La SNCF roule pour les arts

Publié le 31 août 2019 - par - 9 commentaires - 627 vues
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J’apprends que sur la ligne de TGV Paris-Montpellier, une association monte des ateliers peinture au bar pendant le trajet. C’est ce qu’on appelle : l’art à grande vitesse.

Déjà la SNCF avait mis en valeur sa boutique à Doulon, puisque des grapheurs professionnels avaient été requis pour mettre de la couleur sur ses murs ; elle avait également été partenaire de l’exposition « Clamp, les reines du manga à Paris ». Reconnaissons qu’elle se surpasse en montant de tels ateliers dans les TGV ! C’est laisser sur le quai l’Éducnat qui, malgré des efforts considérables, en est restée à la brouette concernant les arts à l’école. Une fois de plus, la SNCF se montre pionnière en matière d’innovations, ce qui fait qu’on lui pardonne ses retards et ses grèves à répétition. Déjà, avec ses smiles, la SNCF faisait beaucoup pour ses usagers, tentant d’arracher un sourire à tous ceux qui poireautent pendant des heures sur des quais bondés, les tympans déchirés par les mégaphones cégétistes réclamant des salaires plus élevés, pour les agents, assortis d’un temps de travail allégé.

Il faut dire qu’avec ses activités culturelles, la SNCF ne sait plus à qui donner la priorité. Mais son « engagement multiple » dans les arts est un exemple à suivre. Elle développe un programme audacieux, prêt à rouler partout : « Notre engagement, dit-elle : créer des ponts entre les territoires et les populations, est au cœur de notre mission. Parce qu’il permet de dépasser les frontières géographiques, le train est un moyen privilégié de faire tomber les barrières sociales. »

On comprend mieux la suppression des garde-barrières ! La SNCF est soucieuse d’en finir avec les barrières et autres murs de séparation qui sont un frein au multiculturalisme et à l’amour entre les peuples !

« S’engager pour l’égalité et la mixité, c’est aussi démocratiser la culture en facilitant son accès sur tout le territoire. C’est le cœur de notre action. » N’est-ce pas une bonne réponse à la mesquinerie des voyageurs qui ne pensent qu’aux horaires des départs et d’arrivées et qui ne voient pas que l’égalité et la mixité, l’accès à la culture, sont autrement importants que la ponctualité des trains ? On comprend que cet aspect culturel et égalitaire ne souffre aucun retard, lui ! C’était, du reste, une citation du Parti communiste chinois, pendant la révolution culturelle : « Mieux vaut un train socialiste en retard qu’un train capitaliste à l’heure… » Il y des priorités qui ne se négocient pas !

« Dans les gares, à bord des trains, nous nous efforçons ainsi de créer un terreau favorable au rayonnement de la culture populaire : faciliter l’accès au théâtre, organiser des auditions dans toute la France afin de lutter contre les discriminations, relayer dans nos gares les différentes programmations des festivals de photo… »

Le train est une source d’inspiration inépuisable !

On comprend que la SNCF soit toujours en déficit puisque c’est pour la bonne cause ! Son engagement dans l’interdisciplinarité est un vrai challenge qui certes, coûte cher, mais qui profite au peuple ! Et c’est bien là l’essentiel… Comme le dit la SNCF, « le train est une source d’inspiration inépuisable. »
Non seulement le train permet de franchir les frontières, donc de ne pas rester frileusement entre soi, mais il vous initie à des activités gratuites et ouvertes à tous ! Plutôt que de vous laisser aller au plaisir solitaire de la lecture, par exemple, vous êtes conviés à vous initier à la peinture, au théâtre, à l’opéra, à la photographie.

« Ainsi, à l’occasion de l’exposition Picasso au musée Fabre de Montpellier en 2018, dix trains intercités, circulant entre Bordeaux, Montpellier et Marseille ont été habillés aux couleurs de l’événement et, une fois par semaine, une animatrice du musée était présente à bord pour le présenter aux voyageurs. »

Picasso, si peu connu du public, mérite bien d’habiller les trains, (il faudra préciser la couleur : sera-ce la période bleue ou rose ?) tout comme Christo qui habille les ponts et bientôt l’Arc de triomphe, de ses emballages en toile ! L’ivresse ne vient plus du contenu mais du contenant.

