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La repentance, c’est de pire en pire !


« Le temps ne fait rien à l’affaire / Quand on est con, on est con. » (Georges Brassens).
« Les cons, ça ose tout ; c’est même à ça qu’on les reconnaît » (Michel Audiard).

La repentance pleurnicharde ne suffit plus, le temps est venu, pour la France, de payer pour son histoire, son passé, ses conquêtes, son Empire, l’esclavage, ses guerres coloniales…etc…etc…
Voilà que l’Algérie, qui nous doit tout même son nom, nous réclame, elle aussi, des espèces sonnantes et trébuchantes. Un intellectuel algérien vivant en France, Seddik Larkeche, a écrit à Macron : «La France ne pourra pas échapper à son obligation de dédommager l’Algérie pour les crimes commis pendant la colonisation… ». Ce « dédommagement » – excusez du peu ! – il l’évalue à 100 milliards d’euros. Et rien ne dit que la France ne finira pas par céder à cet oukase.

On ne peut pas reprocher à nos anciens colonisés de (tenter de) tirer profit de la faiblesse, de la culpabilité imbécile, de la lâcheté, de la veulerie, de nos dirigeants. Nous avons vu, dans nos rues, des défilés de Musulmans qui insultaient la France et nous traitaient d’islamophobes ; nous avons accepté que des hordes noires saccagent ou déboulonnent les statues de nos grands hommes ; nous avons toléré qu’un ministre de l’intérieur mette – moralement – un genou à terre devant des pillards et des vandales allogènes. En conséquence, nous récoltons… ce que nous avons semé !
La repentance – ce mal ô combien mortifère ! – s’est abattue sur le pays comme la vérole sur le bas clergé(1) et elle a contaminé presque toutes les couches de la société. Les moins touchées étant la classe ouvrière, parce qu’elle a encore du bon sens, qu’elle se paupérise et en a assez de trimer pour faire vivre des allocataires d’aides sociales qui nous arrivent massivement d’Afrique ou d’autres pays où l’on crève de faim (surtout depuis qu’ils sont indépendants).

Elle n’affecte pas trop la paysannerie, la France des campagnes, qui travaille dur et qui gagne souvent moins que les nouveaux arrivants noirs ou maghrébins. Cette France ouvrière et paysanne – le « prolo » et le « cul-terreux » méprisés par les bobos – n’a pas honte d’être blanche et ne se sent aucun devoir vis-à-vis de gens qui ne voulaient plus de nous mais qui veulent bien de notre argent.
Elle ne pollue pas non plus la petite aristocratie, « fin de race » et catholique traditionaliste.
C’est un milieu qui, des croisades à Diên-Biên-Phu, en passant par les guerres de Vendée, se bat pour un idéal, avec une certaine prédilection pour les causes perdues. Son dernier baroud d’honneur aura été l’Algérie française : une guerre gagnée militairement mais perdue politiquement.

La repentance, contrairement à ce que l’on croit, n’est pas un comportement de gauche ; les islamo-gauchistes se foutent éperdument du passé colonial de la France. Les plus cultivés savent que les beaux esprits « issus des Lumières » étaient tous esclavagistes et que, sous la III° République, la droite, humiliée par la défaite de 1870, rêvait d’une revanche sur les Prussiens. Après Sedan, elle pensait déjà à la reconquête de l’Alsace-Lorraine. Tandis que la gauche maçonnique voulait importer l’esprit des Lumières et civiliser les peuplades africaines sous-développées : les propos de Jules Ferry ou d’Emile Combes à ce sujet sont sans ambiguïté. La gauche a perdu la classe ouvrière, donc elle racole des voix auprès des enfants du Jus Solis (droit du sol). Et elle se dit que la pagaille, les manifestations, la lutte anti-flics, peuvent devenir, à terme, un moyen de prendre pouvoir.

La repentance, c’est au sein de la bourgeoisie – grande ou petite – qu’elle fait son lit. Eric Zemmour appelle l’électorat de Macron « les partis bourgeois ». Pour ma part, je désigne ce ventre mou, ce magma tiédasse, par « l’Extrême-centre » : c’est le vieux rêve brisé de Giscard, que Macron est en train de réaliser. L’alliance de la « gauche-caviar » et de la « droite-cachemire », cette dernière courant après les avancées « sociétales » de l’autre. Les différences entre les deux sont infimes. Sans sombrer dans le cliché, disons que la « droite-cachemire » est souvent plus ancienne que la « gauche-caviar », ramassis de parvenus, de nouveaux riches engraissés au fric (mal) gagné dans des métiers dans lesquels on ne transpire pas trop : le show-biz, le cinéma, la pub, la communication et, bien sûr, les médias. Mais, aussi vrai que la droite d’antan était l’alliance du sabre et du goupillon, « l’Extrême-centre » bourgeois, très majoritairement urbain, est celle du libéralisme (débridé) et du pognon.

