1

La prof Gaëlle Bourgon aurait-elle accepté d’être la marraine d’un SDF français ?

Les clodos de ma jeunesse estudiantine étaient généralement barbus, cheveux en bataille. Bougonnantes formes allongées sur les grilles du métropolitain, ils ressemblaient au Ribouldingue des Pieds Nickelés, lequel dut sans doute à la forte solidarité de ses deux potes, et à leur ingéniosité d’escarpes, de ne pas finir à la fosse commune.

Clodos. On s’asseyait près d’eux, une bouteille de bière (consignée) à la main, ou un sandwich, pour un partage, et quelques mots échangés. Souvent, on les connaissait par leur prénom, eux, ne nous demandaient jamais le nôtre. La fierté venait se nicher quelque part dans la distance qu’ils mettaient avec nous.

Beaucoup de ces épaves sortaient alors des guerres, la Seconde, l’Indochine, l’Algérie.  Nous, nous étions de cette génération que le Mur de Berlin allait protéger jusqu’à sa retraite : peu nombreux, assurés d’un avenir, confiants dans la France de Georges Pompidou, qui ressemblait alors, passés les tumultes de 68, au bonhomme intelligent et subtil qui la gouvernait.

Les clodos d’aujourd’hui sont d’un monde en état de guerre et ont tendance à faire peur. Ils sont toujours logés aux mêmes endroits mais la croissance exponentielle de leur nombre en a fait des spectres dont on longe les remugles en détournant la tête. Il y a les sous-chiens des rues, les « natifs », bien sûr, ceux des bagnoles dans lesquelles on dort, des cartons Darty ou Sony assez spacieux pour se loger, où l’on voisine désormais avec la fausse mendicité Rom, ce commerce honteux dont les héros au sein des mères sont drogués pour ne pas crier. Partage de l’espace, encore, avec le « système levantin », qui met lui aussi les femmes au trottoir, confites en grimaçantes douleurs pour mamies en mode compassionnel. Tragi-comédie mêlant les genres. Tumulte d’où sortent, puissantes, les senteurs de la haine.

Dans ce maelström de la misère, l’ancien de la Guerre du Golfe est mort seul avec son histoire, ses blessures de l’âme, sa fatigue et son désespoir. Clodo d’avant mais sans étudiant pour lui faire la conversation. Il n’avait de toute façon aucune chance de s’en tirer face au zoo humain que le Gouvernement de la France laisse ramper dans maints endroits de son espace, cette manne d’hommes seuls venus du Sud pour gratter sa gale dans les squares de nos villes en attendant de s’installer dans la dépendance sociale organisée.

Le SDF décédé dans les rues de Poissy était un héros de la guerre du Golfe

 

 

 

 

 

 

Organisée par cette jeune femme, juste un exemple. Marraine de Salaheldin, lequel trouve, on sent là un début de critique, que les Français sont réticents à l’amitié. Les Français ? Ils accueillent, nourrissent, éduquent, payent et payent encore, ici et bien au-delà de leurs frontières. L’amitié, pourquoi pas, mais on peut bien attendre un peu, non ?

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bourgogne-franche-comte/doubs/besancon/salaheldin-yaya-besancon-c-est-difficile-se-faire-amis-1524668.html

Elle est charmante, Gaëlle, idéale, même, pour une « Plus belle la vie » version migrant avec, osons le conseil scénaristique, une idylle venant donner le frisson aux folliculaires de la LDH, de SOS-Racisme ou du MRAP.

Généreuse Gaëlle, qui pose aux côtés d’un garçon bien mis, bien nourri, bien soutenu. Aurait-elle porté le même regard sur le brigadier Daniel Crépet, homme de parole et de bravoure dont la destinée posthume eut été de finir, sans une intervention in-extremis et n’étant réclamé par quiconque, sur la table de dissection d’une faculté de Médecine ?

Jean Sobieski