La Suède, le Covid-19 et le confinement

Publié le 5 juillet 2020 - par - 23 commentaires - 2 552 vues
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Depuis que les autorités sanitaires suédoises et néerlandaises ont mis en doute les prédictions apocalyptiques de Ferguson et l’intérêt du confinement aveugle qu’il préconisait, les principaux médias répètent sans cesse que cette attitude est dangereuse et que les Suédois auraient dû suivre l’exemple de la Norvège, meilleur élève scandinave du confinement. Récemment la progression du nombre de victimes directes du Covid-19 a exacerbé le Suède bashing. Mais qu’indiquent les faits avérés et les comparaisons entre la Suède et les Pays-Bas, qui ont refusé le confinement, et les principaux adeptes européens du confinement aveugle : Italie, Espagne, Belgique, France et Norvège ?

L’intérêt de toute décision médicale doit être évaluée sur sa balance avantages/risques. Pour juger de l’avantage du confinement, nous nous baserons sur les chiffres de contaminations quotidiennes et de mortalité globale publiés par l’OMS. Pour évaluer ces risques, nous nous intéresserons aux conséquences médicales, psychologiques, scolaires et économiques du confinement aveugle tel qu’il nous a été imposé.

Confinement et propagation du Covid-19
L’examen des courbes de contaminations quotidiennes avec recherche des inversions de tendance (break point analysis) avant et après le confinement ne montre aucune diminution du nombre de contaminations qui lui soit chronologiquement attribuable.

La période d’incubation (délai qui s’écoule entre la contamination et l’apparition des premiers signes cliniques) est en moyenne de 5 jours ; 95 % des malades symptomatiques ressentent des troubles avant le 12e jour. Si le confinement aveugle avait été efficace, on aurait observé une diminution des contaminations dès le 6e jour de son instauration, soit vers 15 mars en Italie (début du confinement le 9 mars), 19 mars en Espagne (début du confinement le 13 mars), et le 22 mars en France (début du confinement le 17 mars). Or le recul des contaminations n’a été observé qu’à partir du 28 mars en Italie, 2 avril en Espagne et du 4 avril en France et en Belgique, soit en moyenne dix-huit jours après le confinement, ce qui exclut tout lien de causalité direct entre la stabilisation des contaminations et le confinement.

La comparaison des courbes de contaminations quotidiennes en Belgique (confinée) et aux Pays-Bas (non confinés) suggère même que le confinement pourrait avoir accéléré la diffusion de l’épidémie dans ce pays.

Ce résultat « inattendu » n’est pas médicalement illogique. Le confinement aveugle a confiné ensemble, sans les séparer, les porteurs de virus et les personnes saines en renvoyant les malades ne présentant pas de signes de gravité à leur domicile et les seniors quel que soit leur état dans leur Ehpad. Entraînant des contacts accrus et une exposition plus permanente au virus en milieu clos, le confinement aveugle a pu faciliter la contamination des co-confinés.

Confinement et la mortalité du Covid-19
Alors que l’épidémie se termine en Europe, les chiffres publiés par l’OMS classent les 4 pays adeptes du confinement aveugle (Italie, Belgique, Espagne, France) dans le top 6 mondial de la mortalité par million d’habitants.
Au 28 juin 2020, cette mortalité du Covid-19 atteignait 523 en Suède, 356 aux Pays-Bas contre 840 en Belgique, 606 en Espagne, 574 en Italie, 477 en France et 59 en Norvège.

La mortalité directe Covid-19 de la Suède et des Pays-Bas non confinés se compare donc favorablement aux quatre grands pays européens adeptes du confinement aveugle qui a été suivi en moyenne d’une surmortalité directe du Covid-19 de 50 % par rapport aux pays qui n’ont pas confiné (moyenne 625 versus 444).

Cela n’est pas médicalement étonnant. Dans l’histoire des épidémies, le confinement policier aveugle (sans séparation des infectés des autres) n’a jamais diminué la mortalité d’une épidémie. La dernière fois qu’il a été utilisé en France, en 1720, il a entraîné la mort de la moitié de la population marseillaise (50 000 morts sur 100 000 habitants) sans éviter la propagation de l’épidémie à toute la Provence (70 000 décès supplémentaires) et à l’Italie proche.
L’apparente efficacité du confinement chinois contre le Covid-19 est en réalité liée à la recherche opiniâtre de tous les malades ou suspects de l’être et à leur mise en quarantaine immédiate. Certains gouvernants européens ont apprécié l’aspect policier du confinement qui leur permet de contrôler les populations, mais ont oublié de mettre en quarantaine les porteurs de virus d’où leur incapacité à stopper l’épidémie et à diminuer sa mortalité.