La repentance, c’est, pour le pouvoir, un moyen de fragmenter l’opinion et de faire des minorités – sexuelles, religieuses ou raciales – d’éternels opprimés. Pour « l’Extrême-centre » c’est LE moyen de se donner bonne conscience à bon compte. La bourgeoisie, depuis la nuit des temps, a été pétocharde et « manchiste » : il lui faut être « tendance », « in », près du pouvoir. Elle sait, au besoin, se faire servile et flagorneuse pour préserver ses intérêts. Elle a été esclavagiste quand il fallait l’être, contre le Trône et l’Autel quand on pouvait racheter les biens du clergé et des émigrés, bonapartiste sous Bonaparte, pétainiste sous Vichy, gaulliste sous De Gaulle…etc…Elle a toujours su retourner sa veste (ou baisser son pantalon) quand il le fallait. La repentance lui convient parfaitement : elle n’engage à rien, ne coûte rien et alimente les conversations de salon.

« Chez ces gens-là », comme chantait Brel, on est pour le migrant, pour le Noir vociférant qui a, parait-il, « une revanche à prendre », pour l’inverti qui « assume sa différence », pour l’égalité homme-femme (pardon : femme-homme), pour le Niquab dans l’espace public puisqu’il s’agit d’une coutume. Et, comme on a des convictions, on n’hésite pas à employer une femme de ménage arabe, « à condition qu’elle ne soit pas voleuse » ou un jardinier noir « à condition qu’il soit propre ». On se vante d’avoir des amis « gays » car ils sont souvent « plus cultivés et plus raffinés que les hétéros ».

Bon, on n’habite pas dans les banlieues, pas même dans les quartiers populaires. On aime les pauvres, mais pas au point de vivre comme eux ! Mais on applaudit quand Yannick Noah, Omar Sy ou Lilian Thuram – trois multimillionnaires noirs(2) – se plaignent du racisme des Français de souche.

Ce goût du bourgeois pour la repentance me rappelle une anecdote racontée dans un de mes livres (3). L’histoire se passe lors d’un dîner mondain. Un de ces dîners où je m’ennuie comme un rat mort car le bavard impénitent que je suis n’a absolument RIEN à dire : on m’a appris, jadis, qu’en société, il ne faut parler, ni de politique, ni de religion, ni de son travail. L’humour gaulois est également mal venu et le rire, carrément déplacé. Que reste-t-il alors ? Rien, nada, que dalle !
Des généralités sur le temps qu’il fait, des platitudes, des fadaises, des lieux communs, bien polis et bien consensuels. On y caquette allègrement, comme dans une volière, et on n’est même pas assuré que la chair y soit de qualité et le vin gouleyant.

Mais heureusement, dans ces dîners d’un ennui mortel, il y a souvent le con de service : il parle fort, avec assurance et emphase. Il est pontifiant, sentencieux et moralisateur. On sent celui qui sait tout et qui a vécu. Les autres convives l’écoutent avec respect et un brin d’admiration car il est officier supérieur ou haut fonctionnaire. Habitué à commander, il n’aime pas être contredit.
Il est donc de bon ton de l’écouter religieusement, sans jamais l’interrompre.
Ce soir là, c’est un « général-quart-de-place » issu du Service du Matériel(4). Je le connais de réputation : il considère les paras comme des têtes brûlées et la Légion comme un repaire de brutes apatrides. En 35 années de carrière d’embusqué, il n’a jamais risqué sa précieuse peau dans une « Opex »(5) mais il arbore fièrement deux rosettes qu’il doit sans doute à la souplesse de son échine: « la Rouge » et « la Bleue »(6), glanées dans les bureaux, sans avoir un coup de feu à se reprocher sinon à l’exercice (ou sur des perdreaux s’il est chasseur). Il ressemble aux bidets Jacob Delafon : un robinet bleu pour l’eau froide et un rouge pour l’eau chaude.

Je l’écoute sans piper mot, mais je réagis quand il déclare, péremptoire : « Reconnaissons que notre colonialisme n’a servi à rien sinon à retarder l’évolution de nos colonisés ». J’avance alors timidement : « L’état actuel de l’Afrique, après plus d’un demi-siècle d’indépendance, ne me pousse pas à la culpabilisation et à la repentance… »
« Pour les Nègres et les Bicots (7), je vous l’accorde, me rétorque-t-il, mais vous ne connaissez pas le Vietnam. Les Vietnamiens sont créatifs avec rien: regardez le Cyclo-pousse. »
Je note que, pour lui, les Vietnamiens ne sont pas des « Faces de citron », c’est bon signe, alors je lui demande naïvement : « Vous avez vécu là-bas mon général ? ». Et il me répond :
« Non mais j’y suis allé, en voyage organisé, avec ma femme, il y a 5 ou 6 ans. Ces jaunes sont des bosseurs. D’ailleurs, on le voit bien, chez nous, dans les restaurants asiatiques… ».
Diantre, j’ai affaire à un ancien d’Indo : respect ! Je n’ai plus qu’à la fermer. Et pourtant…
J’aurais pu dire à ce con prétentieux que je connais, mieux que lui sans doute, la belle histoire de « notre » Indochine française.

