La racaille et la rhétorique de la minimisation (1re partie)

Publié le 29 avril 2013 - par - 3 193 vues
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Marquis de Sade (montage photo Kate O'Brian)Source :  http://elisandre-librairie-oeuvre-au-noir.blogspot.fr/2011/02/le-serpent-par-le-marquis-de-sade.html

Marquis de Sade (montage photo représentant un être mi-homme mi-femme)
Trouvé sur Google Images

On connaît maintenant assez bien l’identité de l’assassin d’innocents à Istres : un certain Karl Rose, prototype parfait du gangsterroriste, sniper à la kalach, mais pas du tout le look islamoracaille en revanche ; se réclamant plus ou moins d’Al Qaïda, mais pas issu de l’immigration arabo-musulmane ; déséquilibré, apparemment, mais rationnel, sans folie véritable, puisque apte à une assez belle planification de ses actes.

Pour le reste, je laisse entièrement de côté la question de savoir si ce type, comme on le dit de Mohamed Merah, ne serait pas une énième barbouze informelle fabriquée par les services secrets français ; ce serait la thèse des conspirationnistes, je ne peux ni l’affirmer, ni la réfuter. Tout ce que nous savons à Riposte Laïque, c’est que le seul laxisme institutionnel, la seule culture bisounours omniprésente, systémique, obligatoire, tend à fabriquer des types de ce genre, sans même qu’une administration, fût-elle secrète, n’ait à leur forcer (ou à leur armer) la main.

Bien entendu, lorsque des conspirationnistes nous objecteront que la France a pu fabriquer ce djihadiste étrange, blanc de peau, pas vraiment barbu, pour faire reculer notre phobie patriotique de l’immigration, du multiculturalisme et de l’islam (genre : « vous voyez bien que le djihad n’a rien à voir avec l’immigration, ni avec l’islam, puisque Karl Rose n’est pas un Arabe, ni un né-musulman ») ; bien entendu, nous écouterons les conspirationnistes avec une oreille attentive. Les conspirationnistes ont leurs défauts, mais ils ont aussi des idées intéressantes.

Karl Rose, l’assassin qui ne s’assume pas : une situation banale

Karl Rose (photo prise sur Internet)

Karl Rose (photo prise sur Internet)

Tueur solitaire ou tueur fabriqué, de toute manière peu importe. Il y a une étrange et inquiétante banalité, je dis bien : banalité, de la fusillade d’Istres, de l’affaire Karl Rose. Les premières informations généralistes sur la question nous ont parlé d’un tueur désorienté, affirmant qu’il ne savait pas trop ce qui lui était passé par la tête…

Comme le dit l’article d’Europe 1 en ligne :

« Il ne sait pas trop ce qui lui a pris ». Le tireur, né en 1993, était sous contrôle judiciaire pour une affaire de possession d’armes datant de mai 2012. Et à ce titre « bien connu du commissariat » d’Istres. Il a commencé à se livrer aux enquêteurs sans toutefois fournir « d’explications claires », selon le parquet.

http://www.europe1.fr/Faits-divers/Istres-le-tireur-a-commence-a-parler-1495885/

Et comme l’écrit La Croix en ligne :

Lors de son interpellation, le tireur a évoqué en terme très flou un groupe affilié à Al Qaïda, un groupe qui n’existe toutefois pas, selon des sources proches de l’enquête. « Peu après, il expliquait ne plus savoir ce qui s’était passé », a ajouté une de ces sources.

http://www.la-croix.com/Actualite/France/Fusillade-a-Istres-l-auteur-presume-arrete-un-homme-interpelle-a-Paris-2013-04-26-953194

En réalité, ce flou artistique n’est qu’une rhétorique de la minimisation, un rhétorique très banale de la racaille, en réalité sa seule rhétorique possible. Il est en définitive peu probable que Karl Rose soit un converti à l’islam, et qu’il s’agisse d’un converti, cette conversion ne changerait rien à l’affaire. La réalité est beaucoup plus simple, psychologique et non pas idéologique : Karl Rose, comme n’importe quel criminel ou délinquant pris la main dans le sac, se met, excusez la formule, à jouer au con. Qu’il s’agisse d’islamoracailles, de cas sociaux, de psychopathes, de gansterroristes, de tyrans domestiques massacrant femmes et enfants, de salauds made in France ou d’importation, tous, sans exception, disent la même chose : « C’est pas ma faute, M’sieur, c’est la faute à l’Autre ! » Et l’Autre, c’est un prétexte quelconque ; j’ai tué parce que l’Autre me manquait de respect, parce qu’il avait une sale gueule, parce qu’il avait regardé ma meuf, parce qu’il portait de trop belles moustaches, parce qu’il me refusait une cigarette, parce qu’il n’allait pas assez vite, parce qu’il allait trop vite, parce que la folie, parce que la mauvaise nourriture, parce que les micro-ondes, parce que le soleil tapait dur, parce que j’entends des voix, parce que ma grand-mère a mordu mon grand-père aux fesses… Il s’agit toujours d’imputer le crime à un facteur extérieur, une chose, une institution, un humain de chair et d’os, ou même une cause immatérielle (la folie, par exemple). C’est pas moi, M’sieur, j’t’e jure ! A la limite, Karl Rose pouvait bien déclarer qu’il avait tué parce que privé de bonbons quand il était petit ; c’était juste un créneau un peu démodé, moins porteur qu’Al Qaïda, très à la mode au contraire. Très habile, notre Karl Rose national a préféré le prétexte islamiste ; dans un pays très islamophile, la France, un tel prétexte lui vaudra, allez ! – six mois avec sursis ; j’exagère peut-être un peu, il est vrai.

