La primaire socialiste, nouvelle version des dix petits nègres d’Agatha Christie ?

Publié le 25 juillet 2011 - par - 643 vues
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Que ce titre n’incite pas Sopo, Jacubowicz, Aounit ou Tubiana à décrocher leur téléphone, et à appeler immédiatement leurs avocats. Il ne comprend aucune stigmatisation à la haine raciale, il évoque simplement l’inoubliable roman d’Agatha Christie, écrit en 1939, « Les dix petits nègres ». Dans cet ouvrage, dix personnages qui, tous, à un moment de leur vie, s’étaient rendu coupables d’actes répréhensibles non sanctionnés par la justice, se rendaient à une mystérieuse invitation d’un hôte à passer des vacances paradisiaques et gratuites, sur une île appelée « L’Ile du Nègre ». Ils se retrouvaient finalement seuls sur cette île, regroupés dans une grande maison. Les uns après les autres, ils seront retrouvés assassinés. Or, il y avait dans cette maison dix statuettes en porcelaine, et, à chaque disparition, l’une d’entre elles disparaissait…

Il faut reconnaître que le parallèle avec les primaires socialistes est tentant… On a l’impression d’un jeu de quilles, les candidats recevant des coups, qu’ils ont eux-mêmes suscités, les uns après les autres ! Et chacun de ces coups, quand il ne les élimine pas, altère leur image et donc leur possibilité d’être LE candidat socialiste !

Le premier petit nègre, bien sûr, c’est Dominique Strauss-Kahn. Au début de cette affaire qui est en train de devenir un roman, le fameux pacte de Marrakech, concocté au bord des piscines luxueuses de la capitale marocaine entre Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Ségolène Royal. Les deux dernières devaient s’effacer au profit du président du FMI, et transformer ce qui devait être une primaire en un soutien massif à DSK, contre lequel François Hollande ne paraissait pas devoir peser lourd. La machine allait se mettre en branle, l’officine de communication Euro RSCG allait entrer en action, Askolovitch préparait un livre à la gloire de DSK, les médias en faisaient leur chouchou, toute la gôche, y compris Mélenchon, lui prêtait allégeance, avec un désistement en sa faveur pour le deuxième tour, puisque seul « Dominique » paraissait pouvoir battre Sarkozy, et empêcher le renouvellement de la catastrophe du 21 avril 2002 ! Rien ne semblait pouvoir s’opposer à la candidature Strauss-Kahn, puis à son inévitable victoire…

A quelques jours de l’officialisation de la campagne de l’ancien ministre des Finances de Jospin, arriva ce qu’on a appelé « L’affaire du Sofitel » qui abrégea définitivement, n’en déplaise à Jean-Christophe Cambadélis, la carrière politique d’un « socialiste » dont les Français découvrirent qu’il n’était pas un homme qui aimait les femmes – ce qui ne poserait de problème à personne – mais un harceleur usant sans vergogne de son statut pour arriver à ses fins. On apprit par quelques témoignages que la rédaction de Libération donnait des consignes à ses journalistes femmes pour ne jamais aller interviewer Strauss-Kahn seules, et que l’affaire Tristane Banon, si elle était avérée, montrerait un homme capable de se transformer en violeur. On découvrit, en outre, lors de sa libération sous caution et de son installation à New York, que la fortune du couple Strauss-Kahn-Sinclair, et son niveau de vie, allaient rendre difficile, pour les socialistes, de continuer à attaquer Sarkozy sur le Fouquet’s ! Bref, Martine Aubry a beaucoup pleuré en bureau national, mais les faits sont là, Dominique, c’est fini !

Exit donc Strauss-Kahn, et place au deuxième petit nègre, Martine Aubry, qui ne paraissait pas avoir une grande volonté de se lancer, peut-être consciente de son impopularité, mais ne put faire autrement que de se déclarer, étant la première secrétaire du Parti socialiste. Or, pour des raisons mystérieuses, quelques jours après sa candidature, la voilà qui met sur la place publique des rumeurs, inconnues de la plupart des Français, amalgamant un supposé alcoolisme, une présumée homosexualité et le fait que son mari soit appelé sur des sites Internet « l’avocat des islamistes » ! Elle a donc intimé l’ordre aux sites qui véhiculaient ces rumeurs de retirer leurs textes au plus vite, faute de quoi elle déposerait plainte. Certes, Martine a fait la une de l’actualité pendant plusieurs jours, mais le résultat a été catastrophique pour son image. D’abord, personne en France, sauf de rares initiés, n’avait entendu parler de cette histoire d’alcool, ou d’homosexualité, et, en voulant regrouper les différents dossiers, elle n’a réussi qu’à mettre en avant les « exploits » de son mari, l’avocat Jean-Louis Brochen, qui, membre de la Ligue des Droits de l’Homme, a donné l’impression qu’il s’était spécialisé de manière curieuse dans la défense de groupes peu recommandables, notamment islamistes, le gang de Roubaix, 17 jeunes filles voulant imposer leur voile à l’école, le groupe Sniper, l’association « Dialogue et Débats »… ce qui fait quand même fait beaucoup. Les internautes ont également vu en boucle ces images accablantes de Martine Aubry, saluant une salle composée d’une majorité de voilées et de barbus, en leur souhaitant la bienvenue, et en expliquant qu’il y avait de la place en France pour un islam respectueux des lois de la République (sic !). Amar Lasfar pouvait boire du petit lait. Consciente que cet épisode ne lui avait guère été favorable, elle a dû trouver une nouvelle méthode pour améliorer son image, et ce fut cette « Une » catastrophique de Paris Match. Même les Grandes Gueules, pourtant peu connues pour leur hostilité au Parti socialiste et à sa première secrétaire, ne purent s’empêcher de comparer cette photo à un dépliant publicitaire pour des maisons de retraite ! Bref, Martine, ce n’est pas bien parti ! Le deuxième petit nègre a du plomb dans l’aile…

