Laurent Fabius, un ministre étranger aux Affaires

Publié le 20 août 2012 - par - 1 383 vues

A peine Normal 1er est-il monté sur le trône de la République Française qu’il nomme le 16 mai 2012 Laurent Fabius comme ministre d’État afin de récompenser ses efforts pendant la campagne électorale présidentielle. Reste la question de savoir quel  ministère attribuer à ce grand serviteur du parti socialiste. Le choix de Normal 1er est l’objet d’un conciliabule et c’est la mission de représenter la France hors de nos frontières qui est attribuée à Laurent Fabius.

Dès le 17 mai, pour son premier bain médiatique à ce ministère, le ministre, en commentant à Europe 1 le dossier syrien, dossier qui, depuis 14 mois, tenait en haleine les chancelleries, croit bon de faire une première sortie marquante, avec le  ton solennel d’un expert (n’a-t-il pas été le plus jeune Premier Ministre de François Mitterrand ?) en déclarant de façon péremptoire à propos du président Bachar el-Assad : « C’est un assassin, il tue son peuple » Ces propos ont dû étonner les Français, peu habitués à entendre de la bouche d’un diplomate, ministre des Affaires Étrangères de surcroît,  un langage aussi peu diplomatique. Comme s’il était étranger aux Affaires. Comment un homme politique, à la tête du Quai d’Orsay et qui doit conduire et assurer la coordination des relations internationales de son pays auprès de gouvernements étrangers, superviser les négociations diplomatiques et toute démarche internationale au nom de la France, peut-il manquer à ce point de diplomatie, le jour même de sa prise de fonction ? Un peu de mesure et de tact s’impose.

Il est aussi du devoir du ministre de protéger les intérêts de la France à l’étranger. La France a su maintenir des liens étroits avec la Syrie sous de Gaulle et sous Chirac. Mais cette position enviable a été minée par Sarkozy et maintenant par Normal 1er. Le crédit de la France est maintenant au plus bas en Syrie, tout particulièrement au niveau du peuple syrien qui ne comprend pas du tout la politique de la France et de l’Europe à l’égard de son pays.

Le 26 mai 2012, suite aux massacres à Houla qui se sont avérés ensuite commis par la rebellion armée, le ministre étranger aux Affaires a fait imprudemment la  déclaration suivante : « Je condamne les atrocités infligées quotidiennement à son propre peuple par Bachar el Assad et son régime. Avec ces nouveaux crimes, ce régime assassin enfonce encore davantage la Syrie dans l’horreur et menace la stabilité régionale ». Ne pouvait-il pas attendre un peu les conclusions de l’enquête plutôt que de commettre cette erreur ?

Le 29 mai 2012, le ministre étranger aux Affaires décide de renvoyer l’ambassadeur de Syrie : « Cette décision est motivée par le massacre odieux à Houla par les forces syriennes ». Décision prématurée qui s’appuie sur une erreur.

Le ministre étranger aux Affaires récidive le 28/06/2012 en déclarant, lors d’un point de presse : « Aux yeux de son peuple, d’abord, et à ceux de la communauté internationale aujourd’hui, il (Bachar el-Assad)  a perdu toute légitimité ». A-t-il une preuve que le peuple syrien, dans sa majorité, rejette son gouvernement ?

Le 21/07/2012, le ministre étranger aux Affaires fait encore la déclaration suivante : «Quelles que soient ses manœuvres, le régime de Bachar al-Assad est condamné par son propre peuple, qui fait preuve d’un grand courage. Le moment est venu de préparer la transition et le jour d’après ». Comment un ministre de la France peut-il parler au nom du peuple syrien, qui fait preuve, cela dit, d’un grand courage face à des agresseurs multiples ? Sur quoi sa déclaration s’est-elle fondée pour affirmer que Bachar al-Assad est condamné par son propre peuple ? Sur place, on sent bien que le peuple n’approuve pas tout Bachar al-Assad mais ne veut pas d’une irakisation de son pays ni d’un gouvernement islamiste radical. De plus « préparer la transition », donc le changement de régime, est contraire au droit international car c’est une ingérence dans les affaires d’un État souverain, qui plus est membre fondateur de l’ONU.

