La surprenante suspension de l’attaque de l’Iran par les États-Unis

Publié le 7 juillet 2019 - par - 27 commentaires - 1 564 vues
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La suspension in extremis de l’agression de l’Iran par les États-Unis, jeudi 20 juin, soulève un certain nombre de questions quant à la stabilité de la paix dans le monde, mais aussi au renversement de rapports de force.
En juin il était évident que les États-Unis cherchaient des soutiens pour attaquer l’Iran. Les grossières accusations envers l’Iran pour les attaques contre des pétroliers dans le golfe d’Oman les 12 mai et 13 juin n’ayant pas suffi à convaincre les pays européens qui refusent de laisser tomber, eux aussi, l’Accord de Vienne, une encore plus grossière tentative a eu lieu au moyen d’un vidéogramme ridicule d’imprécision, qu’aucun pays sérieux n’aurait osé présenter comme « preuve », recevable en droit international, d’un casus belli prétendument commis par son ennemi. Accessoirement le moindre chef d’État ou de gouvernement européen comprend bien que l’Iran n’a aucun intérêt à fermer le détroit d’Ormuz ou à détourner les clients de la région, tandis que les États-Unis ont toujours eu intérêt aux tensions qui font monter le cours du pétrole (et donc la demande de dollars) et renforcent leur alliance avec les pays arabes.
Les alliés européens des États-Unis n’étant toujours pas prêts à les soutenir dans leur agression programmée, un avion sans pilote étatsunien a violé l’espace aérien iranien, suivi d’un avion de lutte antisousmarine et de pilotage de drones, pour y être abattu, le 20 juin au matin. L’Iran a abattu le drone mais a épargné le Poseidon, juste un mois après que le ministre des Affaires étrangères Mike Pompeo a averti, en substance, que la mort d’un seul militaire étatsunien sous le feu iranien justifierait une entrée en guerre. Que le Poseidon n’ait pas été détruit signifie en tout cas que la défense aérienne iranienne, qui le suivait évidemment avant son incursion (certainement marginale) dans l’espace iranien, l’avait identifié et savait qu’il n’était pas dangereux, et que la destruction du drone suffirait au principe et à l’avertissement.
La Russie a certes fini par clore le débat sur la trajectoire du drone (et de l’avion), quelques jours plus tard, en proposant aux pays qui le souhaitaient les enregistrements (satellitaires ?) irréfutables. Cependant au moment de l’annulation de l’attaque étatsunienne ces éléments n’avaient pas encore été proposés, ou du moins pas publiquement.
On n’aime pas mêler les questions de personnes aux relations internationales, sauf dans les autocraties intégrales où le chef d’État ou de gouvernement prend effectivement toutes les décisions importantes. Néanmoins l’agitation personnelle du président Donald Trump, au moyen des touitements spontanés (en témoigne l’orthographe) qui lui tiennent lieu de conférences de presse, fut là suffisamment notable pour inquiéter. Se serait-il soudain emparé du pouvoir ? La plus grande puissance confierait-elle réellement le pouvoir d’entrer en guerre (voire le bouton nucléaire) à des intérimaires malinformés et capables de coups de tête arbitraires dans un sens puis dans l’autre ? Si une attaque aérienne contre l’iran, certes préparée depuis longtemps avec diverses options, a été armée et soumise à son ultime décision, c’est qu’il avait quelques heures plus tôt donné son accord, comme d’ailleurs ses réponses à quelques journalistes l’avaient laissé entendre dans la journée. Il est possible qu’on ne lui ait pas révélé la véritable position géographique du drone au moment où il a été abattu, mais des précédents montrent que ce n’est pas la soudaine révélation d’un tort (voire d’un mensonge) étatsunien qui l’aurait fait revenir sur sa décision de montrer à l’ennemi la puissance de son pays. Trump est prêt à la guerre, pour les motifs fallacieux auxquels on lui fait croire (le programme nucléaire iranien), et il a délibérément choisi cette voie en laissant le conseiller à la sécurité nationale John Bolton écarter les personnes et arguments contraires à la guerre, puis en acceptant la démission du ministre de la Défense Patrick Shanahan qui exprimait les réticences de l’appareil militaire.
Quant au gentil conte selon lequel il aurait finalement refusé d’occire 150 ennemis car c’eût été disproportionné à la destruction d’un avion sans pilote, en plus d’être inquiétant pour la politique militaire des États-Unis, il ne tient pas. Ce pays a suffisamment montré, y compris sous le mandat de Trump, son total désintérêt pour les vies étrangères, ennemies ou pas, militaires ou pas, nombreuses ou pas, dès lors qu’il estime qu’une action est militairement justifiée ou justifiable, ce qui était manifestement le cas après plusieurs semaines de recherche d’un casus belli. L’occasion était même idéale puisque c’est un appareil étatsunien qui avait été indiscutablement abattu, alors que les provocations antérieures avaient touché des pays tiers (arabes) d’ailleurs peu empressés d’accuser formellement l’Iran. On n’a pas non plus reculé devant le risque de révélation ultérieure d’une provocation, puisque les cas précédents, en Syrie par exemple, montrent que lorsque les conséquences armées ont fait suffisamment de bruit la presse n’a pas besoin de creuser la véracité de l’incident initial.
Il n’est pas impossible que les États-Unis aient été menacés. La presse iranienne jubile certainement de l’illusion que le professionnalisme de ses armées et la détermination de son gouvernement aient dissuadé l’ennemi, comme si celui-ci n’avait pas pris en compte les réactions possibles à l’avance, et accepté les risques avant de prendre la décision initiale d’attaquer. Une certaine presse étatsunienne jubile de l’illusion que l’opinion de Tucker Carlson, animateur de Fox News, ait été sollicitée et obéie par le président Trump durant sa journée très chargée du 20 juin. Pourtant, ce n’est pas un coup de téléphone iranien ou étatsunien qui a pu faire reculer le gouvernement étatsunien, et l’envoyer immédiatement demander l’ouverture inconditionnelle de négociations avec l’Iran. Il a fallu plus que cela.
La Chine, de loin le premier importateur mondial de pétrole, a (pour l’instant) besoin d’un cinquième de tout le brut exporté par le reste du monde, et près de la moitié de ses importations proviennent de la région arabo-persique. Par ailleurs elle doit rivaliser, à l’achat, avec d’autres pays asiatiques (Inde, Japon, Corée du Sud, Thaïlande, Singapour, Taïwan…) dont les besoins totaux sont supérieurs aux siens. Aussi ne peut-elle pas permettre l’arrêt des exportations arabes et iraniennes pour cause de guerre ou de blocus. Par ailleurs elle a fini par prendre acte du fait que la force militaire fait partie des instruments de politique économique des États-Unis, et ne peut pas les laisser s’enhardir jusqu’à bloquer, par, exemple, les détroits indonésiens incontournables par le commerce extérieur chinois. Comme on le rappelle dans le onzième coup de minuit de l’avant-guerre, le 9 avril 2018, juste avant le bombardement de la Syrie par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, la Chine a annoncé qu’en cas de guerre ses navires présents en Méditerranée seraient mis à disposition de la flotte russe. Ce ne serait certainement pas le cas dans l’Océan Indien. On peut discuter des capacités militaires de l’Iran, mais pour sa part la Chine a indiscutablement la capacité de détruire chaque porte-avions étatsunien d’un seul missile balistique hypersonique.
Il n’est donc pas impossible que ce soit la Chine qui ait dissuadé les États-Unis d’attaquer l’Iran, dix minutes avant le lancement de l’agression. Il est intéressant de noter qu’elle a été écoutée (cette fois).
Stratediplo
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Notifiez de
joseph

