La réflexion sur la théologie criminogène, même Alain Finkielkraut n’en veut pas

Publié le 9 octobre 2013 - par - 1 664 vues
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C’est le texte d’Elisseievna publié le 6 octobre dans Riposte Laïque n°323 qui m’amène à lui proposer, légèrement modifié, cet article que je m’apprêtais à proposer à un autre site.

Le texte d’Elisseievna était titré « Réponse à Finkielkraut : l’islamophobie se développe aussi à cause de revendications juives« . Je précise que j’ai cherché en vain à écouter l’émission de RCJ à laquelle Elisseievna fait référence, mais que ça n’a que peu d’importance car ma critique est plus générale que la sienne et sans rapport direct avec cette émission.

Depuis 25, 15 ou 13 siècles selon les cas les trois plus grands monothéismes enseignent que Dieu – auquel, nous disent-ils, il faut croire et dont il faut appliquer les commandements – a appelé très explicitement à commettre des maltraitances, des meurtres individuels et des massacres collectifs.

Depuis qu’elle s’est constituée de manière qu’elle présente elle-même comme définitive l’Eglise catholique a choisi de réaffirmer que l’Ancien Testament est l’authentique Parole de Dieu et, donc, que les appels à massacrer qui s’y trouvent sont bien des appels de Dieu et non pas, comme je le crois et comme je pense qu’il serait raisonnable de convenir enfin qu’ils le sont, des appels de chercheurs de Dieu.

Le cardinal Ratzinger, qui deviendra par la suite le pape Benoît XVI a réussi à faire inscrire explicitement dans le Nouveau catéchisme que c’est toujours ainsi qu’il faut comprendre la « Parole de Dieu » : les livres de l’Ancien Testament ont Dieu pour auteur et sont jugés par l’Eglise sacrés et canoniques, avec toutes leurs parties (passage 120), laquelle Eglise n’accueille pas seulement une parole humaine mais ce qui est réellement la Parole de Dieu (104), Dieu est l’Auteur de l’Ecriture Sainte en inspirant ses auteurs humains et il donne ainsi l’assurance que leurs écrits enseignent sans erreur la vérité salutaire (136), tout ce qui était conforme à son désir et cela seulement (106), l’assurance qu’ils enseignent fermement, fidèlement et sans erreur la vérité salutaire que Dieu a voulu voir consignée pour notre salut (107, c’est moi qui souligne).

Le Nouveau catéchisme dit que le Livre de Josué est aussi saint que tous les autres (102). Il dit donc très clairement que le très explicite appel au génocide des cananéens qu’il contient, avec insistance sur la nécessité de ne laisser aucun survivant, est bien un appel de Dieu.

Cette horreur est réaffirmée solennellement dans un livre que l’Eglise, son pape, son magistère et toute sa hiérarchie, présentent comme le livre redisant la juste croyance pour les hommes du XXIe siècle. Et ceci dans le contexte de criminalité effective réanimée un peu partout dans le monde par les islamistes violents !

Je ne suis pas compétent pour exprimer de quelle manière les institutions juives maintiennent les mêmes horreurs théologiques mais je veux rapporter une mésaventure qui, après cent autres, m’est arrivée récemment sur un site défendant – comme je le fais moi-même – les juifs et l’existence de l’Etat d’Israël.

Il s’agit du site JSSnews, que je trouve intelligent, tout à fait raisonnable et modéré. Je tentais, dans un commentaire, de faire réfléchir les lecteurs d’un article sur la nécessité, selon moi, de réviser la conception que l’on a du Livre de Josué, sur la nécessité de cesser d’attribuer à Dieu les appels au génocide qu’il contient. Un commentateur me fit la leçon, m’accusant de me prendre pour Dieu en osant émettre de tels propos. Il y eut deux ou trois échanges dans des commentaires puis le modérateur cessa de publier le mien. On en resta donc au commentaire publié par mon contradicteur, lequel disait très explicitement que, si Dieu avait voulu l’extermination des Cananéens c’est qu’il voulait indiquer que la terre qu’ils occupaient devait appartenir aux juifs. Je ne pus « techniquement » pas tenter de faire comprendre combien une telle affirmation était grave dans l’actuel contexte de résurgence de l’antisémitisme (de moins en moins masqué maintenant derrière un prétendu « anti-sionisme »).

