Lassalle est à la paysannerie ce que Poutou est aux ouvriers : un boulet

On les retrouve à chaque élection : de Marcel Barbu à Gérard Schivardi, ces candidats « alternatifs » pour les uns, « farfelus » pour les autres, égayent les campagnes présidentielles en les dépoussiérant des pesanteurs obséquieuses et en y apportant cette fraîcheur évoquée ci-dessus.

Le député Jean Lassalle, candidat inattendu à cette élection présidentielle, est sans doute de ceux-là. Joueur de rugby amateur, berger, friand de bonne chère et de « petites cochonnes » (sic), ce gaillard de 1 mètre 90, au fort accent béarnais, ne passe guère inaperçu parmi ses concurrents. Si seulement 1% des sondés le jugent convaincant, la majorité des téléspectateurs lui reconnaît la bonhommie, le franc-parler et l’honnêteté, caractéristiques des hommes du terroir.

C’est qu’à soixante-et-un ans, le vieux berger des Pyrénées est encore débordant d’énergie. Celui qui se dit « fils de berger, frère de berger et berger lui-même » avouait ne pas avoir préparé le débat. La spontanéité semble être le fil conducteur de cet homme qui dit avoir eu affaire « à des ours et des loups » et pouvoir à ce titre tenir tête à Trump.

Il faut cependant préciser que Lassalle n’est plus berger depuis longtemps. Technicien agricole de profession, il s’est spécialisé dans l’hydraulique et l’aménagement du territoire. Son cabinet de conseil, situé dans les Pyrénées-Atlantiques, compte à ce jour plus d’une dizaine de salariés.

Il est également élu de terrain depuis plus de quarante ans. Plus jeune maire de France en 1977, il devient en 1982 conseiller général, et, en 1988, suppléant et assistant du député RPR Michel Inchauspé, avant de le remplacer à l’Assemblée nationale à partir de 2002.

Durant ses quinze années passées à l’hémicycle, il s’est fait connaître par sa franchise et la force de ses convictions, ainsi que par ses coups d’éclat, comme la grève de la faim qu’il a entamée en 2006 pour protester contre la fermeture d’une usine employant plus de 150 salariés. Il avait alors déjà acquis une certaine notoriété après avoir entonné un chant béarnais en pleine séance des Questions au Gouvernement, interrompant la prise de parole de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur. C’est enfin par son tour de France que Jean Lassalle a acquis son image de proximité. Il a en effet parcouru tous les départements de France entre avril et décembre 2013, afin de « rencontrer les citoyens, écouter leurs griefs et donner la parole aux oubliés ». Peut-être un tel tour de France devrait-il être obligatoire pour toute personne postulant à la présidence de la République ? A méditer.

Bref, voilà un homme authentique, héritier d’un terroir qui aura hélas disparu d’ici un siècle si l’on en juge par les mutations religieuses, démographiques, sociales et politiques futures de notre pays.

Il ne s’agit donc pas ici de critiquer le député Lassalle dont l’honnêteté et l’authenticité sont indiscutables. Et, n’en déplaise aux journalistes de BFM, sa présence aux élections est aussi légitime que celle de Macron, puisqu’il a eu les 500 parrainages nécessaires. Quant aux Parisiens qui moquent son accent béarnais, nous leur dirons zut en cinq lettres. Heureusement que tout le monde n’a pas le ton criard et efféminé des flâneurs de grands boulevards.

Si sa présence est légitime, est-elle pour autant raisonnable ? M. Lassalle sait lui-même qu’il ne sera pas – à moins d’un cataclysme intergalactique – élu pour présider aux destinées de notre pays. A quoi bon se ridiculiser en dépensant temps, moyens et énergie pour un score frôlant le zéro intersidéral ? Si son combat est louable, il aurait meilleur compte de le mener hors du circuit tracé par le Système, au lieu de se donner en spectacle aux parigots de BFM qui pouffent à chacune de ses déclarations.