 » l’agression de l’Iran par les États-Unis  »
déjà, adopter dès le départ le contre-pied des thèses Américaines juste parce que ce sont les Américains, alors que l’Iran REVENDIQUE la destruction d’un avion US non-armé …
ça sent le quai d’Orsay à plein nez.

joseph

« un avion sans pilote étatsunien a violé l’espace aérien iranien »
Je ne sais pas pourquoi, moi je suis plutôt tenté de croire la version US: l’avion survolait le golfe persique.
Le problème, c’est que les Iranien voient leur espace aérien plus vaste que ce qu’en disent les accords internationaux.
Dans cette affaire, les Américains sont plus crédibles

joseph

–  » suspension in extremis de l’agression de l’Iran par les États-Unis  »
agression ou riposte ?
–  » un avion sans pilote étatsunien a violé l’espace aérien iranien  »
l’Iran a une définition de son espace aérien beaucoup plus large que définis par les
accords internationaux.Les américains s’en tiennent à ces derniers.

Il est décevant de voir les thèses (pro-islamiques) du Quai d’Orsay défendues sur Riposte Laïque.

Hagdik

Lancer « officiellement » une attaque permet de voir s’activer un certain nombre de système habituellement dormants ou en veille.
Monter en pression jusqu’à 15 minutes du feu vert et stopper apporte aux analystes un tas d’informations.
Ne prenez pas Trump et les siens pour des billes.

plouc

les plus dangereux et les plus cons sont ces 2 gugusses , Mike Pompeo et John Bolton !!
derrière leurs déclarations irresponsables de menaces envers l’Iran , il y a la signature de l’ Arabie Saoudite et d’ Israel !!!!
s’ attaquer à l’Iran c’est s’attaquer à l’islam chiite !!!! bonjour le résultat final !!!! évidemment l’ Arabie Saoudite serait ravie si cela arrivait !!!!

POLYEUCTE

Une « Trumpitude » bienvenue ! Quoi qu’on puisse en penser.
Diplomatie armée.

