dénoncez la politique expansionniste de l’état d’Israël ou les penchants intégristes de telle ou telle communauté juive , « on » vous accusera d’antisémitisme …Or, que l’on sache, le mot « sémite » est construit à partir du nom de Sem, fils biblique de Noé, supposé être l’ancêtre des peuples « sémitiques », groupe ethnique originaire d’Asie Occidentale et parlant des langues apparentées entre elles ( akkadien, hébreu, cananéen, araméen,arabe, éthiopien…) : l’antisémitisme est donc bien une forme de racisme, mais celui qui met en cause la religion juive est un « antijudaïque » et celui qui refuse la politique de l’Etat d’Israël un « antisioniste » …Et pourtant , qu’en est-il dans la réalité commune des média et autres espaces de communication ? Dans quel but cette confusion des sens ?

Un autre exemple qui donne à la pratique sa dimension historique : qui n’a jamais cru qu’un épicurien était un lovelace, un être immoral, un assoiffé de plaisirs ? Et pourtant, Epicure est l’homme de l’ataraxie, de l’équilibre des passions , de la satisfaction pondérée des seuls plaisirs naturels et nécessaires , et sa vie est davantage celle d’un ascète que celle d’un jouisseur effréné…Mais c’était un philosophe du « matérialisme premier » et , à ce titre, la pensée dominante « religieuse » devait dénaturer sa parole et vilipender le personnage pour tenter de détruire sa pensée …

On n’en finirait pas d’énoncer la liste de ces mots dont le sens a été perverti pour les besoins de l’idéologie dominante ( qui est toujours celle « de la classe dominante ») .

Ne baissons pas le garde dans le combat contre l’obscurantisme , son champ est aussi celui du langage …

Empédoclatès
« du bon usage de la raison »

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