La révolte des Confins de Paul-Henri Jaulin : une allégorie de notre époque

Bonjour, Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de RL : racines, formation, parcours personnel, admirations intellectuelles, métier ?

Je suis breton, du Pays Nantais, et je vis au nord-est de la Loire Atlantique. Je suis enseignant et ai suivi un parcours à peu près classique d’étudiant en lettres : hypokhâgne-khâgne, licence de philosophe et de littérature, puis master de recherche en lettres modernes et concours de l’éducation nationale.

Ce roman constitue ma cinquième production littéraire et si je devais évoquer une appétence intellectuelle particulière, je dirais que je nourris tout de même une prédilection pour la matière de Bretagne, en littérature médiévale, qui fut l’objet d’étude de mes deux mémoires universitaires. Mais je fais à peu près feu de tout bois.

Que dire de plus ? J’ai vingt-neuf ans. Je suis marié. J’ai deux enfants…

Si vous deviez présenter l’intérêt de votre livre dans le débat national actuel, comment définiriez-vous sont apport à la collectivité ? Pourquoi avoir choisi l’outil de la fiction ?

Le cadre de ce roman entretient un lien de filiation direct avec notre époque et notre société. Son récit se structure dans un contexte de décadence et de déracinement, de désagrégation sociale et administrative d’un pays oublieux de son passé et en proie à l’anarchie comme aux errances de peuples divers sur son territoire. Le roman pousse simplement plus loin les conflits en germe dans la réalité et explore une résolution possible, heureuse ou malheureuse selon les opinions, des tensions qui traversent une civilisation au bord de l’implosion. Il élabore la projection d’un avenir possible auquel seule la fiction peut donner forme, puisqu’elle seule permet de reconfigurer le monde à l’envie pour mieux l’interroger. Mais la fiction, par essence en décalage avec notre univers de référence, offre également la possibilité de replacer le récit dans le cycle atemporel des décadences et des renaissances, permettant ainsi au lecteur de repenser son époque à l’aune d’un motif littéraire et historique universel.

Avez-vous souhaité participer au débat d’idées de la campagne présidentielle de 2022 au travers de ce livre ? Comment vous situez-vous par rapport aux diverses idéologies en présence ? Comment percevez-vous les paradigmes incompatibles du logos et du narratif de ces 2 clans ?

La concomitance entre la parution du livre et la campagne présidentielle relève de la pure conjoncture, ce qui ne l’empêche pas de faire sens. Au risque de n’être pas très original, je suis d’accord pour dire que l’adversité politique s’articulera sur une dichotomie assumée entre deux idéologies antagonistes.

La première ignore volontairement le caractère particulier des peuples et ne voit en eux qu’une collection d’individus interchangeables, sans histoire ni racines et départis de culture, dont la seule valeur est de composer les rouages de la machine économique mondiale. Il suffit alors d’habiller cette négation du monde des mots de « progrès », d’« ouverture » et d’« universalité » et de revêtir toute pensée dissidente de vocables infamants pour usurper le bon rôle et prétendre au titre d’« Empire du Bien », pour reprendre la périphrase de Muray. Sous une logorrhée pudibonde, c’est une véritable hybris qui roule ses mécaniques et balaie toutes les frontières anthropologiques pour redéfinir l’Homme. Il va sans dire que ce discours aux accents moralisateurs ne fait que justifier l’ascendant social de la caste dominante. C’est les conséquences d’une victoire de cette caste qui, dans le roman, engendre l’anarchie.

La deuxième objecte que lorsqu’on est, on est forcément de quelque part et que ce quelque part n’est rendu habitable qu’en vertu d’une histoire, de mœurs et de représentations propres à une culture, propres à un peuple. Il est bon de noter en passant que ladite « société fermée » garantit bien davantage la pluralité des cultures, chacune protégée de ses frontières, que la prétendue « société ouverte » qui les nie et les noie dans le magma de la grande consommation planétaire. Cette idéologie ne repose cependant que sur une force diffuse, en mal d’incarnation dans un univers politique acquis à des mentalités qui lui sont ostensiblement hostiles. Cette question de l’incarnation constitue l’un des enjeux du roman.

