Laïcité : comment le rabbin Bernheim peut-il dire que l’islam n’est pas un problème, en France ?

Des amis m’ont demandé mon point de vue sur la question qui courre depuis les cantonales sur presque toutes les lèvres du petit monde des médias. En d’autres termes, et pour parler clair : est-ce qu’on doit souscrire aux propos des uns et des autres dénonçant l’horrible Marine Lepen. La fille du « borgne » voudrait « ressusciter les années noires des persécutions antisémites des années 40 et leur climat xénophobe ». Elle voudrait ramener les années préparant le saut dans la violence raciste antijuive sans limites du pétainisme soumis au nazisme. En disant les choses, dans les termes de certains médias, MLP voudrait faire, avec les « musulmans », ce que l’extrême droite des années trente voulait faire aux Juifs en France.

Riposte laïque deviendrait –explique-t-on ici ou là-une sorte de « Gringoire ». Le FN serait l’action française et aussi les « camelots du Roi »… Ce qui ne colle pas, dans cet amalgame totalement anachronique, c’est que les manifestations lycéennes et les synagogues ne sont pas attaquées par le FN mais par des éléments dont on nous dit que leur idéologie hautement revendiquée « ne pose aucun problème ». Mais cela n’est surement qu’un fait secondaire, dont il n’y a pas lieu de tenir compte…

Ce qui est le plus surprenant, dans toute cette affaire, ce n’est ni la pensée obligatoire, ni les rappels à l’ordre de cette sorte de « marxisme léninisme stalinisme » du 21ème siècle, je veux parler du bric à brac intellectuel de la doctrine de bazar des Demorand et autres pseudos journalistes. Doit-on être surpris par leur petit jeu manipulateur ? Non, pas vraiment, ce ne sont que des membres de la caste « journalistique », comment pourraient-ils « penser » autrement ? Ils ne pensent pas d’ailleurs, ils causent. Ils sont payés pour ne pas penser, mais pour causer, et plutôt convenablement.
Ils sont même surpayés : pour nous faire avaler des couleuvres, au moyen de « reportages », avec des débats biaisés – avec des débats où un seul point de vue doit triompher, coûte que coûte.

Ce ne sont pas les copétitionnaires du Frère Tarik Ramadan, – dont c’est devenu le métier de mentir pour faire souscrire à la revendication djihadiste avançant par transitions progressives (1), qui nous diront le contraire.
Ce qui est le plus surprenant, pour un homme de bonne foi encore un peu naïf : c’est la déclaration commune, réalisant l’unité de protestation et peut-être d’action des correspondants en France du doctrinaires des Frères musulmans, les leaders UOIF du CFCM, avec des hommes en principe instruits, tels que le Rabbin Gilles Bernheim (2).

Ces hommes de religion réalisent un front unique

Ils dénoncent. Ils pointent un terrible danger : Le succès du Front national montrerait que la France de 2011 n’est pas loin de basculer dans la haine irrationnelle, cette haine des années trente rendant des malheureux étrangers responsables des convulsions de l’économie.
Halte là ! Danger !

Voilà le danger, nous l’affirmons : Le Front national ne doit pas passer !

La loi de 1905 doit être réinterprétée ou modifiée pour permettre au si gentil islam de disposer enfin d’autant de mosquées qu’il en a besoin…
Pour ce front unique de religieux, en France, en 2011, il n’y a pas de « problème de l’islam », c’est une invention de gens malveillants. Il n’y a pas de débat à avoir sur la Laïcité, sinon pour proposer de l’adapter aux besoins spécifiques légitimes de la religion islamique.
Je crois avoir résumé la substance du cri « halte au feu xénophobe ! » lancé par le Rabbin Bernheim et par ses autres collègues en religion.
Si je pouvais lui parler, que lui dirai-je :
Grand Rabbin Bernheim,
Il n’y a pas de problème de l’islam dans notre pays, écrivez-vous ?
Vous croyez sérieusement ce que vous dîtes quand vous prétendez cela ?
Que l’UOIF le prétende, rien que de très logique. Le contraire pourrait légitimement surprendre et inquiéter. Mais que vous, qui présidez une instance qui sait ce qui se passe à Garge les Gonesse, qui n’ignore rien de la vie d’assiégés des Juifs de cette commune de banlieue parisienne, quand chaque samedi ils se retrouvent dans leur synagogue, que votre collègue le sieur Vingt trois, qui connaît la situation chronique d’au moins deux communautés de chrétiens catholiques du midi, eux aussi agressés, insultés et humiliés, à l’occasion de chaque office, eux aussi chaque semaine injuriés et parfois même menacés « d’être brulés dans leur église », mais que vous, vous nous vendiez cette « absence de problèmes liés à l’islam », cela à quelque chose d’indécent.