En France, la mortalité a été de plus accrue par la prescription au moindre doute de Rivotril aux pensionnaires des Ehpad et par l’interdiction faite aux médecins de traiter les malades par la chloroquine et même par antibiotiques, alors que ces derniers représentent le principal traitement préventif des complications infectieuses des infections virales.

Risques et complications du confinement
Pour réserver tous les moyens hospitaliers aux patients atteints de Covid-19 et éviter d’exposer les autres patients au risque de contamination à l’hôpital, le confinement s’est accompagné d’un arrêt de toutes les activités médicales hors Covid. Les activités médicales ordinaires, y compris les hospitalisations et les consultations programmées, ont été annulées avec interdiction de toutes les interventions chirurgicales estimées non urgentes par les ARS.
Or les traitements médicaux sont d’autant plus efficaces qu’ils sont utilisés tôt et bien surveillés. Leur absence, leur retard ou leur mauvaise surveillance menacent la vie des malades à court ou moyen terme

Le confinement a causé la mort de certains malades aigus
Les arrêts cardiaques
En France 46 000 arrêts cardiaques surviennent chaque année et les chances de survie à 30 jours sont multipliées par deux en cas d’extrême précocité des soins.
Une étude de l’Inserm menée par le chercheur Éloi Marijon (Inserm/Université de Paris) et Daniel Jost (Brigade des sapeurs-pompiers de Paris) montre que pendant la période du confinement, le nombre d’arrêts cardiaques en région parisienne a été multiplié par deux, passant d’une moyenne de 13,4 arrêts cardiaques par semaine les années précédentes à 26,6 pendant le confinement. Et durant cette période de confinement, les chances de guérison ont été divisées par 2. L’extrapolation de ces données à l’échelle de la France permet d’estimer l’incidence des arrêts cardiaques durant les trois mois du confinement à environ 22 500 et la surmortalité par arrêt cardiaque secondaire au confinement à d’environ 1 350 décès.

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC)
Les AVC représentent une maladie fréquente (150 000 cas annuels), la 3e cause de décès (40 000 décès en 2017), la première cause de handicap acquis de l’adulte (plus de 500 000 Français) et la deuxième cause de démence. Son pronostic dépend essentiellement de la précocité du traitement. Pendant les 3 mois de l’arrêt des activités médicales normales, c’est au moins 40 000 AVC qui auraient dû survenir car la mauvaise surveillance des hypertensions artérielles entraînée par le confinement les favorise.
Durant le confinement, le nombre d’accidents vasculaires cérébraux (AVC) observés a drastiquement diminué : – 40 % en Alsace, -75 % à Paris. Les patients les plus gravement atteints ont été pris en charge avec plusieurs heures de retard, après parfois la survenue d’une hémiplégie complète ou une perte de la vision, délai qui peut avoir des conséquences irréversibles. Au total 20 % de ces patients les plus graves soit près de 8 000 malades n’ont jamais été pris en charge, dont certains sont aujourd’hui décédés. La surmortalité observée durant la période du confinement traduit celle du Covid, mais peut-être aussi davantage celle du confinement aveugle

Le confinement a diminué les chances de guérison des malades chroniques

Les pathologies chroniques comme les cancers, le diabète, l’hypertension ou les maladies cardiaques peuvent entraîner une dégradation de l’état de santé rapide, si elles ne sont pas prises en charge ou mal surveillées comme cela a été le cas lors du confinement

Le dépistage des cancers a été durement impacté. En temps normal, 30 000 nouveaux cancers sont détectés chaque mois en France. Ce nombre a été divisé par deux pendant le confinement, une baisse plus importante que celle observée aux USA moins sévèrement confinés. La fédération Unicancer estime que 5 000 à 10 000 morts supplémentaires pourraient être liées à cette absence de prise en charge précoce.

Le traitement des cancers connus a également souffert du confinement du fait des retards et des modifications apportés au traitements médicaux et chirurgicaux prévus et une récente étude anglaise évalue son impact à plusieurs milliers de morts.
Mais les conséquences délétères du confinement touchent tous les malades souffrant de pathologies chroniques. Le cœur d’un hypertendu pas ou mal soigné voit son activité augmenter. Progressivement, il se fatigue, ce qui augmente entre autres les risques d’insuffisance cardiaque.
Un diabète mal équilibré de son côté peut provoquer de nombreuses complications cardiovasculaires (infarctus, AVC…), neurologiques (atteinte des nerfs oculaires, rétinopathie diabétique, glaucome, cataracte…) ou rénales.
Comme près de 20 millions de Français souffrent de maladies chroniques, les complications sanitaires collatérales du confinement vont dépasser de beaucoup les victimes directes du Covid-19.