Quels sont vos projets ultérieurs en matière de littérature ? Etes-vous tenté par d’autres domaines d’actions comme la politique, l’associatif, une activité internet, une reconversion professionnelle ?

J’ai toujours plusieurs projets d’écriture sur le feu dont aucun n’est encore très abouti. Je souhaiterais cependant composer un récit sur la Guerre des Gaules, qui constitue sans doute la plus grande bascule civilisationnelle de notre histoire, placée sous le signe de la défaite et d’un renversement culturel ; un épisode qui pourrait parler à nos contemporains. La politique professionnelle ne m’intéresse pas. Pour ce qui est de l’associatif, je préside une jeune association (Bevan Breizh) qui travaille à la restauration d’un pardon breton à La Chapelle-Basse-Mer. Je tiens la préservation de la culture et de la spiritualité locales comme un puissant levier de résistance à l’uniformisation du monde. Pour le reste, je demeure ouvert à toute proposition de contribution intellectuelle ou culturelle porteuse de sens.

Entrevue de Paul-Henri Jaulin par Claude Lefranc

 

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La Révolte des Confins – Libre 2 Lire

Paul-Henri Jaulin met sa plume imprégnée de toute la beauté de la langue française, au service d’un récit entre dystopie et culture celte, où les valeurs humaines pourraient changer le Monde…

« Gildas Mabonagrain consumait jusqu’alors sa jeunesse dans le désenchantement d’une société post-moderne à bout de souffle. Une société qui soudainement touche à son déclin, alors que la crise économique frappe la république de Galatie et que les déchirures du tissu social ne peuvent plus être occultées. Pour le jeune fonctionnaire, ce basculement du monde devient l’enjeu d’un ressaut vital : engagé comme sentinelle aux confins maritimes de sa province, Gildas devient le spectateur, voire malgré lui l’acteur, d’une restauration communautaire dans l’arrière-pays de marais et de tourbières où il se trouve affecté, tandis que le monde extérieur peu à peu s’érode et s’éboule. Son désir de repli dans le confort des songeries se trouve alors sans cesse piétiné par la marche forcée de l’Histoire.
Entre ruralité et métropole, ordre et anarchie, politique et poésie, temps et durée, l’univers du jeune homme est soudainement traversé par des forces en tension. Son destin lui échappe et se trouve inexorablement confondu avec celui d’un peuple entier, le plongeant au cœur du théâtre politicien. Un nœud inextricable se noue, qui menace de n’avoir d’autre voie pour purger les maux du moment, que celle du sang ».

Extrait

https://libre2lire.fr/wp-content/uploads/2021/11/Extrait-Larevoltedesconfins-PHJaulin-Ed-Libre2Lire.pdf

https://libre2lire.fr/wp-content/uploads/2021/11/DP-Larevoltedesconfins-PHJaulin-Ed-Libre2Lire.pdf

L’association citée :

Pour ce qui est de l’associatif, je préside une jeune association (Bevan Breizh) qui travaille à la restauration d’un pardon breton à La Chapelle-Basse-Mer.

https://pardonvn.com/

Bevan Breizh !

Le pardon est un événement culturel et religieux ayant cours en Bretagne depuis le XVème siècle. Une cérémonie et une procession reliant une chapelle à un calvaire ou autre espace sacré, se déroulent sous le patronage d’un saint vénéré localement. L’événement spirituel s’accompagne d’une fête populaire où la musique, les jeux traditionnels, sans oublier la danse, égaillent les pardonneurs.

La fin du XVIIIème siècle a vu, comme en bien d’autres endroits en Bretagne et dans toute la France, la population locale se révolter contre le jacobinisme triomphant à Paris. Les nombreux martyrs du Vignoble Nantais ont perdu leur vie pour s’être dressés contre les persécutions religieuses et pour défendre les privilèges abolis de la Province de Bretagne. Cette double raison de leur révolte justifie pleinement l’événement religieux et culturel breton qu’est le pardon. La Chapelle-Saint-Pierre-ès-liens a vu périr par le feu quatre-vingts de ces martyrs, principalement des femmes et des enfants. Les restaurateurs de l’association Mémoire du Futur, en relevant admirablement l’édifice abandonné, entretiennent le souvenir de leur sacrifice, que relaiera ce pardon du 5 septembre.