Cela à comme un goût fade et malsain de discours munichois

Vous vous souvenez, quand le Lord Chamberlain nous affirmait que le brave chancelier Adolphe était un bon bougre, qu’il était un incompris et qu’on ne devait surtout pas s’inquiéter de ce qui n’était que de très mauvaises traductions du « mein Kampf ».
Je ne voudrais pas être trop long. Je ne vais donc vous exposer que deux trois aspects du non-problème de l’islam. Vous me direz ensuite, avec votre subtile dialectique talmudique qui fera peut-être de vous un futur nouveau sage d’Israël, ce que je devrai en penser, si je ne veux pas devenir un affreux « xénophobe ».

L’entreprise et sa périphérie

Vous m’excuserez monsieur le grand Rabbin, si je limite mon propos à ce que je crois connaître un tout petit peu, après quarante huit années de syndicalisme ouvrier.
Un nombre encore important d’entreprises possède un restaurant d’entreprise ou est adhérent à un restaurant interentreprises.
Que constate-t-on dans ces lieux, en principe conviviaux, du fait du non-problème de l’islam ?
Parce que l’islam est un non-problème, des cuisiniers salariés de restaurants d’entrepris refusent de préparer des plats contenant de la viande de porc. Ils opposent à la demande de leur hiérarchie, le fait que s’ils obéissaient à la demande, et respectaient leurs obligations professionnelles, ils deviendraient impurs en préparant ces plats. Non-problème manifeste, n’est-ce pas ? que font les hiérarchies ? Sanctionnent-elles le salarié inobtempérant, Rejetant les obligations communes du contrat de travail?

Que nenni. Les directions respectent scrupuleusement la liberté religieuse du salarié musulman refusant de devenir « impur » ; elles décident que, désormais, on ne fera plus de plats avec de la viande de porc. C’est-y pas beau un non-problème ?
Un non-problème fait ainsi avancer la société. Il la fait progresser, via l’entreprise, vers une forme de cogestion/autogestion. Le seul problème, mais est-ce un problème, c’est que le salarié qui ne devient pas impur lorsqu’il consomme de la viande de porc deviendra comme le fumeur, ce ne sera qu’un toléré, une survivance : il faudra qu’il trouve un lieu où sa liberté de consommateur ne rendra pas impur son collègue ou son voisin musulman.

Un non-problème, l’islam, c’est évident !!

Prétendre le contraire c’est être un malveillant, monsieur le Grand Rabbin, c’est être un extrême droitiste, c’est être de la graine de gibier de potence, c’est être un suppôt de l’ignoble Front National !! Ah mais !!!!

Quand ce n’est pas le cuisinier musulman qui réclame le respect de sa liberté religieuse de ne pas devenir « impur », à cause de son travail, c’est de plus en plus fréquemment le rationnaire qui découvre, depuis ces trois ou quatre dernières années, ce qu’il ignorait jusqu’alors : si l’homme pieux, si l’homme soucieux de sa liberté religieuse musulmane mange à côté d’un consommateur de porc ou dans la même salle de restauration que lui, malheur de malheur, l’homme pieux deviendra impur !!! Eh oui.

Liberté religieuse musulmane oblige, on décidera désormais et définitivement de priver le non-pieux de sa liberté de consommer du porc, en faisant disparaître à la source la cause de désordre public. Désormais, il n’y aura plus de porc dans ce restaurant d’entreprise. Le non-musulman deviendra un demi-musulman par défaut. Plus de problème, n’est-ce pas, monsieur le Grand Rabbin ?
Dorénavant, la liberté du rationnaire non-musulman sera restreinte et confinée à tout ce qui ne rendra pas impur le rationnaire musulman.
Comme vous le voyez, monsieur le grand Rabbin, vous avez eu grand raison de rappeler à l’ordre les vilains xénophobes, en affirmant, avec monseigneur Vingt –trois et avec monsieur le Frère musulman Moussaoui, que c’est du racisme, et du plus intolérable, que de prétendre que l’islam pourrait être objet de discussion, parce qu’il créerait un problème. Quel problème ?

