La provocation du voile

Publié le 19 décembre 2007 - par
Share

Bonjour à tous, et en particulier à Pierre. Ci-joint ma contribution. Bon courage.

Je ne comprends pas ce que pas ce que veut dire Annette Caspard dans votre numéro 18 de cette semaine. Il me semble qu’il y a une contradiction dans son propos quand elle dit admettre que l’attitude de Mme Truchelut de refuser l’intromission du voile dans son établissement faisait la preuve d’une discrimination et que dans ces conditions il lui fallait respecter « obligatoirement » l’attitude de ses clients. Comme dirait Kadhafi, je paye, donc j’ai le droit de m’imposer partout. Il s’agit en l’occurrence d’une réciprocité de respects : les « voilées » se sont-elles posée la question de cette réciprocité ? Se sont-elles demandé si elles n’allaient pas gêner par leur simple présence des personnes que leurs voiles indisposeraient ?

Un restaurant ou un hôtel est un lieu privé-public.Il y a deux propriétaires, Mme Truchelut et le public qui pénètre dans ce lieu. Les droits sont différents. Chacun doit respecter l’autre, mais le droit de choisir la présence et le contact de ceux qui s’y côtoient en fait partie. Aucun ne peut empiéter sur l’autre. Un propriétaire a le droit de mettre à la porte quelqu’un qui l’importune. Liberté de l’un contre liberté de l’autre, respect de l’un contre respect de l’autre. L’équilibre est difficile. Ce qui explique qu’on en discute encore.Pour ma part je balance en faveur de Mme Truchelut parce que je mets derrière le voile tout un symbole d’oppression, même si celles qui le portent ne veulent pas l’admettre. Pourquoi les esclaves ne se révoltent-ils pas contre leur maître? Parce qu’ils ne savent pas ou ne veulent pas savoir, qu’ils le sont.

Quand vous lisez « Le chien et le loup » de La Fontaine préférez-vous être le chien ou le loup ? Ce que je n’admets pas c’est le prosélytisme du chien. L’erreur a été que les deux animaux se sont rencontrés, Que chacun se tienne éloigné de l’autre, et tout se passera bien. Que dit la « voilée » ? : « je porte ce voile en toute liberté, car chez-nous cette liberté fait partie de la tradition ». Le problème est que ce « chez-nous », cette tradition n’est pas le même pour tous.

A chacun ses traditions, à chacun sa liberté, elle ne sont pas toujours compatibles. Même si certaines « voilées, se sentent bien à l’abri du voile, choisi, disent-elles en toute liberté, ont-elles le droit de le proclamer urbi et orbi ? Annette Caspard dit : « si on m’impose une façon de me comporter qui ne me convient pas, moi je refuse et je sors ». Sa contradiction est : si je veux tout de même entrer dans les lieux qui m’intéressent, peut-on m’en empêcher ?

N’est-ce pas alors de la provocation de sa part que de le tenter, ce qui rompt l’équilibre des droits ? Il faudrait inventer le délit de la provocation. Pourquoi les « voilées » n’ont pas respecté la liberté de la propriétaire ? Pourquoi l’attaquer sous prétexte d’un refus alors, qu’elles-mêmes sont sous un interdit, édicté par le pouvoir religieux, celui, de ne pas provoquer les hommes par sa féminité ? Délit de discrimination contre délit de provocation. Par un souci d’harmonier des relations entre les membres de la société civile, il ne faut pas confronter les deux, c’est pourtant ce que les « voilées », ont fait.

A mon sens elles sont au moins autant coupables que Mme Truchelut.. Espérons qu’en appel, l’avocat saura faire admettre aux juges qu’il ne s’agit pas d’une quelconque discrimination raciale (la race des femmes voilées ?) mais d’un cas exemplaire du respect de la Laïcité républicaine.

Louis Peretz

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.