Laïcité : alors, on engage la lutte ?

Dans ses discours du palais du Latran et de Riyad (comme lors de son voyage en Algérie), le président de la République avait porté atteinte au socle laïque de la République en mêlant ses convictions personnelles et sa fonction présidentielle, en prônant une « laïcité positive » qui n’était rien moins qu’un délitement de la notion de laïcité institutionnalisée par la loi de 1905, en confondant volontairement « racisme » et « critique et peur d’une religion », en instillant « innocemment » la notion de communautarisme dans notre espace sociétal.
Les réactions hostiles à ces dérives tardèrent, mais se nouèrent enfin le 31 janvier dans un communiqué de presse de 40 associations « de défense de la laïcité », puis dans la mise en ligne d’une pétition propulsée par 145 associations au total.
On pouvait légitimement penser que le « grand combat de défense de la laïcité et de la République » était lancé, d’autant qu’il ne manque d’exemples quotidiens qui montrent combien est malmenée la caractéristique laïque de notre société.
On pouvait…
Au 21 / 04 /08, ces 145 associations, « fortes des 150 426 signatures recueillies » (à voir sur : www.appel-laique.org) décidaient de suspendre la collecte mais s’engageaient à rester vigilantes et « à tout mettre en œuvre pour organiser la plus large mobilisation des citoyennes et citoyens ….pour préserver les valeurs communes inscrites dans la Constitution ».
Si l’on manquait de charité, à la lecture de ce dernier communiqué, on pourrait faire remarquer que 150 426 signatures pour 145 associations, c’est pour le moins modeste et, en tout cas, pas de nature à constituer une « large mobilisation » dans un pays de 45 millions d’électeurs dont 71 % se réclament du maintien de la laïcité et du respect de la loi de 1905.
Les responsables et militants de la FSU, de la FCPE, de la CGT, de la LDH, du MRAP, du SGEN, de la Ligue de l’Enseignement, d’ATTAC-France (pour ne prendre que ces exemples significatifs parmi les promoteurs) – qu’on sait actifs et capables de mobiliser- n’ont – semble-t-il – pas fait de cette question une priorité. Il est vrai qu’ils ont dû être gênés aux entournures (pour peu que leur conviction laïque ait été réelle) pour expliquer que la « laïcité ouverte » et/ou la complaisance envers le communautarisme islamique que promeuvent leurs associations n’étaient en rien identiques aux idées exprimées par le chef de l’Etat.
Un communiqué de presse anti-Sarko, une pétition en ligne, ça ne « mange pas de pain » et ça permet d’adopter la posture du bon défenseur de laïcité, la bouche en cul de poule et la main sur le cœur….tout en favorisant le communautarisme islamique au nom du « multiculturel » et le toilettage de la loi de 1905 au nom de la nécessité de construire des mosquées (mais pas des églises, ah ! non, pas ça, ce ne serait pas « laïque »)… tout en prônant la reconnaissance des « diversités » et leur représentation dans les instances élues en tant que telles. Avec de tels « amis », la laïcité n’a pas besoin d’ennemis…et le chef de l’Etat peut préparer la réécriture du préambule de la Constitution sans trembler.
Mais pourquoi faire « la fine bouche » ? J’entends le lecteur s’étonner…Après tout, 145 Associations et Syndicats qui promettent de rester vigilants et de se remobiliser au moindre accroc à l’espace laïque de notre République, ce n’est pas rien !!! Scrogneugneu, Sarko n’a qu’à bien se tenir… « les laïcards … les laïcards sont là …à…à… » !
Justement, puisqu’ils sont « là », ils vont pouvoir agir et tout de suite car le temps presse pour lutter contre tout ce qui porte atteinte à la laïcité et à la loi de 1905 qui l’institutionnalise. Et un programme chargé les attend dont nous pouvons donner ici quelques éléments sans prétendre le moins du monde à l’exhaustivité.
La réécriture du préambule de la Constitution a été confiée à Madame Simone Veil : il s’agira notamment d’y inscrire le principe de « diversité » qui va instaurer la reconnaissance des différences de cultures et de religions et constitutionnaliser le principe des communautés à l’instar des sociétés anglo-saxonne. Alors, on engage la lutte ?
Les pressions de toutes sortes pour imposer une loi particulière à la place de la loi générale se multiplient : accompagnatrices voilées dans les écoles publiques, menus spécifiques dans les restaurants scolaires, salles de prières demandées dans les Cités Universitaire (à Antony, par exemple), horaires « féminins » dans certains lieux publics, refus de la mixité dans les espaces de soins, organisation spécifique du travail dans l’entreprise pour prendre en compte les « besoins religieux » de certains. Le tout sous le regard de l’Union des Organisations Islamiques de France (très influente au sein du Conseil National du Culte Musulman), signataire de la Charte Islamique Européenne qui préconise de demander partout l’application de la loi islamique au lieu et place de la loi générale du pays concerné…Alors, on engage la lutte ?
Il y a 70 000 mariages forcés recensés en France, les mutilations sexuelles comme la « reconstruction de la virginité » sont légion, maintes femmes et jeunes filles sont obligées de se vêtir comme le leur impose « les grands frères » ou les imams, y compris en se voilant entièrement de la tête aux pieds, sans parler de la violence perpétrée à leur encontre…Alors, on engage la lutte ?
Les projets de construction de lieux de culte (essentiellement musulmans, pour le moment…) avec l’aide de l’argent public se multiplient allègrement, ces lieux intégrant souventes fois des écoles coraniques et autres structures « culturelles ». Alors, on engage la lutte ?
La construction politique européenne ( après le traité de Lisbonne) reprend le principe d’un dialogue particulier avec les églises, comme si l’intention était de les réintroduire dans un espace public d’où la loi de 1905 les avait chassées, tout en instillant l’idée que la religion ne doit pas rester dans son espace privé ( On a vu lors des précédentes municipales des interventions directes de prélats de l’église vaticane et d’imams islamiques… comme si la religion devait absorber le politique). Alors, on engage la lutte ?
A « Riposte Laïque » nous sommes depuis de longs mois dans ce combat : d’ailleurs, les Associations de défense de la laïcité devraient abonner leurs adhérents et amis à notre « journal en ligne », il leur donnerait une argumentation rigoureuse et les aiderait à concrétiser leur action de « laïques »…Mais surtout nous sommes dans l’attente d’une vraie mobilisation, sur le terrain, dans les communes, partout où se manifestent les moindres signes d’atteintes à l’organisation et au fonctionnement laïque de notre société…Mais surtout, nous sommes dans le désir d’interpeller les maires, les députés, les sénateurs, les représentants de la République pour exiger d’eux qu’ils respectent rigoureusement la loi de 1905 qui fonde aussi notre République.
Alors, on mobilise et on lutte vraiment ?
Empédoclatès
« du bon usage de la raison »

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