Avec toute la sympathie que m’a inspiré le personnage, je ne peux m’empêcher de penser qu’il est à la paysannerie ce que Boutin est aux Catholiques et Poutou aux ouvriers : un boulet. Ces personnes sont des clichés ambulants qui font tout pour correspondre trait pour trait à l’image d’Épinal que se font les bobos du paysan, du catho, du prolo… Comme si leur but était de discréditer au mieux la cause qu’ils disent défendre.

D’autant plus que le programme de Lassalle laisse à désirer. C’est en effet à sa personnalité que le député doit son image de sympathie plus qu’à son programme, que l’on pourrait résumer par le truisme « rendre les gens plus humains ». Agriculture, écologie, Service public, civisme, solidarité, proximité… Des mots qui reviennent tels des serpents de mer sans jamais être approfondis. Le tout sur un ton qui fait rire le Tout-Paris. Voilà un homme qu’on aimerait avoir en ami ou en voisin, mais sûrement pas en candidat de sa cause. Pauvres paysans, comme s’il ne leur suffisait pas d’être matraqués par l’Europe et délaissés par l’État, voilà qu’ils sont représentés par un homme qui « se comporte comme un clown », pour reprendre l’expression de Pierre Sautarel qui déplore la présence de J. Lassalle dans cette élection.

Nous lui ferons également grief d’éluder totalement la question de l’immigration et des drames qu’elle entraîne. Au contraire, voilà qu’il assène : « les Français de toujours doivent avoir les mêmes droits que ceux qui sont arrivés cette nuit« . Même angélisme sur l’Europe, une Europe qu’il faut « changer » selon le candidat, sans pour autant qu’il nous dise comment il compte la changer. Son « attachement » au droit du sol participe encore du même aveuglement. Ce berger ignore-t-il qu’un enfant né dans une bergerie n’en devient pas une chèvre pour autant ?

Coup de cœur et coup de gueule, voilà ce qu’inspire Jean Lassalle : homme honnête et affable mais hélas inaudible par son manque volontaire de sérieux et son aveuglement quant aux dangers qui planent sur la France. Un homme qu’on ne peut détester mais à qui l’on souhaitera vivement de retrouver au plus vite ses sens et surtout de mettre ses talents au service de la ruralité autrement qu’en donnant aux bobos parisiens l’image d’un poivrot inculte et bouffon. Monsieur le Député, ressaisissez-vous !

Nicolas Kirkitadze

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19 Commentaires

  1. Je connaissais Jean Lassalle qui avait été invité aux Grosses Têtes du temps de Bouvard et qui faisait plier de rire son auditoire avec son humour bon enfant.
    Mais je suis d’accord avec vous Nicolas, je trouve également qu’il n’a pas sa place dans cette campagne, pas plus que les deux caricatures de gauche que sont Poutou et Arthaud

  2. Allié de Bayrou et d’autres centristes sans repères, cet homme n’a pas sa place à l’assemblée nationale, encore moins comme candidat à l’élysée.
    « Pour faire connaître la situation des petits paysans! », diront certains. Mais il n’est plus paysan depuis longtemps puisqu’il est professionnel de la politique.
    C’est sans doute un « brave homme » pour une majorité de Français, mais il faut se méfier des communautaristes extravertis, de ceux qui jouent « les parapluies de Cherbourg » à l’assemblée, de ces poutou qui racontent n’importe quoi et qui font n’importe quoi. Il doit bien y avoir une association des anciens des chants et du béret dans sa région. Il se recyclera sans difficultés dans la promotion du folklore et de la lanque basque.
    Lui aura sa retraite de député!

  3. Rien à rajouter , Monsieur Kirkitadze , sur le brio avec lequel vous brossez ce portrait de Jean Lassalle .
    Certes , ce monsieur est très bas dans les intentions de vote , mais je suis certaine que cela ne l’ empêche pas de savoir que la Guyane n’ est pas une île , ou que Villeurbanne est située dans le département du Rhône . Pour lui , pas de doute non plus : la Culture Française existe bel et bien .
    Encore bravo .
    ps : mille excuses , mais le mot  » bonhomie  » ne prend qu’ un  » m  » ( contrairement à votre article — errare humanum est —-) . Je le sais depuis que , collégienne , j’ avais été injustement pénalisée pour ………. l’ avoir orthographié correctement !

