La pilule et les cheveux des femmes font des dégâts, selon le Vatican et Téhéran

Publié le 9 mars 2009 - par
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Discours scientifique des religions : « La démarche scientifique n’utilise pas le verbe croire; la science se contente de proposer des modèles explicatifs provisoires de la réalité et elle est prête à les modifier dès qu’une information nouvelle apporte une contradiction. Pourquoi les religions n’en feraient-elles pas autant ? »
(Albert Jacquard, né en 1925, Petite philosophie à l’usage des non-philosophes,1997)

Galilée

Lorsque l’on évoque ce nom, on pense aussitôt à l’Eglise, à la religion au clergé qui a condamné ce scientifique, Galilée, à la prison à vie pour ne pas avoir renoncé à sa découverte.

Lorsque Galilée conforta la thèse de Copernic, l’Eglise se sentit menacée. Jusqu’alors, l’église avait mis la terre et l’homme, créés par Dieu, au centre de l’univers. Et la déclaration de Galilée ébranlait l’homme, l’Eglise et son dieu.

Il existe d’autres faits historiques où la science et les scientifiques ont été condamnés par différentes religions dans différents pays du monde. Car la science, parce qu’elle invite, incite l’humain au doute, à la curiosité, au questionnement, à la remise en cause, à l’expérience, met la croyance et la crédulité en question, là où les religions invitent à l’acceptation.

Mais ces temps là ont changé : les religions, à présent, ne condamnent plus la science et les scientifiques, mais elles-mêmes, à tort et à travers, deviennent productrices de paroles scientifiques, surtout lorsqu’elles veulent cacher et camoufler leur misogynie.

Le Vatican, pour remettre la main sur le corps des femmes qui lui échappe depuis l’extension des pilules contraceptives, vient de décréter que « des dérèglements environnementaux et leurs conséquences négatives sur la fertilité masculine sont dus à la pilule utilisée par les femmes en milieu occidental. » !!

Ce moyen de contraception est en effet accusé par Pedro José Maria Simon Castellvi, président de la Fédération internationale des associations de médecins catholiques, de provoquer en Occident une « pollution environnementale » responsable « de l’infertilité masculine (marquée par une baisse constante du nombre de spermatozoïdes chez l’homme) ». D’après les théories exposées le samedi 3 janvier dans le journal du Vatican, l’Observatoire Romano, la pilule contraceptive « en relâchant des tonnes d’hormones dans la nature à travers les urines des femmes qui l’utilisent, est coupable des effets dévastateurs sur l’environnement ».

Ce discours pseudo scientifique catholique me fait penser à un autre discours, celui-ci islamique. Celui du régime islamique de Téhéran, lorsqu’il a voulu imposer le voile aux femmes iraniennes en 1979.
Comme les femmes résistaient et refusaient le voile en se réclamant libres, les ayatollahs se retournèrent alors vers des pseudo scientifiques. A cette époque, un certain Bani-sadr, qui avait fait ses études en France, un homme ne venant pas du clergé, et premier président de la République islamique, a eu un discours bien proche de celui du Vatican. Dans une conférence de presse, pour condamner les femmes qui refusaient de se voiler, Bani sadr dit : « La science a prouvé que des cheveux des femmes propagent des ondes qui excitent les hommes. Pour empêcher les hommes de vivre constamment dans cet état de provocation et d’excitation sexuelle, les femmes doivent se voiler » !!!

Du Vatican à Téhéran, du christianisme à l’islam il n’y a qu’un rêve, avoir l’emprise sur le corps des femmes. Pour la voiler, et/ou pour la faire enfanter. Pour la vouer à l’inexistence, la réduire au silence. Notre regard critique nous est le seul secours pour nous mener à la prise de conscience et à refuser de croire tout au nom de la science.

Anne Assieh PAk

féministe enragée

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