25 décembre 1966, libération du commande de Saint-Marc

« Choisissant la discipline, j’ai également choisi de partager avec la nation française la honte d’un abandon ! Et pour ceux, qui, n’ayant pu supporter cette honte, se sont révoltés contre elle, l’histoire dira peut-être que leur crime est moins grand que le nôtre… »

(Déclaration du général de Pouilly, lors du procès des généraux Challe et Zeller).

 

Depuis  quelques années, les laïcards forcenés – souvent « fils de la veuve » – s’en prennent à nos symboles religieux, font la guerre aux statues de saints ou calvaires qui « offensent leurs yeux de laïcs » dans l’espace public et, dès qu’arrive Noël, partent à la chasse aux crèches de Noël.

Notons au passage que ce sont généralement les mêmes qui défendent le voile islamique – hijab, tchador, burqa, etc. – toujours au nom de la laïcité. Ces gens-là n’ont qu’un but, faire oublier, voire définitivement tuer la culture et les racines chrétiennes de la France.

En fait, ce n’est pas nouveau : le Grand Orient de France attaque le christianisme depuis la Révolution (et même bien avant !) mais il a trouvé ses « idiots utiles » avec la montée de l’islam salafiste et son corollaire, l’islamo-gauchisme.

Eh bien, tant pis, dans mon article d’aujourd’hui, j’ai envie de célébrer la magie de Noël car le jour de la naissance du Christ doit rester une période de joie et de bonheur partagés. Pour faire plaisir à mes amis, paras, légionnaires ou civils, je leur parlerai du 25 décembre… 1966.

Revenons pour cela au 21 avril 1962, le putsch – hélas avorté – des généraux en Algérie. Ce coup d’état mal préparé n’aura duré que quelques jours.

Ses conséquences seront tragiques, terribles, pour l’armée française et la nation !

Le lendemain du putsch, 220 officiers seront relevés de leur commandement, 114 seront traduits en justice et le pouvoir prononcera la dissolution de l’équivalent de cinq régiments :

Le 1er régiment étranger de parachutistes ; les 14e et 18e régiments de chasseurs parachutistes ; les commandos de l’Air 10, 20, 30, 40 et le groupement de commandos parachutistes.

Le 2e régiment étranger de cavalerie sera réduit à deux escadrons qui seront rapidement fondus dans le 1er REC, le « Royal Etranger ».

Les 10e et 25e divisions parachutistes seront dissoutes. Leurs régiments, retirés d’Algérie et envoyés dans l’Est de la France, seront regroupés au sein de la 11e division légère d’intervention – le mot parachutiste étant escamoté ! – la tenue « léopard » leur sera interdite et les cadres se verront prier de remiser leur légendaire béret rouge au profit du képi.

De nombreux officiers, jugés « peu sûrs « par le pouvoir, sont encouragés à bénéficier de « mesures de dégagement » (1). Si l’on ajoute à ces départs ceux qui, écœurés, quitteront l’armée sans qu’on les y pousse, c’est environ 1 500 officiers qui redeviendront des civils, soit 4 % des officiers d’active. La plupart d’entre eux provenant d’unités d’élites, parachutistes ou Légion étrangère.

Enfin, certains loyalistes, et non des moindres, choisiront la retraite plutôt que de servir une armée trop malmenée par le pouvoir. Ce sera le cas du général de Pouilly, commandant du corps d’armée d’Oran et du général Gracieux, inspecteur des troupes aéroportées.

Ce sera également le cas du général Olié, nommé chef d’état-major de la Défense nationale en mars 1961. Après le putsch, il s’opposera à Debré, puis démissionnera de ses fonctions en juillet.

Enfermés au fort de Nogent, les lieutenants des deux REP réécriront à leur manière le succès d’Édith Piaf, « Je ne regrette rien », cette chanson qui me donne encore la chair de poule plus d’un demi-siècle après le putsch et que l’on chante encore, avec nos anciens, lors d’agapes bien arrosées.

                Puis viendra le temps des jugements rendus par des juridictions d’exception.

Constitué deux jours à peine après l’échec du putsch, le Haut Tribunal militaire était composé de huit juges. Son recrutement fut difficile car certains généraux carriéristes se défilèrent pour ne pas compromettre leur carrière ; d’autres, plus honnêtes, ne voulaient pas avoir à juger des camarades qui s’étaient montrés plus courageux et plus loyaux qu’eux.

Dès le 3 mai, il était décidé de le renforcer par un second tribunal militaire ; un décret crée trois chambres constituant le « petit tribunal » qui siège à la 17e chambre correctionnelle.

Le premier procès, celui des généraux Challe et Zeller, ouvre une longue série.

Le 30 mai – veille du verdict – le Garde des sceaux Michelet écrit une longue lettre au procureur Besson dans laquelle il lui dit ce qu’attend l’État, à savoir, « les peines les plus sévères ».

Tout va basculer avec la défense du général Challe, le témoignage à décharge du général de Pouilly et le réquisitoire du procureur Besson, homme intègre, qui dira : « Après des semaines de réflexion et de drame de conscience, je ne me sens pas le droit de réclamer la peine de mort… »

                Challe et Zeller ne seront condamnés qu’à quinze ans de réclusion criminelle (2).