Peu de temps auparavant c’était sur le site Dreuz.info qu’un prêtre « ami et défenseurs des juifs » me coupait l’accès aux commentaires pour la même raison. Encore avant, la même mésaventure m’était arrivée sur le site de la « Conférence catholique des baptisé-e-s francophones » qu’une militante catholique, n’hésitant pourtant pas à « mettre les pieds dans le bénitier » pour de bonnes causes, me faisait le même coup. Bien d’autres sites chrétiens et juifs, depuis 20 ans que je milite pour la désacralisation de la violence religieuse me l’avaient fait durant les années précédentes.

Depuis très longtemps, dans le judaïsme et le christianisme, la théologie criminogène ne justifie plus les prétendus appels de Dieu à massacrer que dans le très lointain passé où furent rédigés les livres de l’Ancien Testament. Mais ces deux religions ont transmis cette justification au prophète Mohamed, lequel l’a re-justifiée à son tour, et ré-interprétée de manière tragique pour l’humanité : la prétendue volonté de « bonne violence » de Dieu restait valable, selon lui, pour le présent de l’islam en formation, et elle le resterait jusqu’à la soumission totale de tous les peuples au « seul vrai Dieu Allah ». On voit encore aujourd’hui, peut-être plus gravement que jamais, les terribles résultats.

C’est cette épouvantable ré-animation, toujours pas rejetée par les musulmans pacifiques, qui me fait affirmer très clairement mon islamophobie (1). Mais il me paraît évident que, même si elle est désormais indirecte, la responsabilité du judaïsme et du christianisme reste grande dans la poursuite de la violence effectivement commise au nom de Dieu. Et c’est en trahissant le Jésus dont il se dit l’héritier spirituel, ainsi que son message contenu dans les Evangiles, que le christianisme, le catholicisme tout spécialement, maintient ce qu’il y a de  criminogène dans sa théologie.

Après des réflexions prometteuses de philosophes, de théologiens et d’historiens (Simone Weil, Jean Bottéro, Hans Jonas, Pierre-André Taguieff, Daniel Sibony, Michel Onfray…) les intellectuels semblent avoir voulu stopper leurs critiques sur ce point précis. Ceux qui les poursuivent courageusement, comme Jean-Marie Muller ou Jean Soler sont écartés des grands médias. Catherine Chalier avait très bien mis en lumière la nécessité, selon Jonas, de revoir Le Concept de Dieu après Auschwitz mais il semble qu’elle veuille en rester là. Après son éclairage de la « sortie de la religion » Marcel Gauchet reste bienveillant envers La religion dans la démocratie, et ne semble pas voir les effets désastreux du dogmatisme criminogène qu’elle continue d’y cultiver. Rémi Brague est carrément utilisé par ceux qui mettent Benoît XVI sur un piédestal…

Et même Alain Finkielkraut, dans sa précieuse émission du samedi matin sur France Culture, même Alain Finkielkraut évite soigneusement de faire analyser par ses invités la dramatique persistance de la théologie criminogène.

On ne peut soupçonner ces penseurs de se complaire dans la paresse intellectuelle, comme on peut le faire pour les journalistes des grands médias qui mentent délibérément sur la réalité de l’islamophobie. Mais il faut dire clairement que leur refus de mettre en accusation la théologie criminogène maintenue dans les trois grands monothéismes, contribue tout autant à en faire durer les terribles effets. (2 et 3)

Pierre Régnier

(1) http://ripostelaique.com/je-suis-islamophobe-mais-pas-musulmanophe.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+ripostelaique%2FznSM+(Riposte+Laique)

(2) http://centpapiers.com/benoit-xvi-premier-responsable-de-la-violence-religieuse-1/

le même texte est publié ici avec d’intéressants commentaires d’un croyant bahaï :

http://www.blog.sami-aldeeb.com/2011/09/18/benoit-xvi-premier-responsable-de-la-violence-religieuse/

(3)  http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-nouveau-pape-devra-supprimer-la-130677

 

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