La notion de beauf, ou le mépris du peuple

Nous l’avons tous entendu, le mot qui tue. L’expression beauf désigne une personne mal éduquée, inculte et de préférence mal habillée. Certaines marques de vêtement sont considérées comme étant beauf. Certaines musiques sont beauf. Certains sports sont beauf. Le terme s’applique à tout : le comportement, la façon de s’exprimer… La définition du mot beauf varie selon les individus. Mais ce qui est frappant, c’est qu’elle s’applique le plus souvent à des gens modestes. Le portrait-robot du beauf est un homme blanc hétérosexuel en surpoids, de classe moyenne ou populaire, qui se saoule à la bière devant un match de football en grignotant des chips. Il a une grosse moustache mal taillée, et s’habille « comme un sac ». Il porte des chaussettes avec des sandales, ainsi qu’un survêtement de son équipe de football préférée. Il est plutôt provincial que citadin. Il est probablement « sous-éduqué » et inculte, ou en tout cas selon les standards des bobos progressistes. Le beauf est l’homme à abattre, il est l’incarnation de la France d’en bas. Les Gilets jaunes sont des beaufs selon les critères de la bourgeoisie progressiste.

Les bobos utilisent le mot beauf afin de mépriser l’électorat des « extrêmes ». Il y a des beaufs d’extrême gauche et des beaufs d’extrême droite. Des beaufs des provinces et des beaufs des banlieues. Ce sentiment de supériorité exprimé par une bonne part de la bourgeoisie progressiste à travers ce genre d’expression témoigne d’une fracture profonde de la société. Tout ce qui compte, c’est son rang social et sa richesse. C’est la fierté d’appartenir à une classe sociale aisée, bien éduquée et par conséquent, supérieure aux autres. Cette idéologie nauséabonde vient détruire le sentiment d’appartenance à une grande communauté nationale. C’est comme s’il y avait, hélas, une France à deux vitesses. L’une des centres-villes, qui sort gagnante de la mondialisation. L’autre, celle des banlieues et des campagnes, celle de la diagonale du vide et des provinces oubliées. Il y a les « somewhere » et les « anywhere », comme le dirait David Goodhart. D’un côté les perdants de la mondialisation cloués à leurs domiciles en France. Ils voyagent peu et se sentent plus proches de leurs voisins que des élites mondialistes. De l’autre, les vainqueurs. Ceux qui passent leurs vies dans des aéroports, et se sentent plus proches des riches de New York et de Londres que des habitants des provinces françaises. Les beaufs sont des « somewhere », des losers. Les bobos progressistes sont des « anywhere », des winners.

Sur le plan politique, le beauf n’a peut-être pas une culture générale étendue et un diplôme de Sciences Po (qui est plus une usine à élites bien-pensantes qu’une grande école), mais il a le sens des réalités. Il fait face, au quotidien, à la paupérisation de la classe moyenne due à la stagnation des salaires et à la précarisation des contrats de travail. Certains beaufs vivent dans des déserts médicaux, dans des villes où les bureaux de poste ferment. C’est une bonne chose d’investir des milliards d’euros dans l’aménagement des banlieues, mais l’État a complétement oublié, voire ignoré les campagnes. Il a lâchement abandonné la France profonde, livrée à elle-même. Le beauf de la France profonde souffre. D’après le journal la Dépêche, 605 agriculteurs se sont suicidés en 2015. Et d’après la Mutualité sociale agricole (MSA), 30 % des agriculteurs avaient un revenu inférieur à 350 euros par mois en 2015. La politique agricole commune (PAC) est inefficace. Les campagnes se paupérisent, et les agriculteurs écrasés par la grande distribution se suicident. Mais l’intelligentsia progressiste s’en contrefiche. Après tout, ce ne sont que des beaufs.

Louis Duprès

image_pdfimage_print

21 Commentaires

  1. Cabu a aussi crée plus tard le nouveau beauf, archétype du bourgeois qui vote le ou lrem.

  2. (1)
    Physiquement le beauf’ existe. Il s’appelle Martinez et émarge à la CGT.
    J’ai vu naître le beauf’ de Cabu dans Hara-Kiri, Charlie, etc…. (j’habitais rue Choron à l’époque…)
    Cabu ne cherchait pas aussi loin que vous le dites quand il a créé le personnage. C’était plus simplement un refus de l’armée et des sous-off de l’époque, et aussi des chasseurs débiles du moment (d’ailleurs je ne comprend toujours pas la chasse, aussi dégueulasse que l’abattage rituel). Mais Cabu avait d’autres cordes à son arc : il était anti-communiste, il adorait sa ville de naissance et se lamentait de la voir aux mains des promoteurs et politiciens complices.
    Il.avait écrit un beau livre sur le sujet « Chalons La Mardre » pour dénoncer ce qui allait advenir à toutes nos villes.

  3. (2)
    Cabu ne savait pas que ses copains écolos seraient aussi fossoyeurs de nos villes que les politicards classiques.
    En 2021, chacun s’est approprié l’expression « beauf' » en la détournant et l’arrangeant à toutes les sauces. Le beauf’ de Cabu pouvaient très bien rouler en 4×4 et être profession libérale….. voire ministre….comme le « yéti » actuel…..

    • Et bien complètement d’accord avec vous Mantalo. En aucun cas, les « beaufs » représentent la classe « populaire ». Mes parents sont d’origine ouvrières, des prolétaires, ont bossé dur toute leur vie, et en aucun cas ne sont des beaufs. On était abonné au théatre par exemple. Et moi qui ait un niveau de diplome bien supérieur, je ne le suis pas. En terme d’activités culturelles, je suis bien plus « beauf » qu’eux.

