La mort inévitable de l'euro surviendra-t-elle avant ou après les présidentielles ?

Pour la première fois en France, certes à une heure tardive (22 h 50), une émission de télévision, Mots croisés, animée par Yves Calvi, a osé poser une question qui, il y a encore peu, était considérée comme un délit de blasphème : faut-il sortir de l’euro ? Il a été impossible, lors du passage à la monnaie unique, de s’interroger sur le dogme de l’euro. Lionel Jospin a même justifié le fait de rester premier ministre de Jacques Chirac jusqu’au bout de son mandat (avec le résultat qu’on connaît) par son devoir de veiller à la réussite du passage à la monnaie unique, le 1er janvier 2002. Depuis cette date, malgré la colossale augmentation des prix, en France, malgré la catastrophe économique engendrée par un euro fort, malgré la faillite inévitable de la Grèce, et les prochaines graves difficultés du Portugal, de l’Italie et de l’Espagne, un fanatisme aussi aveugle que celui des pires intégristes religieux nous explique qu’en dehors de l’euro, il n’y aurait point de salut. Seule, durant longtemps, sur les plateaux, Marine Le Pen devait faire face à l’hostilité générale et aux sarcasmes des autres intervenants, qui, multipliant les propos caricaturaux, expliquaient que la stupide présidente du Front national allait, par son irresponsabilité, ruiner la France et l’épargne des citoyens de ce pays.

Or, lors de cette émission, pour la première fois, nous avons assisté à un débat plus équilibré que d’habitude, dû essentiellement à la présence de l’économiste Jacques Sapir, qui, depuis longtemps, a réfléchi à un plan de sortie de l’euro qu’il juge inévitable.

http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/le-plan-de-bataille-de-jacques-93086

Pendant plus d’une heure, les téléspectateurs ont pu entendre l’économiste compléter le discours de Marine Le Pen, en démontant méthodiquement les arguments de ceux qui continuent à ânoner « Il faut sauver la Grèce » sans jamais oser dire qu’il faut surtout sauver l’euro jusqu’au dernier Grec, comme l’avait dit l’économiste Marc de Scitivaux sur un autre plateau de télévision.

Pourtant, il y a plus d’un an, Roger Heurtebise, qui n’est pourtant pas un prix Nobel d’économie, expliquait avec des arguments de bon père de famille pourquoi il ne fallait pas prêter à la Grèce.   

http://www.mediaslibres.com/tribune/?post/2010/04/28/Pourquoi-il-ne-faut-pas-preter-a-la-Grece

Il envisageait également le possible non paiement de la Grèce et de l’Islande.
http://www.mediaslibres.com/tribune/?post/2010/03/05/Et-si-la-Grece-et-l-Islande-refusent-de-payer

Pourtant, François Baroin se voulait encore rassurant, récemment :  

« Vous êtes certain que la Grèce remboursera l’argent aux pays qui lui prêtent aujourd’hui et que la France notamment…
Avec les mesures qui sont proposées, avec le niveau de restructuration, avec l’étalement dans le temps, c’est le pari de la confiance, c’est le pari de la solidarité c’est aussi le pari de l’unité.
http://www.rtl.fr/actualites/politique/article/francois-baroin-pas-de-risque-de-voir-la-note-souveraine-de-la-france-abaissee-5939542980

Il est d’autant plus passionnant aujourd’hui d’écouter, durant une demi-heure, Jacques Sapir, avec beaucoup de pédagogie, décortiquer la réelle situation de la Grèce, et le prix à payer, sur cinq années, pour les autres pays européens, pour lui permettre seulement de rester la tête hors de l’eau. Quand l’économiste raconte la situation des autres pays européens, notamment l’Italie, l’Espagne et le Portugal, un ange passe. Quand il explique les raisons pour lesquelles l’Allemagne refusera de continuer à financer le déficit grec, on se demande comment les députés français ont pu voter une nouvelle aide de 15 milliards à la Grèce (et en même temps un plan de rigueur de 12 milliards), comment ils ont pu voter une première aide de 17 milliards, en mai 2010.  (1)

