L’article 13 de la loi orwellienne, on s’en fout sauf s’il nous protège

Quoi que l’on fasse désormais, la machine technologique a pris une telle vitesse qu’il sera illusoire, sauf holocauste de taille planétaire, de prétendre en ralentir la trajectoire. Lorsque l’on a admis cela, il est possible de se sentir mieux.

Voir à travers les murs. Je me souviens d’expériences concluant, il y a une dizaine d’années, à la faisabilité de la chose. Le silence retombé sur ces recherches-là signifie simplement que l’on continue à travailler, mais avec le souci de ne pas traumatiser davantage des opinions publiques en alerte permanente sinon déjà tombées dans la déprime. Fraternelle attention de la part de nos maîtres.

Une minorité de gens possède chaque jour un peu plus les moyens de dominer la majorité dont l’odeur agresse de plus en plus ses narines faites pour le grand air du large, l’espace vital maximum et son maintien en « germ free » garant de sa survie. C’est ainsi, et les pitres pathétiques qui prétendent pouvoir nous garantir la pérennité de nos modestes bonheurs à l’ombre de ces géants ne sont que serpillères étalées à leurs pieds, viande molle réclamant d’être attendrie, néant satisfait de sa propre vacuité.

L’article 13 de la loi-machin sur les grandes oreilles n’est qu’un détail de cette apocalypse laquelle, à la différence de celle de l’Empire austro-hongrois il y a un siècle, est tout sauf joyeuse. Et c’est bien dommage, car je suis persuadé qu’il est possible d’aller au tombeau collectif tout en devisant gaiement sur la permanence des sentiments et l’immortalité des âmes. En attendant cette embellie crépusculaire, je me réjouis tout de même de voir que la lutte contre le terrorisme, donc à plus ou moins court terme contre l’emprise de l’Islam sur l’Occident, est le point central autour duquel s’articule la stratégie de contrôle global et complet des populations comme des individus. Mes opinions, prises de parole et écrits divers étant à mon avis parfaitement honnêtes, justes et dignes d’intérêt, j’accepte donc par avance qu’ils soient colligés, répertoriés et classés dans le cerveau absolu de la chimère censée en faire de la pâtée pour défenseurs des libertés. Au prix d’une intrusion dans l’intimité de ma vie ? Pas de problème. Tope là, Orwell, une vue panoramique de mon plumard contre la liste des cellules dormantes, en France, des Qaradawi, Ramadan, Liogier et autres généraux de la Conquête, je signe. C’est un marché !

Contrôle total, et puis après ? Il restera, sous l’oeil des cameras tout ce que la machine la plus perfectionnée ne pourra jamais vraiment maîtriser et mettre en codes : l’esprit en balade, l’insolence du chuchotement et la force du cri, le sourire devant l’incroyable beauté du monde et, quelque part en lui, le plaisir infini de découvrir sans cesse celle de mon pays. Afin de mieux la défendre. Pour ce qui va être bientôt la conduite à tenir face à la mise aux normes de l’humanité, hors l’humour et la stigmatisation sans répit des imbéciles en charge de l’État, des traîtres postés dans les coins sombres et des larves rampant aux genoux de la puissance, je propose ce sous-titre du « Docteur Folamour » de Kubrick, quand pesait sur nous la menace nucléaire : « Comment j’ai appris à aimer la bombe et à ne pas m’en faire« .

Alain Dubos

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