La racaille : une caste de faux guerriers

La JUSTICE SELON TAUBIRA

La rhétorique de la minimisation caractérise tous les criminels du monde entier, et vraisemblablement de toutes les époques et de tous les systèmes. C’est la litote et l’euphémisme à l’usage des salopards. C’est là son effroyable trivialité. Karl Rose est lui-même extrêmement banal, ce qui ne le rend pas moins terrifiant. La rhétorique de la minimisation est un réflexe naturel de toute personne prise en faute, et nous l’avons nous-même pratiquée dans notre enfance, lorsque nous nous étions surpris le museau dans les biscuits ou la main dans la boîte à bonbons. La rhétorique de la minimisation prend bien évidemment des colorations diverses selon les cultures, les habitudes, les modes. Aujourd’hui se pratiquent beaucoup l’inversion accusatoire (les victimes sont coupables, les coupables sont victimes), le culte perverti du « respect » (terme devenu obscène désignant en réalité la terreur voyoucratique), ou encore la logique bisounours (les criminels sont souvent présentés, y compris par eux-mêmes, comme de grands enfants qui s’amusent, des « potaches » faisant des blagues, comme diraient ceux du SM).

Un spécificité caractérise toutefois notre époque, et, à mon sens, plus l’Europe que les États-Unis, nation restée malgré tout virile, et plus la France, pays de l’inversion des valeurs, que le reste de l’Europe. La spécificité est la suivante : la rhétorique de la minimisation, loin d’être rabrouée avec vigueur par les autorités publiques et leurs institutions, est au contraire encouragée, formatée et amplifiée par ces mêmes autorités. Nous vivons donc une époque où la rhétorique de la minimisation ne rencontre plus qu’elle-même, où le discours de l’excuse (autrefois simple réflexe de défense du pris en faute) se noie dans la culture de l’excuse comme pour en grossir les flots et les tumultes. Pour la première fois de l’Histoire, la racaille atteint son plus haut point de légalisme et de loyalisme.

Certes, il a toujours existé de navrantes complicités entre le crime et les pouvoirs établis, l’histoire des mafias italiennes pourraient le confirmer amplement. Nous savons par ailleurs, corrélativement, que lorsque les autorités publiques se mettent à lâcher leurs frères ennemis, à savoir les criminels, lesdits criminels n’en ont plus pour bien longtemps à proliférer. La collusion entre la loi et les hors-la-loi, entre malandrins et magistrats par exemple, ne date pas d’hier. Mais ce qu’il y a de nouveau aujourd’hui, c’est le caractère culturel et systémique, et pas seulement pragmatique, ou occasionnel, de ces alliances contre-nature.

racaille

Racaille contemplant une famille d’honnêtes gens en prison (dessin patriotique)

Tant que la collusion entre le régime et les gibiers de potence, voire les terroristes, reste implicite, un peu connue mais beaucoup dissimulée, honteuse en tous les cas, comme une sorte de maladie vénérienne du pouvoir, la société civile peut encore tenir debout, et l’État dispose encore de lui-même. La masse n’a pas encore intégré l’inversion des valeurs. Le peuple, qui n’est point la masse, reste vigilant. Aujourd’hui, la société civile, comme l’État libéral-libertaire issu de 1968, étale ses chancres en souriant. On vit dans l’exhibitionnisme. La criminolâtrie s’érige en valeur sûre, tant chez les potentats ou les oligarques que chez le plus obscur des péquins, le quidam le plus insignifiant ; le moindre ado boutonneux se prend de passion pour ces contre-modèles, imitant leur langage, puis leurs exactions ; les institutions, les corporations (on peut penser au Mur des Cons du SM) donnent raison aux ados boutonneux, et surtout à ceux qui les inspirent. Les « cons » ne sont plus les naïfs, les incultes ou les complaisants, ce sont les clairvoyants, les lucides, les patriotes.

(A suivre)

 

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Jacques Philarcheïn

 

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