La symbolique Jeanne d’Arc : un peu de rationalité laïque, svp !

Publié le 13 mai 2014 - par - 878 vues
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Jeanne d'ArcQuand on s’intéresse un tant soit peu à Jeanne, on en tombe immédiatement amoureux ! Mais cet amour se mérite, d’où l’importance de rechercher la vérité contre la légende.

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Personne ne conteste que Jehanne du Lys, titre conféré à Jehanne par le roi, fut un personnage majeur dans l’histoire de la France médiévale. Mais qui fut vraiment cette Princesse, fille d’une Reine de France et d’un Duc ?

Jehanne, Pucelle d’Orléans et de France fut un grand personnage politique et militaire. Elle montra un courage et une détermination sans faille à défendre les Armagnacs dans leur volonté de conserver le pouvoir face aux anglo-bourguignons.

Pourquoi l’église catholique a-t-elle inventé au XIXème siècle la légende mensongère de cette sotte gardienne de moutons ? Pourquoi avoir affublé Jehanne d’Arc de ce nom alors qu’elle a toujours refusé de le porter ? Posez-vous ces questions !

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Fille adultère d’Isabeau de Bavière et de son amant régulier Louis d’Orléans, Jehanne, née en 1407, a été cachée au public. Une enfant illégitime de plus à la cour de Charles VI, le « roi fou » avec qui Isabeau n’avait plus de relation depuis des années, ça aurait fait désordre.

Alors, ce sera une d’Arc, suivante de la reine, qu’on chargera de faire évacuer la nouvelle née dans sa famille lorraine. Jehanne y sera mise en nourrice et grandira dans la fratrie des d’Arc de Domrémy, au contact des châtelaines et des franciscains de l’endroit.

C’est à sa puberté que les choses vont changer pour Jehanne.

C’est la reine des cinq royaumes, Yolande d’Anjou, celle qui avait élevé le futur Charles VII, déshérité par sa mère Isabeau, qui imaginera le divin stratagème.

C’est Yolande qui délégua auprès de Jehanne un écuyer du Roi, Bertrand de Poulangy –(ou de Pulligny). Logé à Vaucouleurs, près du seigneur de Baudricourt, le chevalier prendra Jehanne en main. Par lui, elle connaîtra son origine orléaniste. Il lui apprendra l’équitation –(interdite aux femmes, sauf  celles de sang royal, faut-il le rappeler)-  ainsi que le maniement des armes de guerre. Dans le même temps, les « dames de Bourlémont », une seigneurie voisine, l’initieront au langage et aux pratiques de la cour et à la politique. Les franciscains l’initieront aux arcanes de la croyance catholique et l’aideront à choisir ses « patronnes » Catherine et Marguerite, deux chimères qui seront sa caution céleste dans son combat pour le droit « divin » au trône de Charles VII.

Jeanne rencontrera d’ailleurs à plusieurs reprises Colette de Corbie, patronne des franciscaines Clarisses.

C’est dans les années 1420 que son instrumentalisation sera décidée. Son rôle de messagère de dieu sera officialisé en 1426, après un contact avec le dernier duc d’Orléans, Charles, prisonnier des Anglais, qui donnera son accord pour que sa demi-sœur Jehanne tienne ce rôle.

« Nul ne peut refuser de combattre pour dieu » avait alors dit le Pape, en référence au chef de guerre inspiré par les « voix célestes» qu’allait devenir Jehanne. Elle sera alors adoubée lieutenante du duc d’Orléans, le titre de « duchesse » étant interdit aux femmes non mariées à un duc.

On connaît mieux la suite : la venue à Nancy de l’écuyer royal Collet de Vienne, envoyé de Yolande et de Charles VII, la rencontre de Jehanne avec le duc de Lorraine à Nancy où, après une démonstration de ses compétences guerrières, le duc lui donnera un cheval. Retour direct à Vaucouleurs où elle et ses dix à douze compagnons de route attendront le signal du départ pour aller rencontrer Charles VII à Chinon.

C’est le 22 Février 1429, en plein hiver, que la Princesse Orléanaise Jehanne et sa petite troupe allaient entamer la traversée d’une partie de la France en onze jours, s’arrêtant chaque soir dans une des étapes préparées par Collet de Vienne.

En effet, on ne loge pas une douzaine de cavaliers et une vingtaine de chevaux en plein hiver, dans de banales hostelleries de campagne, contrairement à ce que dit…ou ne dit pas la légende.

D’abbaye en couvent, d’hospital en monastère, ils mettront onze jours pour arriver à Chinon le 4 Mars au soir. Jeanne verra le Roi le lendemain, le temps de préparer la mise en scène publique de la « rencontre » mythique qui eut lieu le surlendemain 6 Mars 1429.

L’épopée de Jehanne, commençait !

Elle allait se terminer à Autrey (Meurthe et Moselle) le 4 Mai 1449. Décédée à 42 ans, Jeanne  fut inhumée dans l’église de Pulligny qu’elle avait contribué à financer, dans  une  chapelle située à droite du chœur  selon son vœu.

Quant à la légende de la bergère illettrée inventée par l’église pour servir son image et celle de l’intégriste Charles X, elle a été initiée dans les années 1820.

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Ainsi, Jeanne n’est pas la fille du peuple qu’on raconte. Elle n’a pas entendu de voix célestes, comme l’écrivent encore les manuels scolaires de notre République Laïque, mais elle n’en reste pas moins un symbole de ce courage dont les femmes sont capables pour défendre leur famille et au-delà, leur Patrie, cette patrie ne fut-elle qu’un duché.

Accepter de combattre pour restaurer le roi Charles VII sur le trône de France, défendre le duché d’Orléans contre les anglais, un duché sur lequel, fille illégitime du duc d’Orléans, elle n’avait aucun droit et enfin, faire libérer Charles d’Orléans, prisonnier des anglais depuis Azincourt, afin de lui restituer son titre,  on ne peut que rendre hommage à cette immense Dame de France… qui mesurait autour d’un mètre 57, selon les mensurations de son armure !

Bernard d’Orléans

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