La réussite des pays scandinaves, un mythe ? Libéralisme (2)

Les hommes politiques de droite comme de gauche ne cessent de nous donner en exemple le modèle social des pays scandinaves (Suède, Danemark et Norvège ), il paraît donc intéressant d’y aller voir de plus près ; en effet, s’il existait, quelque part, un modèle et donc des solutions pour résister à la destruction de l’Etat providence, sous les attaques conjointes du libéralisme, de l’Union Européenne, des multinationales et des institutions qui les défendent : Banque Mondiale, FME, OCDE ! ce serait une bonne nouvelle ! D’abord, le « Welfare State » (Etat providence) scandinave a une histoire que l’on doit prendre en compte si l’on veut examiner les possibilités de l’exporter : né à la fin de la deuxième guerre mondiale, il est le résultat de luttes sociales intenses et l’aboutissement du rapport de forces entre travail et capital. La peur du communisme était telle, alors, que celui-ci a préféré lâcher du lest, en échange de l’abandon du socialisme par celui-là . Ce qui en fait l’intérêt et la spécificité, c’est, bien plus que le budget, les lois ou la protection du salarié, le fait que nationalisations et services publics ont confisqué une partie importante du marché, soumis au bon vouloir du politique. Celui-ci a donc privilégié, dans ses décisions et sa gestion, la protection sociale, l’élévation du niveau de vie et le partage des richesses. Or, il semble bien, hélas, que ce fameux modèle scandinave ne puisse pas s’exporter en France. D’abord, si l’on prend l’exemple de la Suède, sa réussite tient à des particularités : son actionnariat est très stable, essentiellement familial, il ne recherche donc pas la valorisation instantanée ; d’autre part, les banque suédoises n’ont pas transféré une partie de leurs prêts vers des banques d’investissement, pas de « titrisation » permettant de revendre des créances douteuses, elles maîtrisent donc les flux financiers et sont à l’abri d’un crise, comme celle des sub-primes ou des évaporations de milliards comme à la Société générale ; enfin, la Suède ne fait pas partie de la zone euro ( refusé par referendum en 2003), ce qui lui permet de mener sa politique monétaire comme elle l’entend (idem pour la Norvège et le Danemark qui bénéficie même d’une clause d’exemption). Ainsi ce pays donné comme modèle a-t-il échappé à la libre circulation des capitaux, à la spéculation débridée et à la plombeuse d’économie, la B.C.E.! avec le succès que l’on sait ! Si l’on devait donc la prendre pour modèle c’est, d’abord, pour ces trois qualités, ce qui imposerait de rompre avec la zone euro et avec la libre circulation des capitaux! Quant à la Norvège, c’est un des pays les plus riches du monde, grâce à ses champs de pétrole qui lui donnent les moyens de sa politique sociale. Ensuite, la flexisécurité ne peut « marcher » que dans un contexte particulier, fait de plusieurs traditions scandinaves : un fort taux de syndication (de l’ordre de 80%), l’idéal d’égalité (et non de compétition), le refus de hiérarchies trop marquées, la capacité des différents partenaires sociaux à dialoguer (en Norvège, la réforme des retraites a été précédée de 15 ans de débats avant d’aboutir à une réduction de 40% du montant des retraites), ajouté à cela un sens du bien commun et de la solidarité particulièrement développés. Enfin, on ajoutera que la taille des pays scandinaves joue, sans nul doute, un rôle de cohésion sociale et facilite le dialogue comme la prise de décision : 9 millions d’habitants en Suède, 4,5 en Norvège, 5,5 au Danemark. Néanmoins, tout n’est pas rose chez nos voisins du nord, et les laudateurs du système ne nous disent pas, que, depuis les années 70, comme en France avec la fin des 30 glorieuses, on assiste, peu à peu, à une remise en question du modèle social. Celui-ci plie sous les attaques du néo-libéralisme (libéralisme admettant une certaine dose d’interventions de l’Etat) : remise en cause de la protection sociale, du droit du travail, attaques sur les salaires, coupes drastiques dans les budgets publics, redistribution des richesses du public au privé, gestion du public par des entreprises privées, accroissement des inégalités! A tel point qu’en Norvège une campagne en faveur de l’Etat providence a pu rassembler des organisations rassemblant un million de participants (pour un pays de 4,5 millions et demi d’habitants) et que le populisme y a le vent en poupe. Comme en France, les offensives du libéralisme n’ont pas rencontré beaucoup d’opposition, les syndicats, qui avaient une culture du pacte social, ont perdu la capacité d’être une force d’opposition, aussi les atteintes aux conditions de travail n’ont-elles pas rencontré beaucoup d’obstacles, le discours « la globalisation est inéluctable et durable » étant accepté d’emblée, ce qui les a menés à accepter les mesures propres à renforcer la compétitivité de leurs entreprises, seul moyen de conserver les emplois, avec un prix à payer, la flexibilité, qui, même habillée de flexisécurité, signifie dégradation des conditions de travail et du droit du travail. Dégradation d’ailleurs acceptée quand elle est accompagnée de clauses sociales. Or, le dialogue social a pris du plomb dans l’aile, les négociations n’ayant plus comme objectif de combattre la libéralisation mais les effets négatifs de celle-ci sur les salariés ! Ainsi ce modèle scandinave qu’on voudrait nous imposer est-il constitué des remèdes traditionnels du libéralisme, propres à accroître les inégalités, avec un zeste de social (pas très différent au fond de ce que l’on pratique déjà en France) mais sa réussite tient à bien d’autres facteurs, non exportables, plus un avantage ENORME, celui de ne pas faire partie de la zone euro et donc d’échapper aux contraintes de la B.C.E ! Mais quel syndicat, quel pays, quelle région, quel département, quelle commune, peut, actuellement s’opposer à l’institutionnalisation du libéralisme au niveau international ? De plus en plus, les multinationales, les organisations non élues, non représentatives (Union Européenne, FMI, OMC !) imposent leur loi, celle du profit et des inégalités à l’ensemble de la planète. Sans aucun contrôle démocratique, et la ratification probable du Traité de Lisbonne va entériner la disparition de la souveraineté populaire et de la démocratie. Alors au lieu de chercher un modèle en voie de déshérence ne faudrait-il pas mieux travailler à construire une force de résistance internationale ? D’abord pour faire échouer la ratification du traité de Lisbonne en aidant les Irlandais à voir clair et à le rejeter, puisque ce sont les seuls, à priori, qui auront droit au référendum ; ensuite, forts de ce succès, il ne paraîtrait pas absurde de construire des ramifications, au moins européennes, de mouvements de contestation du libéralisme qui aboutiraient à sa remise en cause et proposeraient des alternatives ou des solutions…
Christine Tasin
http://christinetasin.over-blog.fr

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