La philosophie de Philippe Landeux face à la détresse occidentale : « Largent » et la « Triplice »

Publié le 10 octobre 2011 - par
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Il n’est jamais inutile de faire dialoguer des gens qui aiment philosopher. J’ai quelque prétention en la matière, et notre ami Philippe Landeux aussi. Évidemment, ni Philippe ni moi-même ne sommes de ces intellos médiatiques qui ressassent à longueur de journées que tout va pour le mieux dans le meilleur des bobolands possible…

Philippe a commis récemment trois délicieux ouvrages, dont le plus fourni, intitulé Le civisme ou théorie de la Cité (société sans argent), m’a pas mal réveillé de mon sommeil monétariste. Assez porté à l’analyse systémique du mondialisme (la Triplice de l’horreur), je l’étais en revanche beaucoup moins à imaginer la possibilité d’un nouveau système. Mon analyse restait factuelle, elle n’était pas prospective. Tout au plus, dans une sorte de parti-pris marxo-keynésien, j’appelais de mes vœux un capitalisme régulé par un État-stratège (ce qui, soit dit en passant, sera sans doute une phase indispensable dans le processus de réveil de l’Occident). Mais avec Philippe Landeux, nous avons un vrai penseur révolutionnaire, doublé d’un philosophe constitutionnaliste, une sorte de Jean-Jacques Rousseau du XXI° siècle, un penseur du contrat social, mais avec, en plus, cette proposition d’un anéantissement du panmonétarisme (que Philippe appelle « Largent » : la croyance universelle selon laquelle il est impossible d’échanger sans monnaie). Philippe Landeux, c’est le meilleur du vrai Rousseau (je ne parle pas de l’affreuse vulgate rousseauiste livrée par les pédagogistes des prétendues sciences de l’éducation), qu’il cite souvent, qu’il admire souvent aussi, qu’il dépasse et critique fréquemment malgré tout. Je le dis sans flagornerie, les essais de Philippe Landeux sont ce que j’ai lu de meilleur dans la littérature révolutionnaire d’aujourd’hui, une sorte de tour de force, plus marxien que les marxistes, plus libéral que les libéraux, plus égalitaire que les égalitaristes, plus Lumières que le siècle des Lumières, le tout unifié dans une sorte de patriotisme intransigeant, réhabilitant définitivement la notion de frontière et de nation, et condamnant sans réserve l’immigration de masse comme phénomène contre-révolutionnaire (voir aussi : http://philippelandeux.hautetfort.com/archive/2010/12/05/l-immigration-auto-alimentee.html).

La philosophie républicaine et civique de Philippe Landeux est donc un panpatriotisme ou patriotisme universaliste, libéral et égalitaire, ce qui n’est pas sans paradoxes. C’est du libéralisme sans capitalisme.

Un peu comme Emmanuel Kant, autre grand successeur de Rousseau, Philippe Landeux se réclame d’un idéal d’humanité unifiée dans la paix universelle, mais il avertit, comme Kant, que la paix universelle ne saurait de toute manière passer par des instances supra-nationales despotiques formant un État-global : en clair, l’absence de patriotisme, le pacifisme bêlant, l’antimilitarisme primaire, l’abolition des frontières sous une « gouvernance » mondiale mafieuse, l’immigrationnisme et la xénophilie décomplexée, tout cela ruine jusqu’à l’idée même d’une paix universelle du genre humain.

Par ailleurs, Philippe reconnait la liberté d’entreprendre et les mérites des vrais créateurs d’entreprises. Son système est donc libéral. Mais il est aussi égalitaire, en ce sens que l’abolition de la monnaie, l’anéantissement de l’idéologie panmonétariste (Largent) permet une société où les hiérarchies d’argent n’existent plus, une sorte de vaste classe moyenne, soucieuse de préserver l’intérêt collectif plutôt que de se regarder le nombril, tant la révolution matérielle entraîne aussi celle des mentalités, et la rupture, notamment, avec l’individualisme libéral-capitaliste. Ce qui n’empêche pourtant pas cette Cité, à la fois idéale et réalisable je le maintiens, de se lancer dans l’import-export avec les autres pays, monétaires ceux-là, en stockant des devises étrangères dans des banques nationales, ces devises étrangères n’autorisant, par définition, que le commerce avec l’étranger.

