La Mecque : une supercherie à dénoncer

Publié le 12 septembre 2014 - par - 3 848 vues
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TERRORISME 23803 ATTAQUES-11-09-2014Mon dernier article – Briser les mythes de l’islam : La Mecque – a suscité des critiques de la part d’un lecteur de Riposte Laïque. J’y réponds ci-après en citant ses principales objections.

Dans un article en date du 8 septembre 2014, Alain Jean-Mairet tente de démontrer que La Mecque n’est pas La Mecque, mais qu’il s’agirait plutôt de Pétra dans l’actuelle Jordanie.

Pas exactement. Je dis que La Mecque mythique telle qu’elle est décrite dans les textes fondateurs musulmans constitue «un lieu géographique qui ne saurait correspondre à La Mecque réelle», que «La Mecque des musulmans est une supercherie» et: «(…) que La Mecque mythique ait été la Pétra (…) historique importe peu.»

Pour ce faire, il fait référence à des incohérences dans le Coran et autres textes annexes,
– d’une part en invoquant l’absence presque totale de la mention littérale expresse du terme « La Mecque » dans ceux-ci,
– d’autre part en regard des conditions géographiques que connait La Mecque, tenant notamment à son hydrographie et sa pluviométrie, en contradiction avec ce qui sur ce point ressortirait des textes précités.

En fait, je compare les descriptions des textes fondateurs, qui parlent d’une «vallée», alors que La Mecque réelle n’est pas dans une vallée; de terres arables, de «saison des fruits», d’herbes et d’arbres, alors qu’on n’a pas retrouvé de trace d’activités agricoles ou de végétation éteinte dans la région; de «murailles» dont on n’a aucun vestige; de «montagnes» et de longues pérégrinations entre elles, alors que les sommets en question ne sont distants que de 450 mètres et ne dépassent le niveau du terrain naturel que de quelques mètres; de «défilés» donnant accès à la ville, alors qu’il n’en existe pas à La Mecque réelle; d’une «mère des cités» et d’un grand carrefour caravanier abritant des dizaines de milliers d’habitants, alors que personne ne connaissait son nom à l’époque.

Certes, je signale que le climat de La Mecque était désertique à l’époque, et je le maintiens, mais je ne prétends pas, comme mon contradicteur le suggère, que le climat général de Pétra était plus favorable. Je relève que rien, à La Mecque, n’indique qu’on pouvait pallier à cette situation, ou que l’on avait essayé, contrairement à la situation observable à Pétra. Ou au Yémen, d’ailleurs, dont les périodes de prospérité coïncidaient avec la réalisation d’ouvrages d’art parfois gigantesques (chercher barrage de Marib) et dont il reste des traces incontournables.

À La Mecque, la géographie locale ne permet pas de réunir de grandes quantités d’eau et on n’y a retrouvé aucun ouvrage d’art, ni aucun des signes archéologiques qui accompagnent systématiquement des cités importantes. Pour s’en convaincre, on peut par exemple consulter cette page de Wikipédia consacrée aux «Anciennes cités d’Arabie saoudite» et y constater l’éclatante absence de La Mecque, qui aurait pourtant, selon la tradition musulmane, été l’un des principaux phares de la civilisation locale ancienne. On peut aussi lire l’ouvrage de Patricia Crone «Meccan Trade and the Rise of Islam», qui réunit tous les éléments nécessaires.

L’avantage de Pétra réside non pas dans son climat mais dans sa situation géographique locale et dans les connaissances en gestion durable des eaux acquises par les Nabatéens, dont Pétra était la capitale. La ville a été édifiée au point de rencontre des eaux d’écoulement de plusieurs massifs montagneux, quasiment dans le lit, rocheux, de la rivière qui se forme lorsqu’il pleut dans la région. Les Nabatéens ont protégé la ville par des barrages et ont guidé l’eau vers des réservoirs qui évacuaient leur trop-plein hors de la ville. On peut encore visiter les vestiges de ces installations. On peut aussi constater l’effet dévastateur du passage non contrôlé des eaux dans la ville, ce qui a été le cas des siècles durant. Mais même ainsi, après un millénaire de destruction massive, les vestiges de la cité témoignent toujours très bien de sa grandeur (cliquer sur l’image pour une version grand format):

On peut aussi mentionner de nombreux autres parallèles entre Pétra et la fable musulmane – des sculptures d’éléphants (chercher l’année de l’éléphant) absentes à La Mecque, des pierres de catapulte qu’on aurait dû retrouver à La Mecque, des grandes (très grandes) pierres taillées marquant sans doute les limites du haram (aire sacrée) et qu’on cherche en vain à La Mecque où les placent pourtant les textes fondateurs de l’islam. Mais tout cela me paraissait un peu longuet et s’écartait trop du point focal de ma démonstration. Je me suis donc contenté de parler des qiblas des premières mosquées, qui pointaient toutes vers Pétra jusqu’en 725.

