L’absence de « sondages sortis des urnes » cache-t-elle une volonté politique ?

Publié le 20 avril 2012 - par - 913 vues
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Une dépêche du Figaro.fr confond deux types de sondages :

http://elections.lefigaro.fr/flash-presidentielle/2012/04/20/97006-20120420FILWWW00473-pas-de-sondages-sorties-des-urnes.php

1. « La Commission des sondages a obtenu des principaux instituts l’engagement de ne pas réaliser dimanche de sondage “sortie des urnes” lors du premier tour de l’élection présidentielle en France, a annoncé aujourd’hui la Commission des sondages, confirmant une information d’Europe1. »

Qu’est-ce qu’un sondage « sorti des urnes » ? Dans un certain nombre de bureaux-tests choisis pour leur représentativité, des sondeurs postés à la sortie des bureaux invitent des votants à « revoter » anonymement dans leurs propres urnes, en espérant qu’ils feraient le même choix que celui qu’ils ont fait dans l’isoloir.

2. « Les neuf principaux instituts (BVA, CSA, Harris interactive, Ifop, Ipsos, LH2, OpinionWay, TNS Sofres et Via-voice) se sont également engagés à ne pas communiquer aux médias étrangers qui ont annoncé leur intention de violer la loi française” des estimations qu’ils feraient avant 20h00 “à partir de bureaux tests”. »

Il s’agit là d’une autre méthode, bien qu’on l’appelle également « sondage sorti des urnes ». Dans des bureaux-tests eux aussi choisis pour leur représentativité, des sondeurs vont compter les suffrages dès le début du dépouillement (18 h ou 20 h) pour les 100 premiers bulletins dépouillés officiellement, puis les communiquer à leurs patrons qui en feront la synthèse.

L’article du Figaro précise que « radios et télévisions hexagonaux se sont par ailleurs engagées à tenir secrètes jusqu’à 20h ces estimations. » Il semblerait donc qu’on interdira le type 1 de « sondage sorti des urnes » mais pas le type 2, dont on gardera secret les résultats jusqu’à 20 heures.

« Secret » pour qui ? N’y aura-t-il pas des « fuites » comme chaque année ? Les états-majors politiques feront-ils partie, comme d’habitude, des initiés et n’auront-ils pas auprès d’eux quelques journalistes étrangers prêts au « scoop » ?

Marie-Ève Aubin, présidente de la Commission des sondages, affirme sans rire que « par conséquent, tout chiffre qui circulerait pendant la journée “serait le fruit de rumeurs et de manipulations” ».

Ha bon ? Parce qu’on n’a pas eu de « manipulations » des sondeurs depuis des semaines, et des « rumeurs » journalistiques à foison ?

Je crains que toutes ces précautions oratoires cachent un autre objectif, d’autant plus que les mêmes belles âmes nous expliquent que toute révélation de sondage avant l’heure n’aurait quasiment pas d’influence sur le vote final. Mais je suis sans doute un peu paranoïaque.

Roger HEURTEBISE

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