  4. La gauche n’est-elle pas un boulet pour ceux qui cherchent à s’élever et non à s’aligner par le bas ? Chute du niveau scolaire, dévalorisation de ceux qui travaillent, rétribution de ceux qui préfèrent être assistés, mépris des racines européennes, déclin de notre société et à très court terme de notre civilisation….la liste est longue et significative. De cette France, je n’en veux plus !

  5. **** L’islamo-UMPS Gerard Lambert, par ses commentaires stupides, contribue à prouver que la réincarnation existe : il n’a pas pu devenir aussi con en une seule vie.****

  6. Je l’aime bien Jean Lassale mais ce que vous dites est tout à fait vrai et ce n’est pas parce que l’on aime qu’il ne faut pas voir les défauts. Par contre, félicitations à vous Monsieur Kirkitadze ! Un article « finement » écrit, très agréable à lire avec quelques piques qui sont certes des vérités mais dites toujours avec une certaine retenue bienveillante, ce qui vous honore. Et pour terminer sur Lassale, il faut reconnaître qu’avec son gros blaze l’image du poivrot est vite dans les esprits ! Le pauvre homme ! Boit il au moins ?

  7. Très bonne démonstration de la thèse soutenue : Lasalle est bien un boulet à notre grand regret, et pour la cause paysanne et pour la sauvegarde de notre France. Que dire de plus ? Tout est si admirablement analysé et exprimé.

  8. Dommage pour le sympathique mais o combien pathétique Lassalle de passer pour un bouffon et faire le bonheur de Canteloup sur TF1 … il avait sa place dans un film : »ce n’est pas parcequ’on n’a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule! ». Tintin Dupont-Aignan, boy scout de service privera MLP de quelques pourcentages, comme Taubira a fait chuter Jospin en 2002. Dommage il n’eut pu être pire que Chirac!

    • Lassale en idiot du village. Après tout on a bien eu Sarkozy version De Funes. Et on peut continuer comme ça avec tous. Par exemple Macron en Ugolin et Fillon en Papé Soubeyran. Comedia dell arte…..

  9. Il fait peut être rire le Tout Paris qui se prend pour la crème du monde. Mais il n’est sans doute pas aussi fou qu’il veut s’en donner l’air. M’est avis qu’ il pourrait bien surprendre son monde, à commencer par les Paris-chiens qui se moquent de lui… ?

  10. et vous , vous etes aux idées ce que hanouna est au journalisme. au patriotisme, ce que BHL est a la philosophie, a la connerie ce que Jacques Vabre est au café. vous montez sur vos grands chevaux pour démonter des gens ayant pris la peine et dépensés les efforts necessaire pour etre la ou ils sont. caché derrière un pc a porter des jugements qui puent la frustration et la HAINE. je reviendrai, comme promis le soir du second tour pour vous….remonter le morale et vous donner RDV dans 5 ans « et rebelotte ». le patriotisme qui se base sur le ressenti et les envies a la place du factuel est voué a l’echec. tartuffe INTEGRALE Monsieur

  11. Combien de  » parisiens  » de souche y a-t-l et combien qui arrivant de toutes les régions de France on dû prendre des cours de diction afin de se séparer de leur accent originel afin de plaire dans les salons de bobos ?

  12. Je ne parviens pas à vraiment comprendre cet homme lorsqu’il parle…
    Ce sont ses actes qui parlent, avant tout.
    Donc cet homme est un véritable héro doté de valeurs supérieures, sans aucun doute…
    Il n’est pas un boulet pour le monde paysan, qui nécessite courage, abnégation, force supérieure, et un brin de folie (se mesurer à la finance internationale en cultivant quelques ares ou hectares, sans pesticides, voilà où se situe le véritable héroïsme des temps actuels)

    • Lisez donc la lettre ouverte à Jean Lassalle de son ami Alexis Arette.

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