La votation des Tessinois « les nôtres d’abord » vu du bout de ma lorgnette

Publié le 27 septembre 2016 - par - 4 commentaires - 581 vues
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Tout d’abord il faut rappeler que la Suisse n’existe pas mais bien la Confédération Helvétique qui réunit sous son Gouvernement Fédéral 26 Républiques indépendantes qui sont aussi les Cantons de cette Confédération. D’où l’indépendance farouchement défendue par chaque Canton.

La démocratie y est directe parce que les citoyens expriment leur volonté au travers de votations dont les thèmes sont abondement discutés, à la télé, en famille ou au bistro. Si le taux de participation aux votes semble bas, cela signifie que ceux qui ne votent pas acceptent les décisions de ceux qui votent.

Il faut aussi savoir que le Tessin est le Canton le plus au sud de la Suisse et du fait qu’il est au sud de la chaîne des Alpes, géographiquement il appartient à l’ambiance méditerranéenne de l’Italie dont il parle la langue.

Le Tessin a toujours été un des Cantons les plus pauvres, à tel point que dans le passé il était normal que les hommes aillent  « travailler dans le bâtiment » dans les Cantons romands ou alémaniques et même émigrent vers les Flandres ou l’Amérique. Plusieurs architectes tessinois ont réalisé des œuvres grandioses jusqu’en Russie. Les femmes et enfants restaient au village pour gérer de maigres petites exploitations agricoles tellement vulnérables que lors de la famine causée par l’explosion du volcan Tambora en Indonésie en 1815, dans le Tessin, des gens sont morts de faim. Il faut lire le livre de Plinio Martini « Le fond du sac ».

Le caractère méditerranéen de la région a attiré de nombreux VIP qui y ont trouvé non seulement des habitation à bon marché mais aussi le soleil et la tranquillité d’un Canton « arriéré »… Le fossé entre les riches « étrangers qui veulent commander » et les pauvres indigènes a contribué au caractère frondeur des Tessinois actuels qui aujourd’hui disent « je suis chez moi et j’y fais ce que je veux»

Le Tessin a été un canton touristique très chic. Aujourd’hui le train direct Venise – Londres de la Belle-Epoque qui s’y arrêtait, n’existe plus et les vacances par avion dans les Seychelles coûtent moins qu’un séjour à Ascona. Les boutiques de luxe de la via Nassa à Lugano sont pulvérisées par les centres commerciaux de grand luxe à Dubai ou Hong Kong et le Tessin doit se réorienter… Il réussit surtout dans les domaines très pointus comme les biotechnologies, la recherche ou les machines à haute technologie. Depuis 1996 il s’est doté d’un pôle universitaire ambitieux qui est en pleine expansion.

Le fossé entre «  l’élite riche » et le « peuple pauvre » se creuse par le fait que chacun a des intérêts contradictoires qui grosso modo sont une question de salaires. Schématiquement les salaires sont misérables pour les Tessinois qui vivent dans une Suisse chère mais sont confortables pour les frontaliers italiens qui vivent dans une Italie moins chère. Donc il y a affluence de main d’œuvre italienne qui accepte même des salaires réduits. En plus les files de frontaliers encombrent les voies de communication et les parkings tout en augmentant la  pollution de l’air. Les accords avec l’UE compliquent tout. Là-dessus se greffent d’autres problèmes. Vu que les prix en Suisse sont plus élevés qu’en Italie, de nombreux Tessinois font leurs courses en Italie ce qui pénalise encore le commerce local.  Le prix du logement haussé à cause de la demande étrangère devient inabordable pour les autochtones. Les hôtels de luxe qui visent la clientèle riche des pays arabes effacent les bâtiments religieux et les croix sur les photos de leurs dépliants publicitaires, défendent le droit de porter la burqa et poussent l’obséquiosité jusqu’à apprendre l’arabe et déposer des tapis de prière dans les chambres.  En plus, depuis quelques années le gouvernement a imposé des requérants d’asile dont personne ne veut et dernièrement la pression migratoire au poste frontière sud de Chiasso inquiète et irrite tout le monde. Le tourisme connaît une autre crise : les touristes qui eux aussi souffrent de la crise générale veulent venir profiter le plus possible de leur séjour en dépensant le moins possible alors que les autochtones veulent le plus de gain possible pour le moins possible d’embarras… Quand des touristes se promènent en voiture pour aller faire un pique-nique au fin fond d’une vallée, non seulement ils encombrent la route, occupent les parkings, polluent, ne laissent pas un centime mais bien souvent abandonnent sur place leurs déchets et même leurs excréments dans les prés qui sont destinés à être fauchés pour faire du foin.