Et qu’en 2009, avant d’écrire mon premier livre(8), j’ai fait un long voyage en Indochine (je me refuse à dire Vietnam) : du delta du Mékong au Tonkin, de Saïgon (que je me refuse à appeler Hô-Chi-Minh-ville) à Hanoï, via Hué et Haïphong. J’ai terminé mon périple dans la magnifique Baie d’Along. Je suis tombé sous le charme de ce pays et de ses habitants.
J’aurai pu dire aussi à ce con glorieux qu’en 2010 – l’année de ma retraite – j’ai fait 750 kms à pied, jusqu’à Compostelle, par le « Camino Francès »(9). Un long périple, en hommage à « ceux de Diên-Biên-Phu » (dont mon père) : 750 kms, sac sur le dos, en plein cagnard, par simple « devoir de mémoire » envers nos combattants d’Indochine, pour qu’on n’oublie pas leur sacrifice.

J’aurai pu expliquer à ce con pontifiant que je n’ai rien contre les bureaucrates, les gratte-papiers, les fourriers et autres compteurs de chaussettes – il en faut – mais je leur demande simplement de ne pas cracher sur le pays qui les paie (avec NOS impôts !).
J’aurai, enfin, pu dire à ce con ramenard et inculte qu’en l’écoutant j’ai pensé au vieux slogan soixante-huitard : « La culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale. » car le Cyclo-pousse qu’il a cité en exemple est, précisément, un… bienfait du colonialisme.

Il est arrivé en Indochine juste avant la seconde guerre mondiale, et il est l’œuvre d’un génial inventeur…charentais, Maurice Coupeaud, une « Face de craie », un « Souchien ».
Coupeaud n’a pu exporter son Cyclo-pousse, avec l’agrément de Georges Mendel, le ministre des colonies, qu’après l’avoir fait tester dans les allées du Bois-de-Boulogne par deux champions cyclistes, vedettes du Tour de France de 1937, Georges Speicher et Maurice Le Grévès.
Une expérimentation a ensuite été tentée, à l’automne 1938, à Phnom Penh où la circulation automobile était plus fluide qu’à Saïgon. Coupeaud a ensuite obtenu l’autorisation de s’implanter en Cochinchine. Quelques semaines plus tard, Maurice Coupeaud faisait fièrement son entrée dans Saïgon, à l’issue d’une course-marathon mémorable de 27 heures.
Comme toutes les bonnes inventions, elle était simple : elle s’inspirait du triporteur.

Dans l’esprit de son inventeur, comme dans celui du ministre Georges Mendel, le Cyclo-pousse constituait « un progrès dans le respect de la dignité de l’homme » qui n’était plus, tel l’antique coolie, « attelé comme une bête de somme à ses brancards », mais assis, trônant à l’arrière de l’engin. Voilà la véritable histoire du Cyclo-pousse, inventé en métropole, par un Français !
J’aurai pu raconter ça, mais… je n’ai rien dit. Oh, pas par courtoisie vis-à-vis de nos hôtes ! Pas par lâcheté non, plus ! Disons, par lassitude, car j’en ai ma claque de tous ces « idiots utiles », ces collabos même pas honteux, qui contribuent, par veulerie compassionnelle, à la dégénérescence de leur patrie ; patrie qui est aussi la mienne, hélas ! Alors, je m’inspire souvent de Michel Audiard qui disait, avec son pessimisme gouailleur : « J’parle pas aux cons, ça les instruit ! »

Eric de Verdelhan

1)- Pour être honnête, le haut clergé actuel ne vaut guère mieux !
2)- Dont deux, sauf erreur, sont des exilés fiscaux.
3)- « Devoir de colère » ; Editions Dualpha ; 2020.
4)- Ce Service est indispensable au fonctionnement de notre armée mais ce n’est pas une pépinière de futurs grands guerriers et les héros y sont relativement rares.
5)- « Opex » : Opération Extérieure. Nous sommes présents sur cinq théâtres d’opérations extérieures (et nos « partenaires européens » nous regardent faire…)
6)- « la Rouge » est la Légion d’Honneur et « la Bleue », l’Ordre National du Mérite.
7)- Je ne fais que transcrire ses propos car chez ces gens-là, on n’est « pas raciste mais… »
8)- « Au capitaine de Diên-Biên-Phu » ; SRE-éditions ; 2011.
9)- La voie la plus fréquentée, en Espagne, vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
10)- Sans doute parce que je ne serais pas capable d’en faire autant ?