L’armée égyptienne lâche Moubarak, pour le meilleur, ou pour le pire ?

Les militaires viennent de destituer Hosni Moubarak  pour reprendre le contrôle d’une  situation qui devenait dangereuse  pour  la sécurité intérieure et la stabilité du pays, après  les manifestations  historiques  de tout un peuple révolté, après 30 ans d’un pouvoir sans partage, ce, avec l’appui des pays occidentaux  , qui ont toujours considéré  cette région  du Monde, comme étant stratégique pour leurs intérêts vitaux.

La presse occidentale et les réactions des grandes puissances, après la démission de Moubarak, accompagnent la révolution des masses égyptiennes avec  espoir et inquiétude, sans savoir ce qu’il va se passer dans cette période de transition incertaine et des  plus périlleuse.

Nous avons vu manifester  côte à côte, des laïcs, des chrétiens, des musulmans, et la jeunesse de la bourgeoisie cairote, dont les aspirations  sont de facto antagonistes et  pourraient conduire dans les mois qui viennent à des réveils douloureux  pour le peuple égyptien.

Ces forces opposées se sont unies  pour renverser un régime corrompu incarné  par un despote Hosni Moubarak, qui s’est enrichi  au détriment de ses citoyens.  La fortune de Moubarak s’élèverait  à 70 milliards de dollars US, selon des experts du Moyen Orient.

La misère, l’effondrement du pouvoir d’achat,  la paupérisation de la classe moyenne, la confiscation des libertés, la torture,  l’emprisonnement des opposants ont été les raisons essentielles de la révolte de ce peuple.

Néanmoins, Il ne faudrait pas oublier que la religion principale en Egypte est l’islam.

L’aspiration des égyptiens à l’instauration d’une véritable démocratie ne se fera pas sans problème car pour moi l’islam n’est pas compatible avec la démocratie et nous voyons lors des manifestations l’emprise des religieux. Regardez les images des manifestants à genoux lors des prières pour vous en persuader.

Pour s’en convaincre, il suffit de s’en remettre aux réactions des mouvements extrémistes de cette région explosive :

Les Frères musulmans de Jordanie: « Le départ de Moubarak est intervenu grâce à la volonté du grand peuple égyptien et est le résultat de l’injustice et de la corruption ». « Ce départ doit être une leçon pour beaucoup de régimes arabes qui suivent les mêmes méthodes contre leurs peuples » (Déclaration à l’AFP du porte-parole de la confrérie, Jamil Abou Bakr).

Le Hezbollah libanais: « Le Hezbollah félicite le grand peuple d’Egypte pour cette victoire historique et honorable, résultat direct de leur révolution pionnière ». « C’est l’unité du peuple pendant cette révolution, femmes et hommes, enfants et adultes, qui a marqué le triomphe du sang sur l’épée ». « Le Hezbollah est empli de fierté devant les réalisations de la révolution égyptienne ». Le mouvement a annoncé qu’il organisait « des célébrations populaires massives pour marquer la victoire du peuple égyptien » et appelé les Libanais à se rassembler sur une rue principale de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. (Communiqué)
Le Qatar a déclaré « respecter la volonté et le choix du peuple égyptien ». « Le transfert du pouvoir au conseil suprême des forces armées est un pas positif important sur la voie de la réalisation des aspirations du peuple égyptien ».  « Le Qatar exprime son respect pour la volonté du peuple égyptien et ses choix ». (Communiqué du palais de l’émir)

L’Iran : « Ce que la grande nation égyptienne a obtenu, par sa volonté, malgré la résistance (…) des responsables qui dépendaient des grandes puissances, est une grande victoire ». « Nous espérons qu’en continuant sur ce chemin, toutes les demandes historiques des Egyptiens seront réalisées », (déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Ramin Mehmanparast, à la chaîne de télévision iranienne arabophone Al-Alam).

Contrairement aux réactions des Occidentaux  qui demandent une transition pacifique et l’organisation d’élections libres et transparentes , il est à craindre que  ces élections  soient l’occasion pour les frères musulmans, principale force d’opposition au régime actuel, de s’installer durablement dans le paysage politique et d’instaurer un régime islamique, comme en Iran.

Les frères musulmans n’ont jamais abandonné leur dessein d’imposer dans leur pays un islam rigoriste, bien qu’ils aient changé depuis quelques temps leur image pour ne pas effrayer les égyptiens et prendre le pouvoir sans trop de violence.

En novembre 2007, les frères musulmans avaient décrété  tout de même que les coptes et les femmes n’étaient pas assez qualifiés pour être Président de la République.

Le mouvement des frères musulmans est une organisation panislamique, qui a des ramifications dans la plupart des pays à majorité musulmane, ainsi que dans de nombreux pays à minorité musulmane (l’UOIF en France par exemple). Ils sont présents  en Algérie, en Arabie Saoudite, en  Irak,  en  Jordanie, en Palestine, en Syrie.