M. Fabius déclare le 24 juillet 2012 : « Bachar Al-Assad peut utiliser toutes les manœuvres qu’il veut, il finira par tomber ». Un ministre peut-il faire des déclarations sur ce qu’il souhaite lui-même quand il s’agit de la liberté de tout peuple de décider de son sort ?

Le 6 août 2012, commentant la défection de Riad Hijab, M. Fabius déclare : « La défection du Premier ministre syrien illustre la fragilisation du régime de Damas, qui a fait le choix de la violence et perd tous ses soutiens. La France est convaincue que le régime de Bachar El Assad est condamné et que sa fin approche. La multiplication des défections de responsables politiques, de militaires et de diplomates de haut rang est le signe de l’affaiblissement inéluctable du clan au pouvoir en Syrie ». Dans toute situation difficile, il y a des défections. La France a aussi connu les siennes. M.. Fabius devrait mentionner les propositions alléchantes du Qatar pour pousser certains officiels à déserter.

Lors de sa visite récente au camp humanitaire Za’tari en Jordanie, M. Fabius,  commentant l’absence de blessés dans cet hôpital militaire français, déclare : « …tant que Bachar el-Assad continue son œuvre de mort, il y aura des blessés et des refugiés ». Il n’y avait pas de blessés à Za’tari mais les « refugiés » réclamaient des armes en scandant « Allahou akbar ».

Le 17/08/2012, sur Europe 1, à l’heure du laitier, le ministre étranger aux Affaires réitére sa déclaration : « Bachar al-Assad est un assassin ». Mais il confirme que la France respectera l’embargo européen sur les armes pour les rebelles car « ces armes livrées pourraient se retourner contre nous ». Il ne dit cependant rien sur les armes létales livrées aux rebelles par les pays du Golfe (grands importateurs d’armes françaises), le Qatar en tête, au vu et su de la communauté internationale, France comprise.

Enfin, le ministre étranger aux Affaires, après sa visite d’un camp de réfugiés en Turquie, poursuit sa diatribe contre le régime syrien : il mène une « une opération de destruction d’un peuple » « il devait être abattu, et rapidement ». Puis il dresse une potence, une guillotine ou lance une salve de Kalachnikov : « Bachar al-Assad ne mériterait pas d’être sur la terre ». Sans doute souhaite-t-il qu’on réserve à Assad le même sort qu’à Kadhafi qui a été sodomisé puis assassiné par les chantres des Droits de l’Homme, les rebelles libyens amis du philosophe BHL, assoiffés de liberté et qui hurlaient « Allahou akbar » car le sang  de Kadhafi était halal c’est-à-dire qu’il était licite, religieusement, de le tuer.

Le monde a connu des ministres des Affaires Étrangères qui ont fait honneur à la France. Un Couve de Murville, connu pour sa stature et son éloquence, qui a tenu le quai d’Orsay sous le Général de Gaulle pendant huit ans. De même Michel Debré ou  Maurice Schumann sous Pompidou. Hubert Védrine sous Mitterrand. Aucun, même pendant la Guerre froide,  n’a voué les maîtres du Kremlin aux gémonies ni les autres dictateurs qui peuplaient la planète du style Ceausescu, Jaruzelski, Pinochet  etc. … Et pourtant …

Je suis diplomate, je n’utiliserai donc pas les termes de la racaille chers à M. Fabius  comme « Bachar, dégage ! ». Je ne dirai donc pas « Fabius dégage ! ». En Chine, l’apprenti moine balaie la cour du temple pendant de longs mois avant de suivre les cours des maîtres. Je conseillerais à M. Fabius de faire ses gammes avant de jouer du Mozart.

  Bernard DICK

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