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La science au service de l’école, par Stanislas Dehaene   


La situation est dramatique : profs absents, élèves penchés sur leur smartphone, élèves agressifs en classe et ailleurs, cours « de haut niveau » vite oubliés même par ceux qui avaient compris, de plus en plus d’écoles privées créées ou en projet… Les enquêtes Pisa, Pirls, ce que voient des personnes attentives, des chefs d’entreprise, montrent que l’enseignement va de plus en plus mal et j’ai espéré trouver dans le livre de Stanislas Dehaene ces évidences que je répète après 50 ans sur le terrain mais sans avoir « la formation scientifique » m’autorisant à parler.
J’ai trouvé des éléments scientifiques pour l’enseignement primaire ! En bref : l’auteur réclame un enseignement des BASES par un enseignant LIBRE de s’adapter à ses élèves, ENTHOUSIASTE et disposant de l’AUTORITÉ nécessaire. J’ai aussi trouvé des critiques de méthodes et manuels, ai été effarée de lire ce qu’on demande à de petits enfants : des mots dans le genre « mammouth »  à connaître après seulement quelques semaines d’école !
Dans ce livre j’ai malheureusement aussi lu l’erreur impardonnable – présentée comme vérité scientifique ! – de croire qu’on peut quasi « tout » obtenir par une bonne préparation-éducation. Ainsi, les filles sont bonnes en maths si on arrive à les convaincre de ce qu’il n’y a pas de différence entre les sexes et qu’elles sont  aussi douées en maths que les garçons. (1) L’auteur n’a manifestement pas lu par exemple le neurobiologiste Dick Swaab !
Je crains – observe aussi – qu’on arrive plutôt à convaincre les enseignants de donner des maths « adaptées ». Ces maths « adaptées » ennuient ceux qui sont doués, sont étudiées par cœur… permettent de gagner des points.
Il me semble peu probable que le cerveau féminin – déjà féminin avant la naissance ! – change et devienne, statistiquement, semblable au cerveau masculin grâce à un bon conditionnement. Dans la pratique, on observe plutôt que les garçons manifestent de moins en moins l’ambition de se faire remarquer dans le cadre de l’école… et j’ignore s’ils sont plus « accros » à leur smartphone que les filles. (2)
Malheureusement, il y a encore d’autres observations dans ce livre qui semblent bien sortir d’études peu en rapport avec la réalité car, non seulement les « scientifiques » comptent changer le cerveau des filles mais ils voudraient aussi motiver tous les élèves en difficulté au point de les rendre plus intelligents, moins handicapés par la dyslexie et d’autres problèmes… et ceci dans le cadre de classes déjà surpeuplées !!
Les conseils sont donnés en langage « de ministère », demandent des moyens dont l’enseignant ne dispose pas et la proportion d’enseignants dans les écoles se réduit chaque jour !
Et si on envoyait les conseillers scientifiques donner cours dans de vraies écoles ? Ils s’y rendraient utiles et ils pourraient profiter de l’expérience acquise pour continuer utilement le travail commencé dans le cadre de l’enseignement élémentaire. Et je serais ravie si le livre suivant pouvait nous donner de vraies pistes de progrès pour l’enseignement secondaire, pistes qui dépassent les leçons d’une enquête réalisée il y a plus de 30 ans en France : dans des centaines d’écoles, les enquêteurs ont cherché LA bonne méthode d’enseignement. Leur conclusion est claire : aucune méthode n’est bonne en elle-même, les nouvelles valent les anciennes, et seul l’enthousiasme de l’enseignant lui permet de vraiment former ses élèves.
Un enseignant peut-il être enthousiaste s’il n’est pas LIBRE de donner une vraie formation à ses élèves, s’il n’a pas le soutien actif de l’autorité ?
Mia Vossen
(1) Il y a des mathématiciennes illustres, il y a surtout des femmes peu intéressées par les maths.
(2) Nicholas Kardaras, Hypnotisés, éd. Desclée de Brouwer