Le 14 juillet 1993, la France perdait Léo Ferré… 20 ans plus tard elle a gagné Hollande

Publié le 15 juillet 2013 - par - 1 057 vues
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Il y a des jours comme le 14 juillet où l’on devrait être heureux et n’être qu’heureux.  Après tout, une fête nationale comme la nôtre, avec grand défilé militaire devant une tribune d’honneur digne de feu l’empereur Bokassa, ça brille comme du diamant, ça en jette aux yeux des badauds ébahis.

Ebahis, mais pas tous : ils étaient venus nombreux pour honorer comme il se doit le président des Français, mais pas de tous, loin s’en faut.

On a entendu scander « Hollande dictateur ! », tandis que d’autres conspuaient allègrement le pingouin à grand renfort de « Hou ! » et de coups de sifflet.  C’était jubilatoire, voire jouissif. Une belle occasion de se défouler sur la bête qui lèche les bottes de nos chances pour la France et malmène dans le même temps les gens normaux de l’autre France, la vraie, la seule, celle qui va à l’école, étudie, travaille, se marie, fait des enfants et n’oublie pas, contrairement à d’autres, de les élever,  les éduquer et les préparer à devenir d’honnêtes citoyens.

Ce 14 juillet 2013, le pingouin s’est fait huer.  Il l’a bien cherché.

Dommage que le divertissement n’ait pas duré plus longtemps pour savourer le spectacle d’un président faisant la gueule, debout dans sa limousine !

Je passerai  rapidement sur son interview cocorico-tricolore sur France 2 :

un chef d’oeuvre d’enfumage à l’intention du bon peuple français. L’ennui, c’est qu’à force de parler pour ne rien dire de précis, le père La Boussole finit par perdre le nord, allant jusqu’à affirmer avec force conviction que la reprise est là ! Les commentateurs les plus enclins à le caresser dans le sens du poil en sont restés sans voix.

Heureusement, pour nous sortir en ce 14 juillet 2013 de la médiocrité dont les élites qui nous gouvernent ont imprégné l’atmosphère, il y eut un miracle : sur Arte, en fin d’après-midi, une émission en souvenir d’un 14 juillet 1993 endeuillé : ce jour-là nous quittait Léo Ferré.   Léo et la magie des mots, de la voix, de la musique… Léo Ferré, l’ambassadeur de Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Aragon… Léo Ferré, un grand poète du 20ème siècle.

Ceux qui auront regardé cette émission auront savouré la belle et riche langue française si bien défendue par cet immense artiste.  Ce fut trop bref, hélas. Mais pour « demeurer dans la beauté des choses », comme l’écrivait Aragon dans l’Affiche rouge, j’ai vite éteint le téléviseur et réfléchi à ce que je venais de voir et d’entendre.

Et là, patatras ! Le cœur se serre, c’est tout juste si les yeux ne s’emplissent pas de larmes.  La nostalgie de la Beauté nous envahit, nous submerge. Nous reviennent les images et les paroles tout en vulgarité des Chances pour la France des Arts et des Lettres. Je veux parler des rappeurs.

Quel terrible constat ! La France n’est plus, la langue française non plus. La poésie nous a quittés. Place aux briseurs de rêve, aux casseurs, aux violeurs, aux illettrés cagoulés, aux pillards de cadavres et de blessés.

Léo Ferré, idole de ma jeunesse, tu as bien fait de partir en 1993 : tu échappes à jamais au pitoyable spectacle d’une France livrée aux violences de barbares qui brûlent son drapeau et, non contents de saccager vitrines de magasins et monuments, s’emploient, lorsqu’ils ne s’en prennent pas aux humains, blancs de préférence, à torturer et à tuer notre admirable langue, cette langue dont tu as su admirablement faire chanter les mots.

Si les prisons de France n’étaient pas déjà pleines de ces pitoyables individus et/ou de leurs frères, je crierais à Taubira la phrase de Montherlant dans « La reine morte » :

« En prison ! En prison pour médiocrité ! ».

Eve Sauvagère

 

 

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