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La Shoah, requiem

Toile de feu le peintre Eitan-Dvir Khaksourian

 

La Shoah, terme trop court, trop bref, trop laconique pour définir une horreur sans fin, un cauchemar sans issue, une douleur sans nom et sans remède.

La shoah, c’est cette procession interminable d’ombres, de squelettes, d’enfants accrochés encore à leur jouets et à leurs sucettes, que le noir de l’oubli ne réussit pas à avaler, ni même à légèrement éclipser.

La Shoah, c’est cette litanie obsessive que les juifs qui l’ont vécue ne cessent de bredouiller comme si c’était  une honte, une souillure… Ils ne cessent de la revivre… Ils ne cessent vainement d’implorer pour qu’elle s’éteigne enfin, qu’elle les libère, qu’elle  leur accorde une rédemption quelconque.

« Le juif, cette bête immonde, cette créature du mal qui n’appartient pas à la gent humaine, il faut l’écarter, l’exterminer, effacer sa trace de la face du globe… Résolution programmée par ceux qui s’octroyaient une appartenance à une élite humaine, infaillible et noble, et qui bien étrangement, renaît tour à tour, refusant de s’éteindre. Elle récidive en toutes fanfares, sous de différentes définitions, emblèmes, dénonciations et étendards…

« C’est moi aujourd’hui qui décidera du destin des juifs !!! » Déclare-elle esquissant un sourire de vaine victoire.

Le temps passe et les plaies se cicatrisent, mais pas celles de l’affront fait à toute l’humanité. La Shoah n’a pas frappé les juifs seulement, elle a éclaboussé l’humanité entière d’une fange honteuse, d’une laideur qui ne s’effacera jamais, en dépit des ans, en dépit des siècles… Le monde porte désormais sur sa face une balafre que rien ne peut dissimuler.

Comment un être humain fait de chair et de sang ait pu se croire tout permis, même d’effacer une race qui le nargue uniquement par sa foi ?

Comment un être humain qui s’est extrait de l’ignorance, améliorant ses connaissances, élargissant  son savoir, sa culture, ses sciences, ait été pris au piège de cette même culture et sciences qu’il se vante posséder ?

Il n’en possède aucune, puisqu’il n’a jamais atteint la sagesse de la maturité, puisqu’il oublie trop souvent combien éphémère et vulnérable il est… Il dénie sa condition de pantin du destin en se révoltant et en bousculant ses semblables dans sa tentative d’arracher une étincelle à l’éternité.

Gloire et éternité appartiennent au Créateur seulement…  A nous, produits de sa création, Il n’a demandé que d’apprendre à aimer…

Thérèse Zrihen-Dvir