Philippe Landeux affuble d’un nom étrange, une sorte de prénom loufoque tiré d’un nom commun, Largent, ce que j’appellerais volontiers, en ce qui me concerne, le panmonétarisme, en d’autres terme la croyance dans le caractère indispensable de la monnaie pour échanger. Largent, c’est ce fameux personnage mis en accusation dans Le réquisitoire contre Largent : en réalité une idéologie aussi universelle que fausse, selon laquelle on ne peut se passer de monnaie pour réaliser des achats et des ventes. « Largent, c’est la croyance que la notion de valeur (marchande) est nécessaire pour échanger », ce principe revient systématiquement dans l’œuvre de Philippe. On pourrait dire que Largent, c’est une idéologie et même une « idéopraxie » globale, la plus mondialisée de toutes les croyances, et de toutes les pratiques. Ne croyez pas pour autant que Philippe propose de revenir au troc, car le troc c’est déjà Largent à l’état infantile. Si j’échange deux pirogues contre une hutte, que je viens de construire pour un client, ces deux pirogues deviennent bien une « monnaie », dont je me sers alors pour acheter un âne ou plusieurs paniers de légumes. Ni le troc ni la monnaie ne sont de bons systèmes, ils renvoient tous deux à Largent, sous une forme rudimentaire et locale (dans le troc) ou au contraire mondiale et systémique (dans le libéral-capitalisme).

Or, dans l’utopie opératoire de Philippe, ce qui fonde l’échange, c’est la participation vertueuse à la vie de la Cité, de la République. On reconnaîtra ici des accents gaulliens autant que rousseauistes. Faire son métier, accomplir ses devoirs civils et militaires, ou parfois simplement familiaux, tout cela donnerait droit à une Carte Civique fonctionnant comme une carte de crédit (mais faisant plutôt penser à une de nos actuelles Cartes Vitale) : le Citoyen accède au marché à volonté pour satisfaire ses besoins, ses envies, ses caprices même, tant que cela est possible, dans une sorte de gratuité absolue. Des achats et des ventes sont toujours réalisés, mais le pouvoir d’achat est en théorie illimité, ou plutôt indéfini. Chez Philippe Landeux, ce n’est plus la monnaie, l’argent, qui salarie, de manière inégalitaire, des individus, dont certains ne méritent d’ailleurs aucunement leurs revenus , alors que d’autres sont effroyablement mal payés pour l’énormité de leur contribution (injustice sociale). C’est au contraire l’accomplissement du Devoir qui permet aux vrais Citoyens l’accès indéfini au marché. La Loi peut toutefois limiter certains achats, par exemple si les capacités de la Cité sont rationnées, et les prévaricateurs (fainéants et criminels) sont punis voire simplement bannis, dépouillés de la Citoyenneté. La Cité autorise par ailleurs un accès spécial aux biens et aux services, moins lié à l’exercice du Devoir, pour ceux qui sont victimes du sort ou du temps : les infirmes, les malades, les vieux (dans leur cas, ce n’est pas par leurs devoirs qu’ils ont des droits, puisqu’ils sont hors d’état de les remplir, mais parce que leurs Concitoyens ont un devoir de solidarité envers eux). Quelques étrangers peuvent être admis comme Citoyens, voire comme Citoyens Nationaux, encore faut-ils qu’ils soient des plus scrupuleux, comme tout un chacun, dans l’accomplissement de leurs devoirs, professionnels et autres. On appelle Citoyens Nationaux, ceux qui, natifs ou même naturalisés, remplissent les Devoirs politiques et jouissent du droit de cité. Ils constituent une sorte d’élite du Devoir, travaillant exclusivement au bien de la Cité. Ils n’ont pas cependant de privilèges particuliers puisqu’ils ne touchent, à l’instar des autres citoyens, aucun salaire au sens monétaire du terme. Les révolutionnaires qui adhèrent à ces idées sont appelés « Patriciens ».