BERNARD

Même si je doute fort qu’un seul missile chinois puisse détruire un PAN US, ce ne serait pas un joli acte de diplomatie pour la Chine de le faire, ça je n’y crois pas du tout ! Surtout au moment ou des âpres discussions commerciales ont lieu entre les deux pays.

OTOOSAN

Je sais pas, mais on l’a peut être informé que les pétroliers attaqués transportaient du pétrole..Iranien ?

BETRAND ANGOULEME

POURQUOI couper les cheveux en 4 .. TRUMP comme tous les chefs d’état occidentaux sous tutelle israélienne et saoudienne sont au service de l’Arabie saoudite ( qui subventionne leurs campagnes Électorales de merde ) et d’Isarel qui est leur Souverain pontife et leur nouveau Dieu sur terre ..Le reste ce n’est que du chichi …. Sinon pourquoi frapper l’Iran ?? Que vient faire un perse avec un texan ou un bourguignon à 5000000000000000 Kms de distance ???? ON VEUT NOUS PRENDRE POUR DES CONS ??

Eric des Monteils

Depuis longtemps déjà, nous savons que tant que les chiens abboient, ils ne mordent pas. Avec la folldingue de Clinton, nous serions déjà en guerre mondiale depuis longtemps. Les grands blocs se précisent, sauf pour ce qui est de l’Europe, qui reste comme un pion insignifiant tant qu’il ne bouge pas. L’égémonie Nord Américaine a du plomb dans l’aile, et même un peu plus.

Dehache

Il ne vous est pas venu à l’esprit que le vieux drone ait été peut-être sacrifié aux fins d’analyser les performances nouvelles du missile russe tiré par les iraniens. Performances extraordinaires ! Il s’agirait donc d’un piège, suivi d’un coup de bluff.

Torpillator

RAF

DeRodin

RAF = Rien A Foutre ? Je partage votre avis. Je pense que nous ne connaissons pas le quart du dixième des enjeux qu’il faut prendre en compte dans cette diplomatie de la canonnière. Trump est un sanguin mais il n’est pas totalement débile. Et surtout il n’est pas tout seul à décider, ces conseillers sont là à commencer par sa jolie femme. L’homme d’affaires caché derrière le Président n’a pas d’intérêt au déclenchement d’une guerre qui risque de se mondialiser. Son cœur de revenus c’est l’immobilier pas l’industrie lourde.

Emile jacques

Très intéressant article
Les amerlocks dans toute leur splendeur ….
A deux ans des élections US , il serait étonnant que Trump aille à la guerre

Lsa Oulahbib

De plus l’idée que les porte avions US pourraient être détruits ainsi dénote d’une méconnaissance de leur protection balistique…

Lsa Oulahbib

Totale ineptie très égalité et réconciliation… Comme si L’Iran était un État neutre…

patphil

trump est plus malin que ne le pensent les journalistes, il sait que laa guerre économique est bien plus efficace que la guerre militaire

Philippe DRU

C’est quoi cette nouvelle manie d’utiliser le terme « étatsuniens » ? Vous ne pouvez pas écrire « américains », comme tout le monde ?

Dany

Les islamistes iraniens ont les soutiens qu’ils méritent : la Russie, la Chine, l’Union Européenne…

joseph

et le Quai d’Orsey !!!

. Dupond 1

Vladimir et les europeens n’ont pas de soucis a se faire pour le pétrole . Nous avons le pétrole de la mer du nord et le pipe line a Vladimir . La Russie a des acces vers la chine (c’est le plus grand pays du monde) il en va tout autrement pour les pays du golfe pris au piege au détroit d’ormuz et tributaire du canal de suez et les syriens qui ne veulent pas faire passer le pipe line avec acces a la méditéranée…..sans oublier la voiture électrique voir a hydrogene cheres a choupi et a nos écolos . Alors laissons nos chers enturbannés se déchirer entre deux prieres le cul tourné vers la mecque

Pas de censure svp

Le cul n’est jamais tourner vers la mecque que ce soit à l’est à l’ouest au nord ou au sud, c’est toujours le visage qui est en face de la mecque.
Ceci dit je suis agreablement surpris d’apprendre que vous etes contre une intervention millitaire, je pensais que bien au contraire une offensive des usa et leurs caniche européens vous rejouirait du moment que sa casse du muzzs !
Vous avez changer dupond.

OTOOSAN

hydrogene = vapocracking d’hydrocarbures, on ne sort pas du pétrole…

kabout

a mon avis Trump et les militaires ricains préférent « attendrent » une plus belle occasion pour pulvériser les iraniens,ne rien déclancher juste pour un bateau attaquer mais sur l’enrichissement d’uranium de l’Iran.Affaire a suivre….

Hombre

Les ricains sont partis du vietnam une main devant une main derrière, pareil en Afganistan

. Dupond 1

+1000000000000000000000000000000

gautier

Analyse particulierement pertinente…