En juillet, vous pouvez être détourné à Arles pour le festival de la photographie, et cela sans avoir à payer de supplément !

La SNCF ne soutient pas que les professionnels, on ne le dira jamais assez, elle encourage l’amateurisme. « Le principe ? Un thème dont les photographes en herbe doivent s’inspirer pour capturer des moments lors de leurs voyages ou prendre des clichés de voyageurs : « chasseurs de trésors », « le jeu des 7 familles », « Émotions passagères », etc. Les photos gagnantes sont ensuite exposées en gare. Cette année, elles seront exposées à Arles. »
Car on l’aura compris, il ne s’agit pas de laisser ces œuvres précieuses à la consigne ! Photographier des émotions passagères semble être une bonne idée. Prendre des photos de passagers est plus risqué surtout si vous tombez sur une musulmane empaquetée de noir, de haut en bas ! Mais peut-être est-elle une adepte de la Christomania ? Et si par malheur elle est accompagnée de son époux, là vous prenez un risque majeur qui peut vous envoyer à l’hôpital ! Prudence, donc. J’apprends justement à l’instant, dans la Lettre Patriote qu’à Mantes-la-Jolie (78) les agents SNCF n’en peuvent plus de l’insécurité !

« Crachats, insultes, menaces, coups de poing… Les agressions physiques et verbales se sont multipliées cet été à l’encontre des agents SNCF de la gare de Mantes-la-Jolie. Face à la multiplication des agressions durant l’été, les employés de la compagnie ferroviaire ont décidé de se mobiliser ce jeudi. » Reconnaissons que la réaction des personnels est disproportionnée ! Comme s’ils étaient les seuls à essuyer ces comportements peu amènes ! Posons-nous plutôt la question : à quoi imputer ces incivilités, sinon au réchauffement climatique ? On ne le dira jamais assez, le réchauffement de la planète n’a pas fini de nous réserver des surprises… C’est pourquoi, nous sommes en droit de penser que « L’art à grande vitesse » n’a pas encore été suffisamment introduit dans la ville de Mantes-la-Jolie. Mais la SNCF, consciente de cette insuffisance, n’a pas dit son dernier mot !

Loin de rester dans les rails d’un trajet bien balisé et forcément monotone, la SNCF affiche son soutien aux festivals !
Ainsi, « Nous sommes partenaires des Rencontres Photographiques d’Arles, festival incontournable à l’envergure internationale avec :
– des mises en valeur de la programmation dans les gares d’Aix, de Marseille Saint-Charles, d’Avignon TGV et de Paris Gare de Lyon.
– Des expositions de photos organisées par la SNCF Immobilier, qui met à disposition et fait découvrir ses emprises ferroviaires. En 2019, une halle SNCF accueille différentes expositions et propose ainsi une première expérience aux voyageurs qui arrivent à la gare d’Arles avant de se rendre aux Rencontres.

Réenchanter le regard 

Là, il faut reconnaître que la SNCF fait fort ! Jamais auparavant, les voyageurs ne s’étaient senti l’objet d’une telle attention. On comprend mieux pourquoi la gare de Lyon à Paris, par exemple, est en travaux depuis près d’un an. Ne faut-il pas aménager des espaces expositions, dédiés à la photographie, mais aussi à « la Vie du Rail, » qui remonte le temps jusqu’aux débuts de la locomotive à vapeur ! Qui ne serait pas heureux de voir et revoir : « La bête humaine » avec Jean Gabin ? ou encore « Le train sifflera trois fois » avec l’inoubliable Gary Cooper ?