Un des éléments les plus graves c’est le chômage  qui frappe toutes les familles. Malgré les diplômes on ne trouve pas de travail. Le bureau du chômage peut obliger les jeunes à accepter un travail dans un rayon de 200km. Chaque semaine il faut fournir la copie des lettres de recherche d’emploi. Le chômage ne couvre pas les assurances sociales qui sont à la charge du chômeur et l’allocation n’est donnée que pendant 18 mois, après, c’est l’assistance publique. Chaque année, on assiste impuissants à l’augmentation de la cotisation à l’assurance maladie obligatoire. Par-dessus le marché, le 9 février 2014 le peuple suisse a voté massivement la limitation de l’immigration mais le Conseil Fédéral tergiverse au lieu d’appliquer la décision du peuple qui n’est pas content du tout.

Bref il y a un tas de petits éléments qui, pris séparément, semblent dérisoires mais dont la somme produit un raz l’bol considérable.

Dans les années 1990 apparaît Giuliano Bignasca, personnage hautement folklorique, originaire d’un village de montagne, donc, caractère bien trempé, entrepreneur intrépide, apparence anti BCBG, langage fleuri, exubérance explosive à côté de laquelle Trump fait figure d’enfant de chœur. Bignasca se lance tonitruant dans la politique en créant son parti La Lega dei Ticinesi qui recueille tous les mécontentements de la population. Son principal héritage c’est d’avoir libéré le franc parler du peuple qui, excédé, n’hésite plus à plébisciter les propositions de l’UDC, parti fièrement de droite. Ainsi en 2009 le Tessin a voté résolument l’interdiction de construire des minarets et cette année est entrée en application la loi qui interdit la dissimulation du visage autrement dit la loi anti-burqa.

Le succès de la votation « d’abord les nôtres » s’inscrit dans la logique du profond raz’l bol populaire devant les niaiseries buonistes, qu’elles proviennent de droite ou de gauche,  des tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, l’islam est une religion d’amour et de paix, vive l’UE, l’ouverture Schengen des frontières et refugiés welcome  Au contraire le peuple est furieux quand ses gosses sont au chômage alors que chaque matin  62.647 frontaliers  viennent travailler dans le Tessin http://www.gdp.ch/svizzera/ticino-62647-frontalieri-id120473.html et que des allochtones déambulent oisivement, collés à leur Smartphone dernier cri payé par le contribuable dont le fils est au chômage…  Alors il affirme « nein, wir schaffen das nicht ! » et mieux « wir wollen das nicht » autrement dit « prima i nostri ». Les partis de droite sont satisfaits, les partis de gauche, encore une fois, sont perdants. Cependant, il n’est pas impossible que cette votation n’exprime que le sommet de l’iceberg de la colère contre l’UE, Schengen, les accords bilatéraux et surtout le manque d’efficacité du Gouvernement Fédéral à mettre en application la volonté populaire de limiter l’immigration aux besoins réels de l’économie après que les disponibilités des autochtones aient été épuisées.

Anne Lauwaert

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Notifiez de
Myrisa Jones

De Suisse.
Ici aussi, une caste politique déconnectée de la population, magouille à longueur de temps pour ne plus appliquer le résultat de votations populaires qui vont à l’encontre de l’agenda européen prévu de longue date par l’UE: colonisation du territoire par le nombre (grâce aux accords Schengen), contrôle politique et économique total.
L’UE passe son temps à menacer ce petit pays qui fait tache avec sa vieille démocratie et qui doit donc devenir une simple région européenne sous contrôle.
Nos couards de politiciens, par incompétences, idéologies ou intérêt particulier, lui donnent priorité quitte à vendre sa souveraineté.
Seul un effondrement de cette UE nous sauvera.

Anne Lauwaert

avec la différence qu’en Suisse les gens réagissent tandis qu’en France et en Belgique les gens attendent le miracle

Clamp

@ Anne Lauwaert

Oui, mais comme vous le dîtes vous-mêmes, grâce au système de votations directes, ils peuvent le faire.

La démocratie directe est vraiment un axe majeur du combat politique à mener après-guerre. On ne pourra pas recommencer à se laisser enfumer par des profiteurs professionnels de la politique qui ne pensent qu’à leur prébendes et ponctionnent aux contribuables des ressources considérables pour voter des lois qui les détruisent.

esus.

Vous exprimez très bien ce qui se passe dans ce canton; mais ses problèmes sont répercutés dans le monde rural en France comme en europe