  4. Je ne vois pas en quoi un agriculteur serait un « beauf ». Vraiment pas. Tiens l’actualité récente nous en a montré un beau de « beauf » avec Pierre Menes. Et il est riche, bobo, éduqué. Mais ca reste un beauf… Ca met la main au cul des filles, ou ca chouine que son gamin perce pas au foot parce qu’il est blanc. Ce qui montre un autre trait de caractère: Le beauf n’est pas spécialement bête, des tas de personnes le sont, mais il est bête et surtout méchant dans ses actes ou ses paroles. Et ca vous ne l’avez pas du tout évoquer. Vous nous faites une lutte des classes standards: pauvre contre riche, citadin contre rural, diplômé contre sans diplôme. Là où je vous rejoins c’est que ce discours n’aide en rien la cohésion nationale.

    • Relisez. GUILLUY( « La France peripherique ») et vous comprendrez que les beaufs sont les gens ordinaires,les Gilets Jaunes,enfin,la majorité du Peuple,en rien représente dans les médias et au parlement.Meprise,moque,éreinté,spolié, ATTENTION A LA COLERE DU BEAUF!

      • Ereinté je prends, spoilé moqué et meprisé non. Je ne vois pas en quoi la France ordinaire serait des « beaufs » et se gaverait d’Hanouna par exemple. Je ne parlerai pas des gilets jaunes, car je peux avoir de la sympathie pour certains (les sincères dans leur difficulté), et un mépris assumé pour d’autres (les opportunistes). Et au fil du temps, c’est bien les seconds qui ont emporté le morceau.

    • Votre lien ne fonctionne pas (plus?), merci de l’actualiser.

  5. Il serait assez intéressant de savoir combien « les beaufs » payent en impôt et cautérisations pour permettre aux anywhere de jouer les filles de l’air à NYC.
    La plupart des GJ faisaient partie des beaufs, et ils méritent bien leur nom , n’ayant même pas réussi à faire ce que la CGT à fait en 1968, ce sont donc des sous-CGT, alors évidemment, les anywhere auraient bien tort de se priver et c’est normal qu’ils continuent à presser les beaufs comme des citrons, jusqu’à ce qu’un jour peut-être ils se réveillent.. mais il font très fort en leur laissant tout de même juste assez pour qu’ils ne prennent pas le risque d’en perdre un peu en se révoltant.
    Quant aux agris qui touchent 350€/ mois, ils n’on qu’à changer de métier et toucher le RSA, s’ils ne le font pas c’est que leur capital s’accroît.

    • brillant raisonnement que tout lecteur apprécie comme il se doit

  6. le beauf vote pour les progressistes sans s’en rendre compte, qu’ils assument

  7. pourquoi parler de progressistes (progrès du cancer ?) quand il s’agit de nihilistes ou de gauchistes
    utiliser la syntaxe de l’adversaire est une erreur gravissime

  8. Les progressistes ne cessent de prendre pour cible les valeurs, les références culturelles enracinées et ”ringardes” des couches populaires françaises en voie de prolétarisation.
    En revanche (énorme contradiction) les immigrés musulmans ne sont pas critiqués quand ils revendiquent leurs traditions ( voile,ramadan ), notamment antiféminines ou leurs mœurs (polygamie,endogamie ). Cherchez l’erreur.
    Au cinéma la figure du beauf remonte à mes yeux au film de 1975  » Dupont Lajoie » d’ Yves Boisset .

  9. Os: nous sommes tous le beauf d’un autre(beauf)
    Finalement en bon français :Beauf égal ,connard ,con ,cinglé débile,trou d’uc,mange mer…,bobos ,losers ,toquards ,cocos etc…plus si affinité.Le beauf a perdu son panache.
    Il va falloir trouver autre chose sinon comment baptiser Castex?Attal(lui ça va être plus facile)Véran et Cie.Difficile d’en repérer sans Cabu.
    Sinon :A moi Beauf !deux mots
    Nous partîmes 500 et par un prompt renfort,nous nous vîmes 3000 beaufs en arrivant au port
    C’est la France de demain matin!

  10. Je ne remercierai jamais assez ma frangine de m’avoir dégotté un beauf,( abréviation de beau frere),de compétition.Il aimait les grosses cylindrées ( rouges de preference),les apéros barbecue( pastis ,saucisses et vin rose),il se passionnait pour tous les sports,mais surtout le foot.Il .passait ses w.e en survêt a trois bandes, tondait sa pelouse le dimanche matin, était abonné à canal+,et se marrait aux « guignols »,ll écoutait du Brassens et les Beatlesn sur sa hi fi,( dont il était très fier),grattouillait un peu la guitare,lisait les B.D de Lucky Luke.Il ne parlait jamais politique,ce qui ne l’empêchait pas de voter à gauche,d’où sa detestation pour ma personne.Je suppose que vous avez tous subi son double dans vos familles.Mon beauf est décédé.R.I.P.

    • Patapon,
      tu me rappelles un sketch que je trouve très drôle des Chevaliers du Fiel !

  11. En fait, le beauf’ c’est l’autre du moment qu’il est blanc de souche…
    Pas méchant quand on y pense. Ça fait déjà plus de 50 ans. Et même bien plus.
    Il ne s’appelait pas encore « beauf' » mais existait dans la littérature, même dans les fabliaux du Moyen-Age que me faisait lire Mme Joubert en 1960 (ma prof de Français en 6ème A1…).

  12. Patapon, je suis assez d’accord avec vous. Le monde du « spectacle » et les médias disent toujours que le « beauf » est d’extrême droite. Moi je suis vivant depuis déjà 58 ans et tous les beaufs que j’ai personnellement connus étaient des gauchistes…

    • La preuve, le Martinez de la CGT qui est le sosie du beauf’ de Cabu !

Les commentaires sont fermés.