La doctrine de Philippe Landeux est une philosophie du devoir patriotique au sens strict comme au sens large. Le service rendu à la Patrie est économique (Citoyens) mais aussi politique (Citoyens Nationaux). Bien évidemment, à cela s’ajoute le service militaire et la légitime défense (1). Personne n’est payé, mais tout est « gratuit » (du moins d’un point de vue monétaire, car la notion même de « gratuité », prise absolument, est un non-sens dans la Cité, où chacun est tenu à l’accomplissement du Devoir). Un Citoyen a des droits, dont celui d’accéder au marché, parce qu’il est Citoyen (avec tous les Devoirs que cela suppose dans la Cité). C’est le Civisme, la Citoyenneté effectivement réalisée dans et par le Devoir accompli, qui ouvre les droits du Citoyen. L’honnête Citoyen, homme du Devoir, a Droit à tous les biens et les services. En revanche, sans Largent, il ne peut spéculer sur rien. Les parasites et les fauteurs de troubles, quant à eux, sont toujours punis. Cela étant, il y a peu de fauteurs de troubles, en raison de la disparition de Largent, et la Cité fonctionne de telle façon que la plupart du temps ils se punissent eux-mêmes en suspendant leur droit d’accès au marché. Loin de les enfermer, la Cité leur inflige des sanctions légères ou les bannit. La prison existe, mais elle n’est que pour les cas extrêmes. Par ailleurs, les Patriciens, ou Citoyens Nationaux (compris comme des citoyens-patriotes, et non comme des aristocrates arrogants) sont appelés à siéger dans des commissions, comme le sont des jurés, pour délibérer des affaires de la Cité, fondant une sorte de République des commissaires, pour reprendre l’expression (peut-être un peu « soviétique ») de Maxime Poupeney (2). Inutile de préciser que le détail de la doctrine est infiniment plus complexe que mon humble résumé ; pour en connaître, je ne peux que recommander la lecture, au moins, de la Théorie de la Cité, qui me semble le meilleur de ce qu’a écrit Philippe (cet ouvrage dispenserait presque, tant il est clair et précis, de lire les deux autres ; à noter malgré tout que pour vouloir instaurer la Cité de toutes ses forces, il faut condamner Largent de manière implacable. Or, contre Largent, les arguments sont dans le Réquisitoire).

Comme je le disais au début de cet écrit, il n’y a rien de mal à faire dialoguer des pensées. Largent vient de me suggérer deux autres personnages, Lislam et Lagôche, mettons, qui n’existent aucunement dans les livres de Philippe Landeux. Cela m’intéresse toutefois de rattacher un peu les idées de Philippe à mes supputations personnelles sur la Triplice de l’horreur.

Si l’on admet que nos nations sont en voie d’effondrement sous l’effet conjugué du Fric, de la Nébuleuse Rouge et du Croissant (la fameuse Triplice capital-islam-gauchisme, ou « capitalislamogauchisme »), il est certain que Philippe Landeux est un des rares penseurs, peut-être le seul actuellement, qui soit allé aussi loin dans cette idée de tordre le coup à l’un des piliers de la Triplice : le capitalisme, système qui ne vit que sous Largent et par Largent.

En ce qui me concerne, avec mon capitalisme régulé et mon État-stratège, je fais pâle figure à côté de Philippe. Je maintiens toutefois que le retour à une sorte d’économie néo-colbertiste constituera un moment incontournable ; une économie mixte, où tout n’est pas privatisé, fondée sur une monnaie nationale et une sortie de l’UE, restaurant un Droit du Travail digne de ce nom, n’hésitant pas à utiliser une fiscalité plus juste et redistributive (pour les vrais pauvres en tout cas). Ce serait en quelque sorte la dévolution, le retour salutaire aux fondamentaux du Conseil National de la Résistance, fût-il provisoire, qui pourrait précéder la véritable révolution à laquelle appelle Philippe, très audacieux, mais toujours avec de bons arguments. Ou alors la révolution interviendrait directement, car le chaos prédispose fortement au basculement révolutionnaire (il n’est pas sûr que la Révolution puisse sortir du calme retrouvé ; Philippe penche plutôt pour l’hypothèse d’une révolution directe, sans moment dévolutionnaire).