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Lors de ce débat, on aura entendu, pour la première fois, des hypothèses sérieuses de sortie de l’euro, notamment émises par Jacques Sapir et Marine Le Pen. On aura enfin pu écouter des arguments confirmant qu’une dévaluation n’est pas forcément une catastrophe. On aura même eu des prévisions des dévaluations à opérer pour plusieurs pays, y compris la France, pour leur permettre de relancer leurs économies. Il aura fallu plus de neuf ans, sur une chaîne de télévision, pour qu’on puisse enfin entendre autre chose que le rouleau compresseur idéologique qu’on nous a imposé pendant toutes ces années de l’euro. Il aura fallu tout ce temps pour que l’imposture de l’œuvre de Jacques Delors, et de tous les bébés Delors qui lui ont succédé dans les hautes sphères du Parti socialiste, éclate au grand jour. Ce n’est qu’aujourd’hui que Le Figaro se permet de publier ces propos blasphématoires de Philippe Villin, banquier atypique, sur Jean-Claude Trichet, grand ami de Delors : « C’est un grand inquisiteur, prêt à menacer d’excommunication et du bûcher ceux qui ne croient pas en sa religion de l’euro». «Lui et ses sbires, poursuit-il, sont des criminels économiques. Ils ont fabriqué des millions de chômeurs.»

https://ripostelaique.com/pourquoi-ninterroge-t-on-jamais-martine-aubry-sur-loeuvre-de-son-pere.html

Acculés, les dogmatiques européistes sont à présent prêts à tout pour sauver leur sacro-saint euro. On entend déjà que seule une Europe fédérale peut constituer la réponse à la hauteur des enjeux. Bref, plus l’Europe et sa monnaie se cassent la figure, plus il faut d’Europe !

Que dire du formidable matraquage médiatique et politique qui a interdit, des années durant, de poser ces questions qui, aujourd’hui, sont devenues incontournables. Il est également intéressant de s’interroger sur le fait qu’aucun des responsables de ce qu’on a appelé le « non de gauche », de 2005, n’a été capable, suite à ce référendum victorieux, de demander à Jacques Chirac de faire sortir la France de l’Europe, ce qui était la seule issue politique de ce vote massif. Pourquoi jamais un leader de gauche n’a-t-il remis en cause le fait que depuis 1973, la France doive emprunter sur les marchés internationaux, et non plus à la Banque de France ? Pourquoi Jean-Luc Mélenchon, pourtant leader du « non de gauche, en 2005 », a pu relayer les discours alarmistes des tenants du système quant à une sortie de l’euro ? Ce faisant, il a abandonné ce terrain, comme bien d’autres, à Marine Le Pen, qui ne peut que le distancer très largement dans les sondages et les intentions de vote des classes populaires.

https://ripostelaique.com/les-insurmontables-contradictions-de-melenchon-sur-leurope.html

Il faut le reconnaître, à l’exception du PRCF, et, après de longues hésitations, du Mpep de Jacques Nikonoff, deux regroupements marxistes peu connus, personne à gauche n’a eu le courage d’un Nicolas Dupont-Aignan, d’un Paul-Marie Coûteaux ou d’une Marine Le Pen. Pourquoi ? La réponse est claire, il
s ont définitivement tourné le dos à la Nation et au souverainisme. Dans les quatre fonctions régaliennes d’un État existe celle de « Détenir la souveraineté économique et financière en émettant de la monnaie, notamment par le biais d’une banque centrale« .  Cela ne leur a posé aucun problème que notre pays en soit dessaisi. Ils ne voient l’avenir du monde que dans l’Internationalisme, et notamment une union fédérale, que Mélenchon, comme l’ensemble du PS, a toujours appelé de ses vœux.

Les fédéralistes de gauche et les fanatiques libéraux de droite ont ceci de commun : ils sont d’accord pour que la France disparaisse. Ils ont donc joué, des années durant, une partition complémentaire, pour défendre l’euro, et en finir avec les Etats-Nations. Philippe Villin, encore lui, résume aujourd’hui le problème auquel ils sont confronté. «Il faudra démonter l’euro. Je n’ai aucun doute là-dessus. Mais le problème, c’est que ce sont ceux qui ont fait l’euro qui sont aux commandes. Si le plus lucide d’entre eux venait à prendre cette décision, imaginez la scène. C’est comme si le pape sortait de son bureau du Vatican et demandait au préfet de la maison pontificale de réunir en consistoire extraordinaire tous les cardinaux pour leur dire qu’il ne croit plus en Dieu…»

Autre question intéressante : Nicolas Sarkozy et les dirigeants socialistes auront-ils les moyens de faire durer la plaisanterie jusqu’aux présidentielles, pour sauver l’euro, et surtout leur présence au deuxième tour ?

http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/09/17/01006-20110917ARTFIG00582-euro-la-revanche-des-francs-tireurs.php

Pierre Cassen


(1) Emission intégrale http://info.francetelevisions.fr/video-info/index-fr.php?id-categorie=EMISSIONS_MOTS_CROISES

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