« Réenchanter le regard » est une jolie formule, surtout quand vous avez en face de vous une bande de jeunes aux jeans tailladés, les pieds sur la banquette opposée, et dont la musique déborde des écouteurs, sans doute avec le souci que les voisins « profitent » ! L’injonction « profite » est devenue incontournable de nos jours.

Maintenant que la SNCF a instauré « L’art à grande vitesse », on imagine des créations fulgurantes, emportées à un train d’enfer. Des installations éphémères traversent les reliefs vallonnés de la Bourgogne et du Lyonnais avant d’aborder les plaines où fleurissent la vigne et l’olivier, devant les yeux ébahis des vaches qui, depuis toujours, regardent passer les trains. Le bar n’est plus seulement un lieu de restauration ; les nourritures terrestres voisinent avec les créations artistiques des voyageurs, subjugués par un bosquet d’arbres en fuite, ou de minuscules gares saisies au vol. Ces artistes en herbe se découvrent un talent quel que soit leur âge ! Des œuvres naissent, non sous le pas des chevaux, mais sous les roues des trains apocalyptiques lancés vers l’avenir, du progrès, et de la fraternité. On a le choix entre un gobelet de café ou un autre rempli de gouache liquide : du bleu roi, du rouge cadmium, du jaune de Naples… Les enfants peuvent tracer des paysages sur les vitres, de leurs petites mains malhabiles mais déjà pleines de dons cachés, d’imagination et de créativité car l’enfant est, en soi, un artiste. Des vieillards chenus peuvent s’essayer au découpage des serviettes en papier tandis que des sculpteurs à peine sortis des couches, pétrissent les petits pains du wagon restaurant pour leur donner des formes aussi belles que les compressions de César.

Ces expériences ludiques et artistiques donneront du grain à moudre aux designers pour le choix de l’habillage des fauteuils et des moquettes de chaque wagon. Bien sûr, les voyageurs qui se rendront au bar dans le seul but trivial de se restaurer devront laisser leur tour aux artistes du rail, car la bataille de l’art est engagée. La SNCF, soucieuse de donner toujours plus à ses clients, organise des expositions des œuvres les plus significatives crées à 300km/heure, dans les halls de gares de départ et d’arrivée, et les lauréats, sélectionnés par un jury comprenant les plus hautes personnalités de la SNCF et du ministère de la Culture, gagneront un abonnement gratuit en TGV, tout au long de la vie, sur tout le réseau ferroviaire français. Cette opération nommée « L’Art à grande vitesse », a un but : ouvrir à l’expression artistique les plus démunis, les défavorisés, les exclus de la culture et des musées. On dit que Ségolène Royal qui a déjà mis en place les animateurs culturels dans les lycées du Poitou Charentes, a applaudi ce projet ainsi que Jack Lang qui a longtemps piloté l’art à l’école, ses tags et sa décadence.

La SNCF, toujours à la pointe en matière de communication et d’engagement auprès des plus démunis – ceux qui précisément ne prennent pas le train, le prix des billets étant prohibitif, veut soumettre un nouveau projet aux députés : transformer ses wagons restaurants en restos du cœur ! Les migrants seraient particulièrement pris en charge. Ils se déplaceraient de ville en ville, verraient du pays, la panse pleine, et seraient au chaud durant l’hiver !

Certains usagers pourraient s’étonner, voire s’offusquer, de constater que la SNCF consacre des sommes folles pour des activités qui ne relèvent pas de sa vocation première. Sans oublier que des articles (dans Patriote) mais aussi dans le Figaro, dénoncent l’état déplorable du réseau ferroviaire, au risque d’accidents graves. Rappelons-nous le déraillement d’un train à Brétigny-sur-Orge qui fit sept morts et de nombreux blessés, et à Enghien, une quarantaine de blessés. Un rapport du 21 août 2019 révèle, « l’état très inquiétant du réseau ferroviaire français. Certains travaux ne sont pas effectués à temps et peuvent provoquer de graves accidents. Des fils électriques sont rongés par les rats, des câbles défectueux sur les passages à niveau représentent une faille majeure, 30 ont été réparés mais 80 sont traités avec retard. De plus, certaines anomalies n’apparaissent pas dans les rapports. Selon la CGT, ces défaillances s’expliqueraient par un déficit d’effectifs… » Même si l’on a quelque raison de se méfier des revendications syndicales : « toujours plus de postes pour travailler moins », on peut légitimement s’inquiéter. La SNCF se défend et minimise ces incidents. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, quant à elle, veut avant tout rassurer les usagers. Cela se comprend puisque nous vivons sous la protection de l’État-Maman !