Sur ce dossier, je suis sans a priori et j’estime qu’il n’y a pas de sujet tabou. L’audace de Philippe Landeux n’est pas à mes yeux un banal aventurisme. Il existe dans sa pensée de grandes richesses qui pourraient augmenter encore si le philosophe initiait un dialogue avec les sciences économiques (je parle bien entendu d’économistes sincèrement attachés au bien commun, et je les sais rares). Sans avoir les compétences suffisantes pour juger définitivement de la validité opératoire des concepts mobilisés par Philippe, je subodore qu’il a, in fine, raison ; qu’il a touché à l’essence même du dépassement du capitalisme (3). Quelle différence d’ailleurs avec les anticapitalistes (gauchistes) adoubés par le Système, dont l’anticapitalisme d’opérette se réduit à des vagissements xénophiles sur fond d’inversion des valeurs ! Bref : j’invite Philippe et les économistes dissidents à dialoguer sans relâche. Une conférence au sommet serait souhaitable ; je l’appelle de mes vœux, et je suis même prêt à donner un coup de main. Ce serait un beau moment dans l’éviction de la Triplice.

Pour en revenir à mon titre… Lorsque Largent, Lislam et Lagôche sont dans un bateau, un bateau appelé France par exemple, que croyez-vous qu’il arrive ? Le bateau coule, pardi ! Si on réussissait à éliminer le Fric, les deux autres larrons, la Nébuleuse Rouge et le Croissant finiraient par se décomposer : ces deux-là ne vivent de toute manière que par les subventions du Fric, qui se présente parfois comme un adversaire, et qui est en réalité leur plus fidèle allié en sous-main. Tordre le coup au Fric, à Largent, on conviendra que l’idée n’est pas sans intérêt… Non seulement en matière sociale, mais aussi et surtout en matière géopolitique.

Jacques Philarcheïn

(1) Il est notable que le patriotisme défendu par Philippe Landeux ne s’entend pas seulement au sens militaire et géostratégique. Le principe inconditionnel de légitime défense contre les criminels est un des points les plus forts de son ouvrage, et la magistrature actuelle ferait bien de s’en inspirer, qui envoie des victimes en prison à tout de bras, tout en relâchant les pires tortionnaires sans parfois même les condamner. Mais je sais qu’elle ne s’en inspirera pas… Nous, en revanche, nous nous en inspirons. Lire la note 85 du Civisme ou théorie de la Cité, page 107 du traité, « Contre le principe de défense proportionnelle », sans doute le plus beau texte jamais écrit à ce jour sur la légitime défense.

(2) Maxime Poupeney, La République des commissaires, paru en janvier 2011, disponible aux élections Jets d’encre. J’ignore si Maxime Poupeney et Philippe se connaissent, mais il existe quelques ressemblances stimulantes entre les deux analyses, que j’ai lues avec attention.

(3) Il s’agit plus exactement de dépasser le libéral-capitalisme mondialisé, fondé sur la monnaie. Le système de Philippe n’empêche aucunement le commerce, les achats et les ventes, ni la création et la gestion d’entreprises, toutes choses que Philippe encourage et intègre dans sa philosophie du Devoir social. Par ailleurs, les banques nationales détenant, dans son système, des devises étrangères ont bel et bien un capital monétaire, et les stocks des entreprises, sans compter les bâtiments et les machines, constituent bel et bien un capital non monétaire. En clair, le système de Philippe Landeux n’empêche nullement le commerce, les échanges, pas même internationaux, ni la constitution de fonds considérables, consacrant la richesse et la puissance de la Cité.

Post-Scriptum

Entretien Frank Abed – Philippe Landeux

[dailymotion xl0uv4] 

http://www.dailymotion.com/video/xl0uv4_franck-abed-recoit-landeux-philippe_news

Pour se procurer le maître-ouvrage de Philippe Landeux : Le Civisme ou théorie de la Cité

http://www.thebookedition.com/le-civisme-ou-theorie-de-la-cite-philippe-landeux-p-62723.html

Pour se procurer tous les ouvrages :

http://www.thebookedition.com/livres-philippe-landeux-auteur-40478.html

 

 

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