Faire renoncer le peuple français à ses traditions, ce n’est pas un problème, c’est de l’ouverture à ces autres qui exigent que l’on se soumette à leurs dogmes. Pas de problèmes…
Vous me direz peut-être : nous autres Rabbins, avec nos collègues évêques et nos autres collègues clercs de la nouvelle « religion » de l’information islamo compatible et « anti xénophobe »-qui ne veut pas qu’on nous ramène à l’époque de la stigmatisation des malheureux Juifs-qui ne disposaient pas du méchant Israël restauré en tant qu’Etat-nation (de bons Juifs ceux-là)- nous trouvons normal que la religion de l’islam n’ait pas à subir les terribles affres par lesquelles nous sommes passés, -avec le Consulat et l’Empire d’abord, avec la loi de 1905 ensuite.

En clair, La liberté religieuse absolue dont nous avons été privés par les méchantes lois « laïcardes », l’islam, ce brave et pacifique islam, doit en être exempté !!
Si la liberté de l’islam se heurte à la loi, alors, c’est que c’est la loi qui est mauvaise et que c’est elle qui pose problème.
Si l’islam se heurte à la loi, alors c’est que c’est la loi qui est pernicieuse et doit déguerpir.
Je crois avoir résumé votre déclaration, qui rompt radicalement avec les décisions solennelles du Sanhédrin réuni par la République française pour unir obligations religieuses et liberté et obligations citoyennes.

Alain Rubin

1) je pense ici à Martine Aubry, à Alain Juppé, au vert Mamère, ainsi qu’à leur alter égo : l’ex « libre pensée », NPA et tutti quanti.
2) Le Rabbin Bernheim est affligé d’un rival dans la pensée Chamberlain, il s’agit d’un certain Jakubowicz, Président ou ancien Président d’une ancienne vénérable association. Ce personnage agite des dangers imaginaires destinés à camoufler les vrais. A l’en croire, Marine Le Pen menacerait les Juifs. Avec elle, « …Les musulmans auraient pris la place des Juifs ».
Mon grand père était un Juif orthodoxe, très proche du hassidisme. Il transmettra à son fils l’hébreu, l’araméen et la Torah. A quatorze ans, mon père ira à Strasbourg, y passant toute une année, pour étudier à la « Yéshivah de France ». Jamais, mon grand-père n’ira demander qu’à la cantine de l’école communale, fréquentée par son fils, on ne serve que des repas kasher. Mon père portait un béret, comme les autres écoliers, pas une kippa. Jamais il ne lui serait venu l’idée, -ainsi qu’à ses copains et aux parents Juifs orthodoxes ayant supporté les pogromes plutôt que renoncer à être eux-mêmes, de réclamer la prohibition du porc dans les cantines scolaires de la République.
Simple soldat de l’armée française, futur prisonnier de guerre, futur plusieurs fois évadé de stalag, futur sous-officier de l’armée française, ancien combattant décoré, Juif observant, Juif orthodoxe, président de synagogue pendant plus de trente ans, mon oncle Salomon ne réclamera jamais un repas différent de celui des autres soldats de son régiment d’infanterie basé à Nevers. Il mangeait comme les autres. Il se voulait devenu français, comme les autres, même si cela comportait quelques entorses passagères à la « halakha » qui représentait pour lui plus de trois millénaires de continuité morale et institutionnelle du peuple juif.
Si les casquettiers juifs, si les tailleurs juifs, si les acteurs et les cinéastes juifs, si Léon Blum, si Charles Rappoport, si Mandel, si Souvarine, si les milliers de jeunes Juifs engagés dans les brigades internationales, subissaient les attaques les plus viles, ce n’était pas parce qu’ils exigeaient que les Français devinssent juifs et conforment leurs mœurs quotidiennes à la halakha.
La comparaison du susnommé Jakubowicz est dénuée de toute bonne foi. C’est un pur procédé polémique, sans rapport aucun avec la réalité ; c’est un amalgame qu’on pourrait qualifier à juste titre de stalinien, si l’individu en question avait de quelconques convictions, liées peu ou prou aux mésaventures de la révolution russe. J’observe que Jakubowicz n’est pas seul à donner dans ce genre d’amalgame. Dans le dernier numéro de « respublica », une « universitaire », une certaine Catherine Kintzler, donne dans le même genre. Elle y tente, laborieusement, d’expliquer que « la laïcité a été offerte en cadeau au Front national », et dénonce le fait qu’on oscille aujourd’hui entre un une « laïcité énuclée et un ultra-laïcisme liberticide »…
La nature -dit-on- a horreur du vide. Mais quand le vide se prend pour le plein… quand le vide de la lâcheté se camoufle, on peut en attendre le pire.

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