La prostitution est une tare majeure de l’humanité, comme l’a été l’esclavage

Publié le 2 novembre 2013 - par - 990 vues
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REPONSE A BERNARD BAYLE

http://ripostelaique.com/socialos-et-nonnes-feministes-foutez-la-paix-a-ceux-qui-ont-envie-daller-aux-putes.html

« Si on ne peut plus aller aux putes… », dites-vous. La même remarque m’a été faite par un de mes fils, mais pour plaisanter, du moins je l’espère.

J’ai lu sur Causeur  le manifeste des 343 salauds, et le trouve d’un goût tout à fait douteux. Cela pourrait être un canular, mais je crains que ce n’en soit pas un.

Je suis d’accord avec vous, quand vous dites que nos libertés sont menacées, qu’on veut légiférer sur tout et n’importe quoi, et que la loi n’a pas à se mêler de sexualité.

De quelle sexualité, s’il vous plaît ? En l’occurrence de celle des hommes, dont on s’est toujours beaucoup soucié, sacrifiant allègrement une partie de la population féminine, pour apaiser les ardeurs de ces messieurs.

Bon, j’arrête là ce discours « féministe », qui n’a pas l’heur de vous plaire.

Cependant vous m’accorderez le droit de considérer que la prostitution est une tare majeure de l’humanité, comme l’a été l’esclavage, et de le déplorer. C’est, selon moi, la forme extrême de l’exploitation des femmes par les hommes. Et le fait que des canadiennes, des américaines et des françaises frètent des avions pour aller aux Antilles se « taper des mecs », ne change rien à la chose.

Pensez au statut des « putes » dans la société. Souhaiteriez-vous que votre sœur, votre fille, choisisse ce métier ? L’annonceriez vous à vos amis ?

Quant à moi je suis consternée, révoltée, que les socialos aient eu le culot de désigner Monsieur Strauss Kahn comme candidat pour la présidentielle, alors qu’ils connaissaient parfaitement son comportement dans ce domaine. C’est une gifle magistrale pour les femmes.

Je me réjouis par ailleurs que notre société ait changé. Je suis assez âgée pour avoir connu l’époque d’avant la pilule, la dépénalisation de l’avortement, et autres éléments de libéralisation des mœurs. Je suis contente que l’on puisse maintenant vivre ensemble sans être marié (e), que les jeunes femmes puissent choisir leur compagnon, et en changer si elles le veulent.

Il me semble que c’est de cela que vous parlez, du droit des gens à mener leur vie à leur guise, sans que l’Etat, la loi, viennent y mettre son nez. Vous parlez en fait de gens qui se rencontrent, se choisissent librement, c’est parfait, rien à redire.

Mais la prostitution, c’est autre chose. C’est ce gigantesque système mondial, international, ce marché qui rapporte beaucoup d’argent, qui achète et vend des femmes…. et les tient en esclavage.

Il y a une quarantaine d’années des prostituées s’étaient réfugiées à Lyon dans une église, pour protester contre des mesures répressives prises contre elles. J’habitais alors une ville du Nord, et dans un dîner où je me trouvais, le sujet fut évoqué. Une des dames présentes parla de ces « créatures ». L’un des invités, un militaire, intervint et dit : « Ces créatures, Madame, quelquefois on les retrouve dans le Rhône ou dans la Saône avec une pierre au cou ». Je vous laisse imaginer le silence glacial qui suivit cette intervention. Le militaire, je l’aurais embrassé, je m’en veux de n’avoir pas eu le courage de le faire. J’étais encore jeune et prisonnière, dans ce milieu bourgeois, de ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Je n’ai jamais oublié cet incident. C’était peut-être la première fois que j’étais confrontée à ce problème. Cela m’a donné à réfléchir en tout cas. Et j’ai pris alors conscience que j’aurais pu être une de ces « créatures ».  Seul le hasard, ou l’éducation donnée par mes parents, ou je ne sais quoi avaient fait que ce n’était pas le cas. Alors je me sens vraiment solidaire, même si je n’en ai jamais rencontrées. J’avais un ami qui disait : « Les femmes, on finit toujours par les traiter de putes ».

Cela vous dérange que l’on s’attaque aux hommes, dans cette affaire. Aux clients. C’est peut-être maladroit, je n’en sais rien. Mais cela a au moins le mérite de les rendre visibles, comme on dit. Dans un échange commercial, puisqu’il s’agit de cela, il y a deux parties : le vendeur et l’acheteur. Dans ce cas on ne parlait jamais que de la vendeuse, la pute, et en quels termes ! Pourquoi ne parlerait-on pas de l’acheteur ?

C’est la première fois que l’on s’attaque à une institution millénaire du système « patriarcal », dans lequel nous vivons encore. Cela n’a jamais été fait, il faut donc bien inventer et se tromper parfois.

Votre article, quand je l’ai lu la première fois, m’a paru « de bon aloi », un peu naïf peut-être. Mais finalement je me demande s’il ne s’agit pas tout simplement d’une réaction masculine primaire pour préserver un droit fondamental, celui d’« aller aux putes ».

Et de quelles féministes parlez-vous ? Je sais qu’il y a beaucoup de mouvements qui se disent féministes, je ne les connais pas tous. Je sais seulement que le mouvement féministe qui a permis aux femmes de se libérer, d’acquérir des droits fondamentaux, existe depuis environ 200 ans. Et je sais aussi que les hommes, du moins certains, parce qu’ils ont peur de perdre le pouvoir et leurs privilèges, comme « d’aller aux putes », par exemple, trouvent, et ont toujours trouvé de multiples astuces, le mot est faible, pour s’opposer aux revendications de l’autre sexe.

Jacqueline FICHET

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