L’Angola se relèvera-t-elle de la guerre civile ?

Publié le 5 août 2017 - par - 6 commentaires

27 ans de guerre civile, de meurtres, de viols ne peuvent s’effacer en un jour. Alors que les Portugais avaient fui depuis longtemps, les Angolais se sont disputés le contrôle du pays pendant encore presque trente ans, empêchant la population (plus de 24 millions d’habitants en 2014) de ce pays, riche de son pétrole et de ses diamants, de regoûter, enfin, à une paix démocratique. Le pays est tenu par un vieux « libérateur », et son clan…

La richesse pétrolière angolaise se concentre dans une province enclavée,  Cabinda, hors de l’Angola ! C’est pourquoi le gouvernement de Luanda envoie régulièrement ses troupes pour garder l’enclave angolaise. Qu’importe si le Cabinda, enclavé dans la République Démocratique du Congo (RDC), n’a aucune frontière avec l’Angola, Luanda impose sa tutelle, quitte à en exterminer tous les habitants.

Le président angolais, Jose Eduardo dos Santos, est un chef du MPLA, un « libérateur » du pays. Il s’accroche au pouvoir depuis 1979, ca qui en fait le deuxième chef d’Etat le plus âgé du continent. On peut lui accorder, d’une certaine manière, le crédit d’avoir su gérer la transition du socialisme vers l’économie de marché. Mais il reste un de ces dictateurs africains, accaparant pour lui, sa famille et son clan, toutes les richesses du pays.

La nouvelle constitution de 2010 est taillée sur-mesure. On a carrément supprimé l’élection du président. Le candidat du plus grand parti parlementaire prend la présidence, automatiquement. C’est pratique, il n’y a plus de conflits avec le Parlement. Le vieux président a placé sa fille, Isabel, à la tête de la société pétrolière d’État (Sonangol). Depuis 2017, Isabel est aussi, bien entendu, l’actionnaire majoritaire de la BFA, la plus grande banque du pays. La fille du président est riche à milliards en kwanzas, la monnaie locale, mais surtout en dollars, en euros et en francs suisses sur les comptes offshores du clan dos Santos…

Évidemment, les dos Santos contrôlent tous les médias, surtout la radio qui a une influence majeure en Afrique. Les médias sociaux et internet sont en cours de reprise en main. Ils étaient les derniers endroits où l’on pouvait critiquer le gouvernement. Dans un pays où l’on vit, en moyenne, 50 ans (53 ans pour les femmes), le délit d’opinion peut faire chuter tragiquement les statistiques.

Le royaume de Kongo s’est formé, dans le nord, au début du 14e siècle, les Portugais sont arrivés tôt, en 1483. Mais ce fut pour pratiquer la traite d’esclaves, qui partaient défricher les terres d’Amazonie. Entre le XVIIe et XVIIIe siècle, l’Angola est la base de départ du commerce d’esclaves vers le Brésil. Les volontés d’indépendance apparaissent à la fin du 19e siècle, mais c’est bien la guerre froide qui les organise. La guerre d’indépendance éclate au début des années 60, attisée par l’URSS. Les soldats cubains sont très présents dans les maquis. L’Afrique du Sud intervient également, envoie des soldats pour soutenir le pouvoir colonial portugais. Mais le Portugal connaît lui-même la corruption des idées révolutionnaires ; la révolution des œillets à Lisbonne, en 1974, donne, de facto, l’indépendance aux Angolais. Les colons portugais ont connu les affres d’une guerre d’indépendance extraordinairement cruelle, étonnante dans un pays officiellement chrétien. Effrayés, les Portugais partent dès l’année suivante, sans se retourner, laissant les Angolais se débrouiller. Aucune transition démocratique n’est organisée. C’est le drame de l’Angola.