Mais ces petits bobos rencontrés sur nos lignes de chemins de fer et autres trains à grande vitesse, sont bien peu de choses face à l’engagement de la SNCF pour la culture, le rapprochement entre les peuples (grâce à la vitesse), le souci de donner plus à ceux qui ont moins ! Changer les mentalités, aller vers plus d’ouverture aux autres et de fraternité, voilà une tâche autrement plus noble que celle de resserrer quelques boulons ! Plutôt que de la critiquer, soutenons les initiatives révolutionnaires de la SNCF qui se veut « service public » jusqu’au bout des rames !

Évelyne Tschirhart

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Notifiez de
Hagdik

Le TGV, c’est le meilleur moyen d’arriver plus vite en retard à un rendez-vous !

Durocher

La SNCF profite du flou artistique pour embobiner les consciences, faire des parallèles grotesques et trop faciles, comme “relier entre eux peuples et cultures”, un “trait d’union entre les arts”… la philosophie facile des incultes paresseux, quoi !

"à la" poubelle !

L’ art à grande vitesse. Et le lard à grande vitesse transpercé en un clin d’oeil par des couteaux déséquilibrés !

Peg

Merci pour cet excellent article!!! Vraiment, en France on marche sur la tête, en voilà une preuve de plus.

cb38111

Pourquoi s’en prendre systématiquement aux salariés SNCF en les traitant de partisans du moindre effort? Sachez que les réductions d’effectifs sont constantes chaque année. Moins de contrôleurs à cause des équipements agent seul ( le conducteur ferme les portes et donne le départ grâce aux caméras de surveillance). Comme en île de France plusieurs trains TER n’ont plus de contrôleurs et livrent les clients (le mot “usagers” est malheureusement obsolète) à eux même (insécurité etc…) Grâce à la mise en place de la telemaintenance et la disparition de la rénovation des trains il y aura encore des baisses d’effectifs et je ne vous parle même pas de la mise en place des trains autonomes dans les prochaines décennies. Tout comme France Télécom, l’acronyme SNCF pourrait bientôt disparaître

Broyelle

Excellent !

cb38111

Pourquoi s’en prendre systématiquement aux salariés SNCF en les traitant de partisans du moindre effort? Sachez que les réductions d’effectifs sont constantes chaque année. Moins de contrôleurs à cause des équipements agent seul ( le conducteur ferme les portes et donne le départ grâce aux caméras de surveillance). Comme en île de France plusieurs trains TER n’ont plus de contrôleurs et livrent les clients (le mot “usagers” est malheureusement obsolète) à eux même (insécurité etc…) Grâce à la mise en place de la telemaintenance et la disparition de la rénovation des trains il y aura encore des baisses d’effectifs et je ne vous parle même pas de la mise en place des trains autonomes dans les prochaines décennies. D’ailleurs comme France Télécom l’acronyme SNCF pourrait bientôt disparaître

Chassaing Jacques

À chaque pub Ouigo de la sncf, je répond « vous vous foutez de ma gueule avec vos trains pourris » et dernièrement je l’ai menacé de saisir la CNIL car le lien de description de la carte ouigo ne fonctionne pas. Il faut aussi que les voyageurs s’en souviennent au prochain vendredi noir promo des offres sncf. Les signalements à l’inc que choisir sont aussi un bon moyen de pression sur cette entreprise qui se fout de la gueule de ses clients.

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