La morale et l'éthique socialiste sont mises à rude épreuve avec l'affaire DSK.

Depuis une semaine, les médias français ne cessent de couvrir minute par minute l’énorme scandale qui plonge les élites du parti socialiste dans la tourmente à un an de la Présidentielle de 2012. Leur candidat favori Dominique Strauss -Kahn a été arrêté par la police de New York pour agression sexuelle et tentative de viol sur une employée du SOFITEL dans le quartier de Manhattan où l’ancien directeur du FMI était descendu pour y passer une nuit, avant d’aller retrouver Angela Merkel à Bruxelles pour y préparer une réunion sur les difficultés financières que rencontrent certains pays de la zone euro avec leurs dettes souveraines.

Cette incroyable nouvelle a fait l’état d’un coup tonnerre dans le landernau politique français et plus particulièrement au sein de la Direction du Parti socialiste qui voyait déjà, avant que les primaires ne soient organisées, Dominique Strauss- Kahn, comme candidat naturel des socialistes à l’élection présidentielle de 2012.
Il parait inimaginable qu’un homme comme Dominique Strauss -Kahn, de stature internationale, soit mêlé à une affaire de mœurs aussi incroyable que cela puisse paraître que celle qui semble s’être produite le samedi 15 mai 2012 dans une chambre d’hôtel.
Bien qu’il faille reconnaître à tout inculpé la présomption d’innocence, il n’en demeure pas moins que les tout puissants doivent être traités, comme n’importe quel quidam qui serait confronté à une telle accusation.
Les réactions des principaux dirigeants du parti socialiste ont été toutes pour soutenir Dominique Strauss Kahn, dans cette tragédie qui le touchait, sans avoir une pensée pour la victime supposée de cette agression sexuelle.
Le député PS de l’Essonne Manuel Valls a affirmé lundi que les images de Dominique Strauss-Kahn, inculpé pour tentative de viol, sortant menotté du commissariat de Harlem à New-York était d' »une cruauté insoutenable ».
« Cela fait près de 30 ans que je fais de la politique » mais « je n’ai jamais vu cela et je n’ai jamais ressenti cela », a affirmé sur RTL M. Valls, candidat à la primaire PS pour 2012.
« Dominique Strauss-Kahn est un ami que je connais de puis longtemps, les images de ce matin sont d’une cruauté insoutenable », a-t-il ajouté. « J’avais les larmes aux yeux ».
Le député strauss-kahnien Jean-Christophe Cambadélis, tout en se défendant d’être « un adepte des complots », a affirmé lundi que la droite « avait promis à Dominique Strauss-Kahn le feu nucléaire dès qu’il ferait ses premiers pas de candidat ».
« Je ne suis pas du tout, loin de là, un adepte des complots, mais j’ai encore en tête le fait qu’on avait promis à DSK le feu nucléaire dès qu’il ferait ses premiers pas de candidat », a déclaré M. Cambadélis à la presse au siège du parti, rue de Solférino.
« C’est toute la droite qui menace depuis un an dans les déjeuners d’avoir des photos et des dossiers » sur DSK, a précisé ensuite un responsable socialiste. Un autre a rappelé les propos attribués dans un livre à l’UMP Frédéric Lefebvre, qui aurait en 2006 fait état de photos compromettantes.
« Dans le dossier, il y a beaucoup de contradictions, à commencer par la fuite (…) Celle-ci n’a pas eu lieu », a affirmé également M. Cambadélis, sans plus de précisions.
« Nous ne pouvons pas croire à sa culpabilité. Il sera bientôt au milieu de nous (…) Après le temps de la spéculation, de l’émotion et de l’accusation, vient le temps de la défense et de l’amitié », a encore déclaré M. Cambadélis.
L’ex-ministre de la Justice Elisabeth Guigou (PS) a jugé lundi les images de Dominique Strauss-Kahn menotté d’ « une brutalité d’une violence, d’une cruauté inouïes » et elle s’est dite « heureuse » que la France n’ait « pas le même système judiciaire que les Etats-Unis ».
Elle a souligné qu’en France, « depuis la loi du 15 juin 2000 » sur la présomption d’innocence, votée lorsqu’elle était Garde des Sceaux, « publier des photos de personnes menottées » était « interdit par la loi ».
Jean-Marc Ayrault, patron des députés PS, a estimé dimanche à propos de l’affaire Dominique Strauss-Kahn, inculpé aux Etats-Unis pour agression sexuelle et tentative de viol: « nous respectons DSK », mais « ce n’est pas l’affaire du PS, ne mélangeons pas les choses ».
L’ex-Premier ministre Laurent Fabius a estimé dimanche, que les accusations portées contre Dominique Strauss-Kahn constituaient « un énorme choc » mais provoquaient aussi « beaucoup d’incrédulité ».
« Je pense en cet instant avec affection à lui-même, à Anne son épouse et à tous leurs proches », a-t-il poursuivi.