Il est de plus en plus clair que ce confinement aveugle a décompensé les malades psychiatriques et les personnes fragiles, aboutissant à de nombreux suicides peu comptabilisés en France pour l’instant. Mais de nouveaux malades sans antécédents arrivent à l’hôpital psychiatrique, particulièrement des personnes jeunes d’une trentaine d’années peu préparées à cet enfermement policier sans responsabilité personnelle. On ne peut douter que le bilan terminal de ce confinement nécessitera de nombreuses années d’observations, voire de décennies et sera très lourd.

Balance avantages/ risques du confinement aveugle
Les données publiées par l’OMS montrent que le confinement aveugle n’a pas permis de ralentir l’épidémie, ni d’en diminuer la mortalité directe. Contrairement aux simulations de propagande qui fleurissent çà et là, aucun bénéfice réel sur l’épidémie n’a été obtenu pour les populations soumises au confinement aveugle.
De plus, ses inconvénients sanitaires ont été massifs tant en mortalité immédiate pour les urgences vitales qu’en mortalité différée pour les malades chroniques.
Sa balance sanitaire avantages/risques est donc franchement défavorable.

Match Suède/Norvège
La mortalité Covid-19 de la Suède (537/million) a récemment dépassé celle de la France, mais reste en dessous de la moyenne des autres grands pays qui ont confiné aveuglément (Belgique, Italie, Espagne). Surtout, grâce à l’absence de confinement, elle n’a pas souffert de mortalité induite par l’arrêt des soins des autres pathologies. Cette mortalité collatérale du confinement, bien détaillée précédemment doit être prise en compte avec les conséquences sociales, scolaires et économiques dans la comparaison entre les pays.

La Norvège représente avec la Grèce l’un des pays européens qui a obtenu avec le confinement une des plus faibles mortalités par Covid (59/million). La comparaison confinement norvégien contre non-confinement suédois a été récemment faite par les autorités sanitaires norvégiennes. Camilla Stoltenberg, directrice générale de l’Institut norvégien de santé publique a présenté fin mai une étude montrant que le confinement n’était vraisemblablement pas responsable des bons résultats sanitaires norvégiens : « le taux de reproduction effectif était déjà tombé à 1,1 le 12 mars » [avant le confinement]. De ce fait, les résultats obtenus avec confinement ou sans confinement auraient été « similaires ». « Nous aurions pu rester non confinés en prenant simplement une série de précautions pour ralentir l’épidémie. Il est important que nous en soyons conscients ».
L’agence statistique norvégienne a également calculé les dommages permanents causés aux élèves par les fermetures d’écoles : « chaque semaine d’enseignement en classe refusée aux élèves freine les chances de réussir sa vie et réduit de façon permanente le potentiel futur des revenus ».

De plus, en deux mois de blocage, le PIB norvégien a perdu 11 % environ et les autorités espèrent limiter les pertes à environ 5 % sur l’ensemble de l’année 2020.
C’est sur ces données que le Premier ministre norvégien Erna Solberg vient courageusement de reconnaître qu’elle aurait dû suivre l’exemple de ses voisins suédois et a regretté publiquement les contraintes sanitaires qu’elle a imposées. « J’ai probablement pris de nombreuses décisions par peur » « La fermeture des écoles n’était peut-être pas nécessaire ».

Il faut rendre hommage à ces deux pays, au Premier ministre norvégien qui vient de nous donner une belle leçon d’honnêteté et d’humilité qui manquent tant en France. Aux Suédois qui nous ont administré la preuve de la folie apocalyptique de Ferguson qui prédisait 70 000 morts en Suède si elle refusait de confiner (alors que le nombre réel atteint est 5 200). Et encore aux Suédois qui ont su défendre leurs libertés et leur démocratie malgré la peur panique suscitée par les médias, alors qu’en France nous avons honteusement abdiqué.
En tous cas, les apôtres français du confinement devraient être plus prudents lorsqu’ils utilisent l’exemple de la Norvège.

Le confinement aveugle n’avait jamais, dans l’histoire, montré qu’il pouvait protéger les populations. La crise du Covid le confirme. La majorité de la surmortalité observée pendant et après la période de l’épidémie ne sera pas principalement due à la maladie, mais davantage aux mesures sanitaires stupides qui ont été imposées à la population et aux médecins par des dirigeants apeurés, crédules et autoritaires.

Gérard Delépine

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