Il nous reste donc François Hollande. Un troisième petit nègre ? L’homme a perdu des kilos superflus, il a le soutien de Chirac, il ne se fâche avec personne ; pendant dix ans, il a dirigé le Parti socialiste sans jamais rien trancher sur le fond, il connaît parfaitement les rouages de son parti, on le dit plus à droite qu’Aubry (ce qui fait peur), et les journalistes l’aiment bien. Hélas pour lui, il y a quelques ombres au tableau : il vient d’être interrogé, ce mercredi, sur l’affaire DSK, et sa tentative de viol supposée contre la jeune journaliste Tristane Banon. Certes, le PS crie à la manipulation politicienne, mais il sera quand même difficile à celui qui était alors premier secrétaire du PS de dire qu’il n’avait jamais été informé de cette histoire… surtout que la mère de la victime, Anne Mansouret, qui a convaincu sa fille de ne pas déposer plainte, est conseillère régionale PS depuis 2004. Un premier secrétaire pouvait-il ignorer ces faits ? Si oui, il est un bien piètre leader. Si non, n’aurait-il pas couvert, au nom des intérêts supérieurs du parti, un acte répréhensible par la loi ? A ces difficultés s’ajoute cette vidéo terrible qui circule, montrant, en 2008, un Hollande avec 15 kg de plus, bafouillant qu’il était internationaliste, et donc qu’il refusait tout protectionnisme pour les travailleurs français, ce qui lui valut de se faire ramasser par Emmanuel Todd (meilleur sur ce sujet que sur l’islam) qui lui fit remarquer que ce ne serait pas les prolétaires indiens qui votaient en France… Bref, François, ce n’est pas bien parti ! Le troisième petit nègre a du plomb dans l’aile…

DSK au tapis, Aubry-Hollande en difficulté, la direction du PS a beau accuser l’Elysée de vouloir pourrir ses primaires, on peut difficilement mettre sur le dos de Sarkozy les particularités (c’est un euphémisme) des leaders socialistes. On peut d’ailleurs comprendre que l’angoisse monte au sein du PS et que l’on tente des opérations d’intimidation pour réduire au silence sinon la presse officielle, étonnamment complice mais Internet, les blogueurs et les sites qui ne véhiculent pas la pensée unique. On appréciera d’ailleurs au passage que les avocats d’Aubry-Brochen s’en prennent à ces derniers et laissent tranquilles tous les autres journalistes, y compris une Caroline Fourest pourtant auteur de l’expression « avocat des islamistes »…

D’ailleurs, avec ou sans procès, avec ou sans chasse aux sorcières, le PS n’est pas sorti de l’auberge !

N’oublions pas qu’Arnaud Montebourg pourrait faire un quatrième petit nègre : il s’est fait des ennemis mortels avec la Fédération PS des Bouches-du-Rhône, dont il a qualifié les méthodes de « mafieuses, proches du grand banditisme », que Manuel Valls, s’étant beaucoup discrédité, lors de l’affaire DSK, aux côtés de Jack Lang et de Badinter, en manifestant un esprit de caste supérieur aux valeurs socialistes donc il se réclame, en ferait un cinquième possible…

Quant à Ségolène Royal, qui paraît échapper aux mauvais coups qui atteignent ses deux principaux rivaux, elle pourrait bien faire le sixième. En politique, Julien Dray le sait mieux que beaucoup, les mauvais coups viennent la plupart du temps du camp de ses amis, et pas de ses adversaires. Et la candidate malheureuse de 2007 pourrait voir ressortir les fautes de cette campagne, ses ignorances, son aspect caractériel (les habitants autour de son ancienne permanence racontent volontiers que sa réaction à l’annonce de sa défaite au soir du premier tout a été plus qu’inquiétante…), son incapacité à respecter l’autre et la démocratie, avec ces videos circulant sur le net où on la voit, en pleine séance du Conseil Régional, refuser carrément la parole à ses adversaires politiques ou comploter pour imposer sans l’avoir dit une réforme du système éducatif qui mettrait fin au rôle d’enseignant des professeurs, faisant d’eux des animateurs-surveillants 35 heures par semaine dans les établissements… On pourrait aussi parler de ses engagements reniés dès qu’elle n’a plus eu besoin de se faire élire : favorable au TCE en 2005, promettant pour les beaux yeux de Chevènement qu’on respecterait le vote populaire en 2007 mais appelant dès janvier 2008 les députés et sénateurs socialistes à ratifier le Traite de Lisbonne…

N’oublions pas que les interrogatoires subis par François Hollande, puis par la députée socialiste Aurélie Filipetti, sur l’affaire Tristane Banon, ne sont que les premiers témoignages recueillis, et qu’une dizaine d’autres personnalités socialistes, suspectées d’avoir été au courant de cette présumée tentative de viol, n’ont pas encore été entendues…

Combien restera-t-il de statuettes de petits nègres le 10 octobre, à la veille du premier tour de la primaire socialiste ?

Lucette Jeanpierre

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