« Dans l’épreuve, ne laissons pas piétiner la présomption d’innocence et sachons rester unis », a-t-il demandé.
Cette attitude déshonore un parti qui prétendait défendre la cause des femmes et surtout l’égalité entre les hommes et les femmes.
Ce parti devrait rester prudent devant cette affaire visant une femme qui se dit avoir été victime d’une tentative d’agression sexuelle.
Ce soutien sans faille des socialistes touchant l’un des leurs quoique que l’on puisse lui reprocher est pour le moins symptomatique d’une certaine impunité que semblent s’arroger les élites qui gouvernent le monde et mettent les peuples au régime sec, suite à une politique libérale soutenue par la droite ou gauche et dont on voit aujourd’hui les dégâts incommensurables que celle-ci a provoqué dans les pays occidentaux.
A droite les réactions ont été plus mesurées, mais révèlent également une certaine gêne car cette affaire éclabousse que l’on veuille ou non toute la classe politique française :
Jean-François Copé.
« On pense aussi à l’image de la France », poursuit le député-maire de Meaux. « Imaginer que cette image passe en boucle dans le monde entier est évidemment un sujet ».
(Déclarations à Europe 1)
Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, estime que les faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn étaient « très graves » et que la « victime avérée » dans cette affaire était « la France ».
« Je suis très surprise de voir à quelle vitesse en France on court à la conclusion politique sur un sujet qui est un sujet grave, il (M. Strauss-Kahn) est accusé d’actes très graves », relève la ministre.
« En plus de la victime présumée, la femme de chambre, il y a une victime avérée, c’est la France », a ajouté Nathalie Kosciusko-Morizet. « Les conséquences politiques vont venir bien sûr mais en France, on y court en écartant les autres aspects », a-t-elle déploré.
« Je fais confiance à la justice américaine (…) c’est tellement français de voir des complots partout, c’est quelque chose je crois qui est dans notre culture », déclare la ministre ».
« Quand on est dans des petits sujets, on peut commenter et avoir un point de vue. Là on est dans des sujets très lourds, on n’a pas à avoir de point de vue personnel, la justice est là pour condamner ou pour blanchir », juge la ministre.
(Déclarations à Canal +)
François Baroin, porte-parole du gouvernement : « Il faut être extrêmement prudent. Le gouvernement français respecte deux principes : celui d’une procédure en cours aux Etats-Unis et celui de la présomption d’innocence.
Nous sommes astreints à un devoir de respect. Il y a des accusations aux Etats-Unis, nous devons respecter la justice américaine. Notre devoir, notre responsabilité collective c’est d’être prudent.
Nous en resterons là. »
(Déclarations sur France 2, dimanche 15 mai)
Bernard Debré, député UMP de Paris : « C’est terrible, c’est humilier la France que d’avoir un homme qui se vautre dans le sexe – et ça se sait depuis fort longtemps. Vous imaginez ce que ça peut être, et pour le poste qu’il occupe au FMI, et pour la France. Il est totalement déconsidéré. Déjà il se vautrait dans le bling-bling, maintenant c’est dans le sexe, c’est inacceptable.
Ce n’est pas la première, c’est une récidive, c’est inacceptable. Bien sûr, qu’il y a la présomption d’innocence, mais vous pensez que la police viendrait chercher un homme comme lui dans un avion d’Air-France ? Je trouve ça misérable et humiliant.
Quant à Marine Le Pen, elle déclarait le 15 mai :
« Je suis affligé de voir les tenants de l’UMPS (hors Bernard DEBRE) s’appliquer à défendre leurs prébendes avec la langue de bois qu’on leurs connaît pour jouer les vierges effarouchées, faire les étonnés en feignants de découvrir les déviances de ce monsieur.
Les enfants de Dieu ne sont pas tous des saints. A l’image de leur mentor François Mitterrand qui a été capable de toutes les avanies, qui a fait entretenir par la République maîtresse et progéniture illégitime que l’on a caché pendant des années aux français alors que tout le monde savaient, ses successeurs se croient autorisés à toutes les bassesses car après les affaires qui ont touchées et touchent la classe politique au pouvoir, après l’argent et les trafics d’influences ils s’enfoncent dans les affaires de mœurs et le mensonge.
Maintenant que DSK a été officiellement maintenu en prison, les langues se délient et petit à petit, certains commence à dire que peut être on savait, on subodorait … ! Restez assis le rideau du grand théâtre de la crasse politique va se lever, maintenant nous allons découvrir petit à petit les frasques de DSK, tel un vaudeville de FEYDEAU, nous allons apprendre les dessous du personnage, nous pourrions en rire si l’image de la France et des français n’était gravement mise à mal par ces comportements. «
Nous ne devons pas oublier que Dominique Strauss -Kahn a été désigné comme Directeur Général du FMI en 2007 avec l’appui de Sarkozy et l’assentiment des élites socialistes non mécontents de voir un des leurs nommé à la direction d’une institution internationale , dont ils espéraient tirer profit pour les prochaines échéances politiques en France.