La crédulité des occidentaux est déconcertante et nous prouve, qu’ils n’ont pas conscience des événements  qui se produisent dans le Monde arabe et  qui pourraient provoquer à terme le choc de civilisation (thèse défendue par Samuel Huntington), si ces mouvements extrémistes religieux venaient à  se substituer aux oligarchies soutenues actuellement par les pays développés.

Pour se faire une idée des embûches que l’Egypte devra surmonter pour imposer une réelle démocratie, il est essentiel de rappeler quelles sont les conditions des femmes de nos jours en Egypte.

La place de la femme égyptienne, au sein de toutes les dynasties qui ont régné, a toujours été celle d’une procréatrice, donnant naissance à des demi-dieux pour les besoins pharaoniques de leur époux.

Sans réelle place dans la société égyptienne, elle n’avait pour mission que de donner naissance à la descendance directe du Pharaon. S’il lui était impossible d’honorer ce rôle, il était transmis à une autre femme, de la famille royale, choisie par l’époux. Des millénaires ont passé, mais le fardeau d’une telle démesure n’a-t-il pas laissé quelques traces dans la conscience collective d’un pays à la lourde et flamboyante histoire ?

En tout état de cause, la condition humaine et le respect de ses droits n’est pas encore la priorité dans l’esprit des gouvernements successifs jusqu’ à  la chute de Moubarak. Un peu comme si les élus naviguaient encore entre ciel et terre et qu’ils considéraient les êtres humains de haut et sans trop de compassion. Des sortes d’esclaves tenus au silence et au service du pouvoir en place, fut-il divin ou pas !

La pratique barbare de l’excision, plus connue sous le terme de Mutilation Génitale Féminine est une réalité aberrante et barbare. L’Egypte compte parmi les pays où cette tradition fait le plus de victimes au monde. Le nombre de femmes circoncises est alarmant.

Il faut savoir également que le pays s’est réislamisé, et les égyptiens sont plus nombreux qu’il y a trente ans, à observer le jeûne du Ramadan et les filles à porter le voile. Pour  que les femmes  puissent se soustraire à ces pratiques archaïques,  il faudrait que le pays se démocratise et ce n’est pas  gagné d’avance, tant les résistances des islamistes seront grandes pour accepter une réelle émancipation de la femme musulmane.

Bien que la confrérie soit traversée par des courants divers (« libéraux » ou tendance salafiste) rien ne dit que cela ne sera pas la tendance radicale qui prendra le dessus pour imposer sa ligne politique dure et intransigeante.

Si des élections libres étaient organisées en Egypte Les frères musulmans feraient entre  30 et 40% des voix ce qui augure mal d’une ouverture du pays à une véritable démocratie à l’occidentale.

Ce qui sortira de cette révolution surprenante et complexe, personne ne peut y répondre, mais elle  pourrait déboucher sur  une  autre dictature oh combien plus dévastatrice, l’arrivée au pouvoir des islamistes et l’instauration de la Charia avec tous ses préceptes et ses pratiques ancestrales. Nul ne le sait,  mais, nul ne peut prétendre que le danger n’existe pas en Egypte.

La seule inconnue reste l’armée, soutenue financièrement par les Etats Unis et garante du traité de paix signé en 1979 avec Israël.  Comment va-t-elle gérer cette transition ? Ira –t–elle jusqu’au bout du processus de démocratisation du Pays ?

La chute de Moubarak, bien qu’elle soit légitime pour le peuple égyptien, ne lui ouvre pas pour autant les portes de la liberté et de la démocratie.

Le pays est à reconstruire et  les incertitudes demeurent sur l’issue de cette révolution pour le moment pacifique.

En effet  la situation économique et sociale de l’Egypte est très difficile, elle est sortie de la misère pour rentrer dans la pauvreté.

Le revenu mensuel par famille va de 300 livres égyptiennes , à 3 000 livres (1), à 30.000 livres, à 300.000 livres, à 3.000.000 livres et à 30.000.000 par mois. Il y a des gens qui touchent 300 livres par mois et qui doivent vivre avec ça! Ce décalage entre une population excessivement riche et une autre excessivement pauvre, n’avait pas déclenché   de révolte  jusqu’à ces derniers jours, parce que le peuple Egyptien semblait  résigné par nature, excepté pour une toute petite minorité d’intellectuels de gauche ou alors d’extrémistes islamistes qui vont vouloir  récupérer l’insatisfaction générale au profit de leur slogan et de leur idéologie.

Les prochains mois seront déterminants et pourraient encore nous révéler des surprises.

Toute révolution ne mène pas forcément à la libération d’un peuple, elle peut lui être confisquée, sans qu’il puisse en comprendre la portée et les conséquences pour son avenir.

Fabrice LETAILLEUR

Voir son blog :

http://lebloglaicdechamps.over-blog.com/

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