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L’Arizona va utiliser le Zyklon B pour l’exécution des condamnés à mort

Selon cet article du 28 mai du Guardian, l’Etat de l’Arizona se prépare à exécuter des condamnés à mort en utilisant du cyanure d’hydrogène, gaz autrement connu sous le nom de Zyklon B. Une décision qui relance une nouvelle fois le débat sur la peine de mort dans l’ensemble des Etats-Unis

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Au cours des derniers mois, l’Arizona a pris des mesures volontaristes pour rénover son système d’exécution devenu obsolète au fil des ans.

La peine de mort avait été suspendue en Arizona pendant sept ans après l’injection létale monstrueusement bâclée de Joseph Wood en 2014.

Wood avait été reconnu coupable du meurtre le 7 août 1989 de sa petite amie Debra Dietz et de son père, Eugene Dietz, ainsi que de voies de fait graves contre un agent de police.

Les informations du Guardian, basées sur des documents publics, montrent que les responsables ont déployé des efforts considérables pour remettre en fonctionnement la chambre à gaz de l’ASPC-Florence. Une série de tests a été menée en août dernier pour évaluer son « bon » fonctionnement.

En mars 1999, Walter LaGrand était exécuté dans la chambre à gaz de l’ASPC-Florence. C’est à ce jour la dernière personne aux États-Unis à avoir été exécutée par ce moyen. Walter LaGrand et son frère Karl, ressortissants allemands, avaient été condamnés à mort pour le braquage à main armée d’une banque en 1982, braquage au cours duquel le directeur avait été tué et une jeune cliente gravement blessée, la laissant handicapée à vie.

Un journal local, le Tucson Citizen, a publié un témoignage oculaire de l’exécution de Walter LaGrand, selon lequel le condamné a étouffé pendant 18 minutes avant de mourir, alors que la durée « standard » ne doit pas excéder 10 mn. La chambre de l’ASPC-Florence était manifestement « à bout de souffle ».

L’Arizona laisse aux condamnés le choix entre l’injection létale et la chambre à gaz. Karl avait pour sa part choisi l’injection : le produit létal étant précédé d’un sédatif puissant, le condamné « ne se voit pas mourir ».

Les détenus qui choisissent la chambre à gaz sont attachés sur une chaise située au centre du dispositif. Des leviers sont ensuite manœuvrés depuis l’extérieur pour verser le cyanure de sodium dans une cuve d’acide sulfurique placé sous la chaise du condamné, libérant dans l’air le cyanure d’hydrogène mortel.

Une fois le prisonnier mort, le gaz est neutralisé avec de l’ammoniac
jusqu’à ce que la chambre devienne accessible en toute sécurité.

Le protocole d’exécution indique que : « Par mesure de précaution, il est recommandé que l’équipe qui retire le corps porte des masques à gaz et des gants en caoutchouc et que les cheveux du détenu décédé soient ébouriffés afin de permettre aux résidus de gaz piégés de se disperser »

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Les délicates difficultés techniques mentionnées par le Guardian dans l’utilisation d’une chambre à gaz pour un seul condamné à mort corroborent les observations déjà consignées dans A Technical Report on the Execution Gas Chamber at Mississippi State Penitentiary, Parchman, Mississippi :

« Au terme de l’exécution d’un homme par cyanure d’hydrogène, il est extrêmement difficile de chasser les molécules résiduelles [de ce gaz] car celles-ci se sont incrustées dans la peau, la graisse et les humeurs : on ne peut ni chauffer ni battre le cadavre pour en chasser le gaz. On a besoin, dans ce dernier cas, d’instruments particuliers et d’une procédure spéciale »

« Le médecin et ses deux aides qui vont pénétrer dans la chambre à gaz où se trouve le cadavre doivent d’abord attendre que des ventilateurs orientables et un système d’aspiration puissant balaient et expulsent le gaz. Ce gaz est expulsé vers un barboteur où il est neutralisé, au moins partiellement »

« Après une assez longue attente, ce médecin et ses deux aides, munis de masques à gaz, de tabliers et de gants de caoutchouc, doivent décontaminer le cadavre et ses vêtements. Le médecin commence par secouer la chevelure du cadavre, puis les deux aides vont laver le cadavre à grande eau, jusque dans ses ouvertures naturelles, sans oublier le pli des bras et des jambes »

« Aujourd’hui encore, le problème n° 1 des chambres à gaz américaines reste celui de l’étanchéité. Il faut savoir que l’acide cyanhydrique [solution aqueuse du cyanure d’hydrogène] présente la particularité de ronger jusqu’aux joints d’étanchéité. Après chaque exécution, il est d’usage de changer tous ces joints en vue d’une nouvelle exécution ou d’un nouvel essai »

« S’il suffit de quelques milligrammes de cyanure pour tuer un homme, il faut, en réalité, jusqu’à une ou deux livres de cyanure dans une chambre à gaz [pour un seul condamné] car tout l’espace de la chambre doit être rempli du gaz mortel, ce qui complique l’opération d’évacuation de quantités si importantes »

« L’habitacle doit être fait d’acier et, pour les vitres, de verre Herculite, avec un dispositif pour empêcher la formation de buée »

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Une chambre à gaz américaine, pour un seul condamné :

La chambre à gaz d’Auschwitz et sa porte en bois, pour plusieurs centaines de condamnés :

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Abraham Bomba, un témoin-clé du film Shoah de Claude Lanzmann, précise (vidéo ci-dessous) qu’à Treblinka, la chambre à gaz pour femmes était une pièce de 4m sur 4m, et que 60 à 70 femmes y étaient gazées en cinq minutes. Les SonderKommandos pénétraient alors immédiatement dans la chambre, et en deux minutes en extrayaient les 60 à 70 cadavres et faisaient rentrer le groupe suivant de condamnées – toujours au nombre de 60 à 70 – pour un nouveau gazage :

 

Henri Dubost