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L’Amérique de Trump : entre Nation & Empire, de Paul Gottfried

Hier, Donald Trump a donné en Géorgie son premier meeting public depuis le 2 novembre, meeting dit de la Victoire. Car l’élection de Biden, chantée et louée comme certaine sur tous les grands médias, est loin d’être assurée. Une chose est sûre : au-delà des péripéties électorales et des fraudes probables que laisse supposer un recours massif au vote par correspondance, le score de Trump en a surpris plus d’un. Avec plus de 74 millions de voix, Trump a rassemblé plus d’électeurs qu’aucun président sortant, et qu’aucun candidat républicain dans l’histoire américaine. Le tout en essuyant une hostilité haineuse et sans faille de presque tous les grands médias, du monde du show-business et du divertissement, du monde de la finance, bref de tout ce qui compte dans le pays. Loin d’être un épiphénomène, ou un accident de l’Histoire, Trump et sa doctrine sont désormais clairement et durablement ancrés dans l’histoire des États-Unis. Et ce n’est pas sans raison.

Loin de gloser sur le personnage, la faconde, les outrances du président, le livre de Paul Gottfried pose une réflexion en profondeur sur les ressorts intellectuels, politiques, économiques et sociaux qui font le succès du trumpisme. Réflexion qu’à ma connaissance, personne avant lui n’avait menée, pour la simple et bonne raison qu’on ne veut prêter au phénomène Trump aucune légitimité autre que son orgueil et son narcissisme personnels. Or, l’ancrage désormais avéré de Trump dans une bonne partie de l’opinion américaine est une forme de réaction populaire à une évolution très forte de la pensée conservatrice durant ces deux dernières décennies, et à une stratégie mondiale dont beaucoup commencent à douter. Les Républicains, tendance GW Bush, sont devenus « wilsoniens », avec leur doctrine mondialiste de diffusion de la démocratie sur toute la planète, au son des canons.

Certes, la démocratie sert souvent de paravent à une colonisation des peuples que l’on prétend libérer, et la politique de Bush n’a pas échappé à cette critique. Pourquoi donc Trump, qui a mis un terme à la totalité des interventions américaines à travers le monde, ne se voit-il pas couvert d’éloges pour cela ? Alors qu’Obama avait, lui, reçu le prix Nobel de la Paix, tandis que ses armées sévissaient sur huit terrains de combats ? Tout simplement parce que Trump privilégie le sauvetage de la Nation USA, grandement mise en danger par l’expansion de l’Empire USA. Il arrive aujourd’hui aux Etats-Unis ce qui arriva jadis à la péninsule italienne, de plus en plus appauvrie au fur et à mesure que l’Empire Romain s’étendait. À force de se répandre à travers le monde, à force de se tourner vers l’extérieur, de s’ancrer sur d’autres continents, les élites financières américaines ont laissé leur pays et leur peuple en déshérence. Le trumpisme, c’est le combat de la Nation Usa pour ne pas mourir d’être devenue cet Empire mondial et mondialiste au service de ses seules élites. Le livre de Gottfried explique cela par le détail, dans un style clair, simple et nerveux. Il nous dévoile les coulisses des querelles idéologiques et politiques qui traversent depuis de nombreuses années le Parti Républicain. Il nous explique d’où vient le trumpisme, pourquoi il connaît un tel succès, et pourquoi Trump incarne, aux yeux de beaucoup d’Américains, le renouveau de leur pays. À lire absolument.

Olivier Piacentini