Le MPLA prend le contrôle militaire de Luanda et se proclame, unilatéralement, gouvernement de la république d’Angola. Les mouvements d’indépendance rivaux, l’Unita et le FNLA continuent la lutte contre le MPLA depuis la province du Huambo. La guerre civile va donc durer presque trente ans, atroces. En 1987, les militaires sud-africains entrent dans le sud-est du pays, poursuivant les éléments de l’ANC qui y ont leur base arrière. En 2002, le leader historique de l’Unita, Jonas Savimbi, est tué au combat, ce qui élimine un grand rival pour dos Santos. Mais il reste encore à organiser la démobilisation des troupes de l’Unita, qui crèvent de faim dans des camps, menaçant le processus de paix, car ils ont encore des armes. Un demi-million d’Angolais, souffre, cette année-là, de la famine, héritage de la guerre civile.

Pourtant, le pays est riche de son pétrole, comme de ses diamants. De nombreux immigrants illégaux viennent exploiter des mines clandestines. En avril 2004, des centaines de milliers de mineurs illégaux sont expulsés du pays, ce qui provoque des incidents diplomatiques avec les pays voisins, notamment le Congo. En 2005, un mal plus terrible encore qu’Ebola, le virus de Marburg, touche le nord du pays. Plusieurs centaines de personnes en meurent, personne n’en parle.

Des signes d’apparente détente commencent à apparaître : le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, visite l’Angola en 2005, mais c’est pour mieux renforcer le contrôle économique des Chinois sur le pays ; le pape Benoît XVI célèbre une messe devant plus d’un million de personnes, à Luanda, en 2009.
En janvier 2010, l’Angola accueille même la Coupe des nations africaines, l’événement sportif le plus populaire du continent. L’équipe de football du Togo est attaquée par des militants séparatistes du Cabinda, mais qu’importe, pourvu que le peuple ait l’ivresse du pain et des jeux. La même année, des mineurs chinois sont attaqués. C’est, apparemment, un acte des séparatistes du Front pour la Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC). Mais, peut-on exclure un acte de rejet envers ces Chinois qui achètent tout en Afrique, y détiennent, peu à peu, tous les commerces, prennent le travail des Angolais et se soucient peu de parler le portugais, l’umbundu, le kimbundu, le kikongo ou aucune des langues de ces peuples africains qu”ils méprisent ?

En prévision des élections législatives de septembre 2011, le président dos Santos s’assure de sa victoire, envoyant plus de 20 000 féroces supporters dans la rue pour intimider les opposants. Cela paie, le MPLA gagne une victoire confortable. Encouragé, le clan dos Santos annonce maintenant de prochaines élections présidentielles pour après 2017. Le président dos Santos et les siens les remporteront, bien sûr.

Sinon la guerre reprendra.

William Kergroach 

https://williamkergroach.blogspot.fr/

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Notifiez de
Rosa ire

Très bonne synthèse.
En Angola comme ailleurs, on rencontre toujours les mêmes problèmes ! Les Chinois sont effectivement les néocolonialistes et pillent l’Afrique. Les Bouteldja, Obono, Ndiaye, Diallo… n’ont curieusement rien à dire ! Elles réservent toute leur colère et leur haine vis à vis de la France, les ingrates ! Mais pour ce qui concerne leur pays d’origine et les néocolonialistes, rien à foutre, rien à dire ! Ce qui nous les rend encore plus horribles, ces mégères…

dufaitrez

Angola ?
Angola Mer quelle ?

Sniper83

On s’en fout de l’Angola il y a déjà assez de merde chez nous et en Europe !!! que chacun balaie devant sa porte !!!

Le Nigerian

Je soutiendrai jusqu’à la fin de mes jours que les prises des indépendances Africaines sous l’instigation du communisme maléfique a été précoce et criminelle pour le destin de nous Africains

Yves ESSYLU

tout a fait vrai, il suffit de voir les exemples caricaturaux de l’Afrique du Sud et du Zimbawé

wika

Moi je ne m’en fous pas, de l’Angola, parce que c’est à cause de pays comme ceux-là que l’invasion migratoire en Europe ne faiblit pas.
Je suis d’accord avec votre commentaire lucide @Le Nigérian.
Merci monsieur Kergroach pour cet article extrêmement intéressant

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