Le procès du commandant Hélie de Saint-Marc suit cinq jours après celui des généraux Challe et Zeller. Pour le pouvoir, avec le 1er REP qu’il commandait par intérim, Saint-Marc a été « l’épée » du putsch et à ce titre il doit être châtié « vite et fort ».

De sa cellule, Saint-Marc écrit à ses parents qu’il préfère « être en prison que d’être parjure aux promesses de l’armée comme à celles qu’il a faites lui-même ».

Là encore, le pouvoir intervient auprès de l’avocat général Reliquet pour qu’il demande une peine « lourde et exemplaire ». Comme Reliquet ne se laisse pas influencer, il recevra deux lettres comminatoires de son ministre de tutelle. Ceci restera dans l’histoire comme une belle illustration de la sacro-sainte indépendance de la justice sous la Ve République !

Le défilé des témoins – à charge ou à décharge, de droite comme de gauche –  va dessiner Hélie Denoix de Saint-Marc tel qu’il est : un individu à part, par l’absolue pureté et l’idéalisme qui caractérisent son « être » et son « savoir-être ». Anciens résistants, anciens déportés, camarades de combat, colonels, généraux, journalistes, tous relèvent les mêmes traits, le même sens de l’honneur, la même pureté d’engagement, le même refus de toute concession.

L’avocat général Reliquet reste fidèle à ses convictions : « Pour ce soldat dont le départ de l’armée sera déjà une peine cruelle, je ne requiers qu’une détention de cinq à huit ans ».

Le tribunal sera moins clément, lui infligeant une peine de dix ans de réclusion.

Ensuite, d’autres procès vont s’enchaîner à un rythme effréné :

Huit procès entre le 6 et le 25 juin, pour juger les généraux Bigot, Petit, Nicot, Gouraud, le commandant Robin, le colonel de La Chapelle, et les colonels Masselot et Lecomte.

Quinze audiences entre le 3 et le 27 juillet pour juger trente-six officiers dont, dans l’ordre de leur passage, le commandant Cabiro, le général Mentré, le colonel Ceccaldi, les capitaines Borelli, Borel, Carrete, Catelotte, Coiquaud, Estoup et Yzquierdo, les lieutenants Durand-Ruel, Picot d’Assigny et Ruben de Servens, les capitaines Branca, Amet et Montagnon.

Quinze audiences en août pour juger vingt-quatre officiers dont le lieutenant de vaisseau Guillaume (le « Crabe-tambour »), le lieutenant-colonel Puga et le commandant Botella…

Onze audiences en septembre pour juger quinze autres officiers.

S’y ajoute, à partir du 11 septembre, le procès dit « du complot de Paris » pour juger les militaires et civils accusés d’avoir préparé un coup de force qui devait, en métropole, assurer la continuité du putsch mené en Algérie. Sont impliqués le général Faure, le colonel Vaudrey, quatre commandants, un capitaine et quatorze civils.

Le 20 avril 1962, le général Salan est arrêté. À la suite de son procès, du 13 au 23 mai, il est condamné à la détention criminelle à perpétuité. Furieux que la peine capitale ne soit pas prononcée contre Salan, le pouvoir supprime le Haut Tribunal militaire pour le remplacer, le 1er juin, par la Cour Militaire de justice qui n’aura qu’une existence éphémère puisque le 19 octobre, le Conseil d’État, par arrêté, jugera qu’elle porte atteinte aux principes du droit. Mais le pouvoir s’empressera de la recréer par un vote du Parlement en date du 15 janvier 1963 (3).

Arrêté le 25 mars 1962, condamné à mort le 13 avril, le général Edmond Jouhaud échappera de peu à l’exécution, sa peine étant commuée en détention criminelle à perpétuité le 28 novembre 1962, après près de sept mois dans une cellule de condamné à mort. Georges Pompidou – qu’il en soit remercié ! – menacera de Gaulle de sa démission jusqu’à l’obtention de sa grâce. Lors d’un méchoui  à Royan, dans les années 80, le général Edmond Jouhaud, pour rire, me fera « pieds-noirs d’honneur » en raison de mes écrits en faveur de l’Algérie française. J’avais été présenté au général Jouhaud par mon vieil ami Marcel Bouyer, ancien député de Charente-Maritime et co-fondateur du réseau « Résurrection Patrie » de l’OAS-Métro, engagement qu’il paiera par six années de prison (4).

Déserteurs du 1er REP, le sergent Dovecar, deux autres légionnaires, dont Claude Tenne et Claude Piegts, seront jugés du 28 mars au 1er avril 1962. Piegts et Dovecar seront fusillés dans la nuit du 6 au 7 juin 1962 en forêt de Marly.

Le lieutenant Roger Degueldre, après le suicide du général de Larminat  qui refusait d’être « le Fouquier-Tinville de la Ve République », et une parodie de procès, sera fusillé le 6 juillet 1962, le lendemain de l’indépendance de l’Algérie. J’ai raconté ses combats et son exécution dans mon livre « Hommage à NOTRE Algérie française » (5).