Nous ne comprenons donc mieux dans quelle désarroi la gauche se retrouve aujourd’hui elle qui désirait ardemment, tourner la page désastreuse de cinq ans de sarkozisme, d’après son analyse, à la tête de l’Etat français.
Pour autant, la personnalité de Dominique Strauss Kahn semble avoir des zones d’ombre connues des milieux dits informés quant à ses relations particulières avec la gente féminine.
Rappelons-nous ce qu’avait raconté dans une émission de 2007 de Thierry Ardisson, Tristan Banon, fille d’une conseillère générale socialiste de l’Eure :
« Moi c’est (bip) avec qui ça s’est très mal passé, un chimpanzé en rut ». La jeune femme racontait ensuite avoir rencontré DSK dans le cadre de la préparation de son premier livre dans lequel elle voulait faire raconter à des hommes politiques certains de leurs échecs. « Il m’a proposé qu’on se voie, il m’a donné une adresse que je ne connaissais pas (…). Là, il a gentiment fermé la porte. J’ai posé le magnétophone tout de suite pour enregistrer. Il a voulu que je lui tienne la main pour répondre parce qu’il m’a dit: Je n’y arriverai pas si vous ne me tenez pas la main. Et puis après, de la main, c’est passé au bras et puis, c’est passé un peu plus loin. J’ai tout de suite arrêté », poursuivait la romancière.
« Après, ça s’est très très mal fini. On a fini par se battre quand même, ça s’est fini très très violemment. On s’est battu clairement, au sol (…) Moi, j’ai donné des coups de pieds. Il a dégrafé mon soutien-gorge, il a essayé d’ouvrir mon jean », affirmait encore Tristane Banon. « Quand on se battait, je lui avais dit le mot « viol » pour lui faire peur, ça ne lui a pas fait peur plus que ça », selon la journaliste, qui disait à l’époque avoir été « très loin », jusqu’à « constituer le dossier (et) voir un avocat très connu en la matière qui avait déjà une pile comme ça ».
Elle envisagerait aujourd’hui de porter plainte contre Dominique Strauss Kahn pour des faits qui remontent à 9 ans et qui ne sont pas prescrits. A l’époque, il semblerait qu’on l’est dissuadé de déposer une plainte contre DSK, ce sous l’égide de François Hollande (1) :
Anne Mansouret a surgi sur I télé (et ailleurs) pour rappeler que sa fille prétendait avoir eu maille à partir avec DSK, mais sans que cela soit allé jusqu’au pire. Elle a également souligné qu’elle avait à l’époque conseillé à sa fille de ne pas porter plainte, compte tenu de lien divers et variés, familiaux et amicaux avec les uns et les autres au sein du PS. Par la suite, Anne Mansouret a indiqué qu’à l’époque des faits, elle avait été l’objet de la sollicitude de François Hollande, Premier secrétaire du PS. Il a été « gentil », a-t-elle déclaré à Médiapart, ajoutant : « Il a été formidable, d’une gentillesse… Il a téléphoné personnellement à Tristane, il a été superbe. »
Rappelons également l’aventure extra conjugale que DSK a eu en 2008 avec une économiste hongroise du FMI Piroska Nagy (2).
Dans un communiqué publié en octobre 2008, l’économiste Piroska Nagy avait affirmé que Dominique Strauss-Kahn avait abusé de sa position pour parvenir jusqu’à elle.
« Malgré ma longue vie professionnelle, je n’étais pas préparée à des avances du directeur général du FMI. J’avais le sentiment que j’étais perdante si j’acceptais, et perdante si je refusais », avait-elle indiqué.
« M. Strauss-Kahn a abusé de sa position dans sa façon de parvenir jusqu’à moi », avait-elle souligné.
A l’époque, le conseil d’administration du FMI avait reproché à son directeur général une « erreur de jugement » et avait conclu qu’il n’y avait pas eu harcèlement, ni de favoritisme, ni d’abus de pouvoir.
Ces exemples montrent manifestement que Dominique Strauss -Kahn aurait des problèmes particuliers avec les femmes, qui laissent perplexe et jettent un trouble certain sur sa véritable personnalité.
Néanmoins, dans un Etat de droit nous devons lui accorder la présomption d’innocence sur les faits qui lui sont reprochés tant que la justice n’aura pas rendu son verdict sur cette ténébreuse affaire.
Voici une citation de Georges Bernanos qui devrait nous  faire réfléchir sur les élites qui nous gouvernent :
« Ce qui rend la corruption ou même la simple médiocrité des élites, si funeste, c’est la solidarité qui lie entre eux tous les membres, corrompus ou non corrompus, dans la défense du prestige commun ».
Fabrice LETAILLEUR
http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/
(1) http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1234;francois-hollande-face-a-l-affaire-tristane-banon.html
(2) http://www.lexpress.fr/actualites/2/actualite/le-harcelement-devient-un-motif-de-licenciement-au-fmi_994749.html

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