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La restauration sacrifiée

A man holds a sign that reads, ‘Save the bars and restaurants’ during a demonstration by bar and restaurant owners, as France reported a new record for daily coronavirus infections, in the southern French port city of Marseille on September 25, 2020. – Hundreds of restaurant and bar owners protested in the southern French city of Marseille against new shutdown orders to curb a surge in Covid-19 cases, warning the move could force them to close permanently. Health Minister Olivier Veran announced the closures for Marseille and the surrounding region this week after contagion rates jumped, while bars in Paris and 10 other cities will have to shut by 10:00 pm starting Monday, September 28 . (Photo by NICOLAS TUCAT / AFP)

En principe, quand on cuisine, on est souvent amené à peser, à mesurer les condiments nécessaires à la réalisation d’un plat. Mais, on le sait, tout principe a ses exceptions. C’est ainsi que, dans certaines cuisines de l’exécutif, le deux poids, deux mesures semble désormais de rigueur : restaurants ouverts dans la clandestinité pour notables « affamés », buvette de l’Assemblée nationale toujours accessible ou encore pots de départ bien arrosés, dans une préfecture, voire un commissariat…

Jusqu’à présent nous tenions la bonne bouffe pour une de nos caractéristiques nationales. Aujourd’hui, nous savons que cette « évidence » ne s’est pas imposée à tous et, en particulier, à nos dirigeants politiques, médiatiques, scientifiques hors-sol qui se veulent les ministres du Bien mais ne sont que ceux du Mensonge. Si leur objectif était de briser les liens sociaux au profit de la loi égotique de l’individu tyran, ils ne s’y prendraient pas autrement. En fait, nous subissons d’ores et déjà une tyrannie irrationnelle, structurée autour de la peur et surtout de l’absence physique d’un tyran. Nous errons depuis plusieurs mois dans un excès de précautions dites sanitaires, véritables moteurs d’une dictature erratique.

Monsieur le Président, ne vous en déplaise, depuis bientôt un an, votre politique du chien crevé au fil de l’eau a engendré, non pas « 66 millions de procureurs », mais 66 millions de paumés déboussolés, privés à la fois d’une partie de leurs libertés et de perspectives claires auxquelles se raccrocher. La France est devenue une grande nursery (en attendant de devenir un grand asile) et une partie de ses habitants semblent avoir pris goût à la servitude. À force de voir les lieux de convivialité, bars, restaurants ou discothèques (sans parler des cinémas ou encore des théâtres) maintenus fermés, nous nous retrouverons, bientôt, tous positifs au test d’agueusie, privés du goût pour la vie et ses plaisirs : plus contagieux que la Covid-19, le repli sur soi, le désespoir, la dépression, pour un grand nombre de jeunes, sacrifiés, et de vieux, claquemurés !

Quel bel avenir « en marche » ! Selon l’Union des métiers de l’hôtellerie, le secteur de la restauration connaît 30 % de faillites. Or ces défaillances affectent tous les corps de métiers qui gravitent autour des restaurateurs : fleuristes, brasseurs, viticulteurs… Aussi risque-t-il d’y avoir, à terme, plus de victimes dues aux dépôts de bilan qu’au Sars-CoV-2… Un comble !

Pour ce qui est du couvre-feu de 18 heures, ce sont les commerçants qui règlent la note. Tous ceux qui faisaient vivre nos villes, nos quartiers, nos villages sont aujourd’hui sous perfusion, à coup de subsides avancés par l’exécutif. On interdit à ces professions de vivre de leur travail. C’est une véritable mort au pluriel qu’on leur impose : économique, sociale, morale, psychologique. N’oublions pas que les artisans vivent d’un petit salaire pour une moyenne de 60 à 70 heures de labeur chaque semaine…

Désormais, ce n’est plus le Politique qui décide et impulse, ce sont les membres du Conseil scientifique et leurs porte-voix médiatiques. Par une gestion psychotique, catastrophique, ils ont fragilisé le substrat économique et la jeunesse de notre pays. Quant aux élus, ils sont et demeurent prisonniers dans un monde virtuel, irréel, souvent plus soucieux de protéger leur caste que de défendre leurs concitoyens.

Aujourd’hui, en attendant la sortie de la crise, pour précipiter celle-ci et la préparer au mieux, nous avons besoin de courage et d’audace. Or, pour l’heure, force est de constater que ces deux qualités ne sont pas les mieux partagées au sein de notre classe politique !

Hugues Bouchu

Paru dans le n°56 (hiver 2020 2021) de la revue Synthèse nationale.
www.synthese-editions.com