L’association Bevan Breizh entreprend la restauration des pardons qui cristallisaient autrefois la Foi populaire autour de cette chapelle, ancienne église paroissiale de La Chapelle-Basse-Mer, au sud de la Bretagne historique. Le Pardon des Martyrs du Vignoble Nantais s’inscrit pleinement dans cette tradition locale. Messe traditionnelle, procession derrière les reliques du Voile de la Vierge et de la Vraie Croix, jeux celtiques, ateliers des vieux métiers, vente de produits locaux, repas et fest noz : tous les éléments seront réunis pour assurer la réussite d’une journée religieuse, festive et conviviale.

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14 Commentaires

  1. déjà tout faux puisque le pays nantais n’est plus en bretagne !!!
    du passé il faut détruire les calvaires, un vrai calvaire pour les nouveaux arrivants etc.

    • Tout dépend de la culture historique que l’on a…
      Effectivement, si on considère que le passé n’existe pas, la Loire-Atlantique n’est pas en Bretagne et les calvaires sont inutiles. Mais bon, il n’est pas donné à tout le monde de penser au delà des dernières années. Par contre, je pense que l’auteur, contrairement à vous le fait, excusez-le pour sa culture, cela est vrai que c’est indécent

      Ah, et il est vrai que nos ancêtres n’avaient pas pensé au nouveaux venus parisiens et autres, excusez-les aussi! Venez, venez et détruisez ce qu’ils ont mis des siècles à construire!

  2. La Bretagne a voter massivement pour macron pour les presidentielles. La Bretagne est la région la plus vaccinées de France. La Bretagne est région gauchiste de collabo.

    • Sans même parler de ses indépendantistes…

      Région des confins ou région de fin cons ?

      • Si ce n’est que les Bretons ont le plus haut QI de l’hexagone : 106 comme les Japonais. Ce ne doit pas être votre cas.

    • Que voilà une remarque intelligente. Surtout quand on sait que Pierre Cassen vit en Bretagne.

      Signé : un Breton.

    • Malheureusement nous ne pouvons que constater ce fait absolument déplorable! La Bretagne était une région de « gaulois » assez durs mais au fil des années le voilà tout ramolli et « gôcho », préférant la paix que l’honneur… Il faut dire que l’Eglise qui prêche sans cesse la « charité » envers l’étranger (alors que nous avons nos pauvres tout près de nous) fait beaucoup de mal à ceux qui voudraient retrouver les sources, les valeurs et le respect des traditions ancestrales…

  3. Merci pour cet écrit. Un grand Homme cet Monsieur, qui a compris le sens de la vie et partage avec simplicité et fierté sa grande culture.

  4. beaucoup de personnes parlent mal de BRO NAONED et de ses habitants car ils ne connaissent pas son Histoire, son passé et ses souffrances.la 3éme république a mis en place des instituteurs très laÏques et déplacés des populations vers ce pays et cela continue NANTES et RENNES ressemblent au 13 ème arrondissement.on nous faisait chanter:les pommes de terre pour les cochons,les épluchures pour les bretons,a la nigousse.

  5. C’est une vraie joie de constater qu’aujourd’hui des jeunes hommes, intellectuels et cultivés s’impliquent dans la vie de leur région à travers
    son Histoire et la vie de son passé, de ses moeurs et coutumes régionales et locales. Merci car grâce à vous nous gardons vivants les
    souvenirs qui nous ont modelés. Paul-Henri Jaulin surtout continuez votre « mission » qui est encore plus vitale aujourd’hui qu’hier.

  6. Paul Henri Jaulin dit « le téméraire »
    Car s’il écoute bien les élucubrations de BHL sur les identites locales,ils ne vont pas être copain

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