En ce qui concerne la mention de La Mecque dans le Coran et textes subséquents, je n’ai aucune idée de ce qu’il en est dans le détail, mais par contre il est bien établi que les textes islamiques font état, à diverses reprises, de la proximité relative de Médine avec La Mecque, ce qui est en concordance avec la distance réelle entre ces deux villes.

Eh bien, non, justement. Si l’on examine attentivement les indications de la tradition musulmane permettant d’évaluer des distances et des orientations entre La Mecque et Médine, on conforte plutôt la thèse selon laquelle La Mecque mythique se situait au nord de Médine (et non au sud, comme La Mecque réelle) et à une plus grande distance. Je vous épargne les détails. Les lecteurs qui souhaitent approfondir cet aspect peuvent se procurer l’ouvrage de Dan Gibson «Quranic Geography», où tout cela est décrit de manière claire et compréhensible, avec des schémas. Gibson, qui a consacré des années d’étude à cette question spécifique, estime que Mahomet a certainement vécu à Pétra et que les textes fondateurs de l’islam racontent bel et bien son histoire.

Pour ma part, bien que les conclusions de Dan Gibson me paraissent crédibles, je reste sceptique. D’abord, je n’ai pas étudié la matière dans des ouvrages originaux: je me suis contenté de textes traduits en français, en anglais et en allemand (Gibson maîtrise l’arabe, il a vécu de longues années au Yémen et avec les bédouins de Jordanie). Ensuite, bien que la thèse de Gibson soit plus solide que la fable musulmane, il y reste quelques aspects qui relèvent de la pure hypothèse – plausible, mais sans étais. Enfin, tout cela tend à donner à la fable musulmane un air d’authenticité (si l’on fait abstraction de l’escroquerie intellectuelle que constitue la substitution des deux villes) qu’elle ne me semble pas mériter par ailleurs. Ainsi, la seule conclusion qui me paraît inattaquable, pour l’instant, est le caractère mensonger de la fable musulmane, et c’est aussi à cela que j’en suis resté dans mon article.

De même, et soit-dit en passant, invoquer « le contexte culturel du Moyen-Age » en sous-entendant ainsi l’obscurantisme dont cette époque a été abusivement chargée pendant longtemps, c’est faire preuve de l’ignorance la plus totale sur les travaux qui depuis au moins quatre décennies attestent du caractère novateur, sur tous les plans, de cette période.

Non, c’est simplement admettre qu’au Moyen Âge, si des califes installés à Médine, puis à Damas et Bagdad décidaient, pour asseoir et justifier leur pouvoir, de répandre une culture (religieuse) bien précise à laquelle il était obligatoire d’adhérer, sans la critiquer, sous peine de mort, il fallait leur faire la guerre pour réfuter valablement leurs affirmations. Et comme cette guerre n’a pas été faite, ou qu’elle n’a été gagnée ponctuellement que par des gens attachés au même narratif de base, nous en sommes toujours là. Mais à l’ère de l’information, il devrait être devenu possible de réfuter des fables, même politico-religieuses, sans faire la guerre. Ou la Révolution.

Discréditer le narratif musulman, c’est enlever à l’islam ses principaux ancrages dans l’esprit des gens, des croyants comme des autres. Si l’Islam politique qui accable notre époque est certes le fait de minorités, qui trouvent des sanctifications à tous leurs crimes dans cette fable vénéneuse, leur autorité de base leur vient surtout du simple nombre des croyants et des autres gens dociles qui s’imaginent faire le bien en favorisant la religion (ici musulmane). Montrer que ces croyances ne sont, à l’origine, qu’une supercherie de gens sans scrupules, sans «religion» au sens positif du terme, peut contribuer dans une large mesure à fragiliser les aspects de l’islam que la grande majorité des gens d’aujourd’hui s’accorde à condamner.

Et après tout, si, comme mon contradicteur l’affirme, «la croyance en un Dieu (…) est d’abord et surtout, tout comme l’athéisme qui est une croyance comme une autre, le résultat d’un raisonnement rationnel», nous faisons bien, sans doute, de rationaliser les croyances qui posent problème.

Alain Jean-Mairet

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