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La préférence nationale, un concept facho ? Seulement en France !

 

« Préférence nationale ».
Deux termes qui, séparés mais surtout associés, provoquent irrémédiablement chez le Gentil troubles intestinaux, urticaire, remontées hormonales et défrisement de la toison pubienne tant le remugle, sourd et lancinant, véhiculé par la mémoire des Heures les Plus Sombres d’une Histoire Ignorée persiste à fleur de pensée…
« La préférence nationale ? Mais c’est facho » !!!
Ouais, peut-être…Mais ça dépend où, et quand.
A vrai dire il n’en a pas toujours été ainsi.

1932 : Vote de la loi Herriot, sur la préférence nationale, donc, concernant surtout la ségrégation à l’emploi et suite à une campagne syndicale signée CGT et CGT-U (à l’époque ouvertement communiste) sur le thème : « les étrangers prennent le travail des français » (sic).

Ben ouais, Fernand Raynaud n’a rien inventé, sur ce coup.
François Cavanna, feu le patron de Charlie, mensuel puis hebdo, et peu susceptible de sympathie envers l’extrême droite, en parle merveilleusement bien dans son bouquin « Les Ritals » où par milliers, des étrangers, souvent pères d’enfants français et n’ayant rien fait de mal, étaient poliment raccompagnés à la porte de l’établissement France.

Il sera bien sûr facile d’objecter que le pays, plongé dans les conséquences dévastatrices de la crise de 29, se devait de faire des choix douloureux.
Sauf que… au plus fort de la crise, le taux national de chômage n’a pas dépassé les 8%, inférieur donc à ce qu’il est aujourd’hui.

1938 : Un certain Daladier -les accords de Munich, ça vous dit quelque chose ? – renforce la loi par deux décrets, en plein Front Populaire et alors que les Heures les Plus Pauvres de notre Histoire appartenaient à un passé à jamais révolu, croyions-nous.
Au demeurant, la loi Herriot traversera toute la IVème République, une bonne partie de la Vème et ne sera abrogée qu’en 1981 par F. Mitterrand, « pour rester en conformité avec les traités européens ».
Qu’on se le dise : la Préférence Nationale, c’est facho. La Préférence communautaire, c’est sympa.
Entre-temps, nos amis communistes avaient quelque peu évolué sur le sujet : plutôt fermés à l’immigration jusqu’à Georges Marchais au début des années 80 et constatant que le vote traditionnel et authentiquement prolétaire commençait à s’égayer, il fallait trouver un électorat de substitution : Bon dieu, mais c’est bien sûr ! Ouvrez les portes, les alloc’s et surtout les urnes !!!

Amusant d’ailleurs de constater que cette « ouverture » ne concernait aucunement les Grands Frères : URSS et Chine aussi rouges et inatteignables que la planète Mars, Cuba qui ne s’est ouverte aux touristes et à leurs dollars que lorsque Moscou cessa de payer la canne à sucre deux fois le cours mondial, Albanie à contourner par les voyageurs se rendant en Grèce par la route… Reste quand même la Corée du Nord et ses exportations de matière fissile, c’est rassurant.
Ceci nous offre une jolie transition spatio-temporelle pour aborder l’ « Ailleurs » :

L’auteur de ces lignes a eu la chance immense de pourvoir bourlinguer pas mal ces dernières années, notamment en Afrique, Amérique latine et Caraïbes.
Et bien, cette préférence nationale méphitique, il l’a rencontrée PARTOUT.
Concernant les différences de prix, d’accès, de formalités, sans oublier la qualité de l’accueil qu’à l’occasion vous réservent les autochtones. Supporters d’Usain Bolt et fans de Bob Marley, comptez vos doigts en quittant la Jamaïque.

Résident au Brésil, votre serviteur y voit appliquer une politique dont Trump ou Marine le Pen n’osent même pas rêver, et après quatorze ans de pouvoir de gauche :

-Les deux derniers nommés voudraient taxer les importations, afin de soutenir la production nationale. C’est facho. Sauf qu’au Brésil, une bagnole provenant d’un pays tiers vous coûtera 30% plus cher qu’ici à cause des droits de douane, alors même que le Brésil n’a pas de fabricant mais juste des chaînes de montage.

Idem pour tous les produits à forte valeur ajoutée.

– Et ça, c’est juste l’amuse-gueule : Les usines relocalisées aux US ou en France y emploieront néanmoins des travailleurs mexicains, salvadoriens, maghrébins ou africains. Pas là-bas : une entreprise brésilienne ne peut embaucher que des brésiliens, sauf à prouver qu’elle n’a trouvé aucun indigène correspondant au profil. Avec 200 millions d’habitants, on imagine la gageure.

– Pour finir, toute la planète du Progrès s’est félicitée de la mise en place du « Bolsa Familia », équivalent de nos alloc’s, développé par le pouvoir de gauche, et certes fort utile pour les familles impécunieuses.
Mais en oubliant vaguement de préciser que cette prestation ne concernait que les familles… brésiliennes. Péruviens, Boliviens, Colombiens, allez vous faire voir, et restez-y.
J’aimerais voir la tronche des habitué(e)s de la CAF si on leur explique que Maghrébins, Africains, Turcs, Tchétchènes et autres sont exclus du système.

Sachez-le : la Préférence Nationale, c’est facho.
Mais pas en d’autres lieux ou en d’autres temps.

Jacques Vinent