La mort de Claude Brasseur, symbole de la fin d’une époque ?

Claude Brasseur est donc mort hier 22 décembre et aujourd’hui et il a été décidé de diffuser ces deux films de copains «Un éléphant ça trompe énormément » suivi de «Nous irons tous au paradis». Je regarde ces films discrètement au début tout en faisant autre chose car je les connais par cœur. Et je vois défiler tout ce qui a disparu. D’abord toutes les dragues présentées aimablement alors qu’elle déclencheraient un tollé immédiat aujourd’hui : l’amour du jeune Christophe Bourseillier pour Danièle Delorme est gentiment moqué alors que cela serait présenté comme du harcèlement sexuel à notre époque. L’adultère y est constamment présenté comme une vaine faiblesse pour lequel on a de l’indulgence comme dans les pièces de théâtre de boulevard : le couple n’est pas sacré. L’homosexuel n’est pas sanctifié mais un type comme les autres avec ses défauts et ses qualités : incroyable. Il n’essaye pas d’adopter un enfant mais d’épouser une femme pour les convenances.

Victor Lanoux parle de musique de nègres (pour du Richard Wagner il est vrai). Brasseur fait le con en se faisant passer pour l’aveugle, ce qui serait considéré comme une attaque contre une minorité en 2020. Victor Lanoux encore est un horrible macho qui trompe sa femme mais très sympathique. Il se permet de dire quand il voit l’amant de sa femme et ses chemises : « Ils font les mêmes pour hommes ? » L’escroquerie de la vente de la maison vaut de bons gags, aujourd’hui ce serait une tragédie.

Bref, tout le ressort comique ainsi que le casting ne passent pas l’examen du politiquement correct de notre époque. Si un tel film sortait de nos jours, nombreux seraient ceux qui parleraient sérieusement, hélas, du retour des années trente, de la France moisie. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé à Amélie Poulain qualifié de pétainiste et à « Qu’est ce que l’on a fait au bon Dieu ? » considéré comme raciste car tous les immigrés n’étaient pas parfaits et ne s’entendaient pas très bien ensemble, deux films du même ordre mais sortis à une autre époque.

Les quatre principaux compères du film ne sont plus de ce monde depuis hier ainsi que la merveilleuse Danièle Delorme, hélas. Donc la diffusion de ce soir sonne comme un clap de fin. La fin d’une France imparfaite mais généreuse qui s’acceptait comme telle, une France qu’il semble impossible malheureusement de voir renaître.

Platon du Vercors

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3 Commentaires

  1. Envahi de tristesse en regardant ces films une nouvelle fois, je regrette tous ces admirables acteurs; d’accord avec vous pour dire que c’est la fin d’une époque.

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