Le dernier martyr de l’Algérie française sera le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, fusillé le 11 mars 1963, à l’âge de 35 ans…

Tous ces souvenirs tristes et tragiques nous éloignent de Noël ? Non pas tout à fait !

Le commandant Hélie Denoix de Saint-Marc a été libéré le 25 décembre 1966, jour de Noël. En 1978, ce grand soldat était réhabilité dans ses droits civils et militaires.

En 1979, il était fait commandeur de la Légion d’honneur, le 23 juin, par le Président Giscard d’Estaing. En septembre 1982, il se voyait restituer toutes ses décorations, par la volonté de François Mitterrand. En 2002, il était fait grand officier de la Légion d’honneur, le 28 novembre, par Jacques Chirac. Et le 25 novembre 2011, à 89 ans, il était fait grand-croix de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy qui dira à cette occasion : « L’étoile qui vous a guidé dans toute votre vie restera celle de l’honneur puisque vous lui avez tout sacrifié, votre carrière, votre famille, votre renommée, votre avenir et vos lendemains !  Et aujourd’hui, cet honneur vous est officiellement reconnu ».

De 1988 à 2010, Hélie de Saint-Marc a écrit plusieurs livres dont « Les Champs de braise », « Les Sentinelles du soir » et « L’Aventure et l’Espérance » (6) qui sont remarquables.

Le commandant de Saint-Marc meurt le 26 août 2013. Ses obsèques sont célébrées, le 30 août, par Monseigneur Barbarin, cardinal-archevêque de Lyon, en la primatiale Saint-Jean de Lyon, en présence du maire de Lyon, Gérard Collomb, du général d’armée Bertrand Ract-Madoux, chef d’état-major de l’armée de Terre, représentant le ministre de la Défense, du préfet du Rhône, Jean-François Carenco, de l’ancien ministre et maire de Lyon, Michel Noir, et de l’ancien ministre de la Défense, Charles Millon. Les honneurs militaires, durant lesquels le général Bruno Dary prononce son éloge funèbre, lui sont rendus sur la place Saint-Jean.

Il est inhumé au cimetière de la Garde-Adhémar dans la Drôme où il possédait une maison.

Une avenue Hélie Denoix de Saint Marc a été inaugurée, à Orange, le 6 décembre 2013.

Depuis le 15 mars 2015, une rue porte son nom à Béziers ; une autre rue porte son nom à Bollène depuis 2019 (où elle remplace la rue du 19 mars 1962).

La République, à travers quatre Présidents, a rendu hommage à un grand soldat injustement traité par les traîtres et les parjures qui ont bradé l’Algérie française.

Mon hommage d’aujourd’hui est bien modeste mais je sais qu’il sera compris par ceux – encore nombreux – pour lesquels Hélie de Saint-Marc reste un modèle.

Mes respects Mon Commandant !

Eric de Verdelhan

1) Feu mon père, officier parachutiste, était parmi ceux-là. Hospitalisé au Val-de-Grâce au moment du putsch, il aura évité le pire.

2) Sur les conseils de leurs avocats, ils n’évoquent pas l’affaire Si Salah devant le Haut Tribunal, car cette affaire honteuse, méconnue du grand public, aurait fortement embarrassé de Gaulle.

3) Précisons que ces juridictions d’exception étaient parfaitement illégales puisqu’elles interdisaient toute possibilité d’appel.

4) Ce réseau ne s’attaquait pourtant qu’à des bâtiments publics et n’a fait aucune victime.

5) « Hommage à NOTRE Algérie française » ; publié aux éditions Dualpha.

6) « Les Champs de braises. Mémoires » (avec Laurent Beccaria) ; Perrin ; 1995. « Les Sentinelles du soir » ; Les Arènes ; 1999. « L’Aventure et l’Espérance » ; Les Arènes ; 2010.

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13 Commentaires

  1. J’ai eu la chance de rencontrer le Général Jouhaud ,comme patient ,lors de ses dernières années .Un grand bonhomme !!!! Une autre génération !!!!

  2. J’ai 78 ans j’ai connu tout ça, je vous remercie pour avoir osé dire la vérité. Vous avez tout mon respect. Je n’ai pas de mot tellement vos écrits m’ont touché.

  3. L’analyse de ce putsch et de ses conséquence a probablement inspiré Erdogan en juillet 2016.
    Quant à l’affaire Si Salah, sa seule mention lors du procès du général Challe à suffit pour éviter à ce dernier une condamnation à mort : en effet, évoquer les dessous de cette affaire c’était rendre public le refus de Degaulle d’accorder en 1960 une « paix des braves » au FLN de l’intérieur qui aurait exclu du jeu la bande de gangsters du FLN de l’extérieur et assuré l’avenir d’une Algérie très différente de celle issue des pseudo-accords d’Évian.

  4. Notez au passage que l’arrêt Canal du 19 octobre 1962 mit un frein brutal à l’avalanche de condamnations et de procès iniques et scandaleux , organisés par un général qui n’a gagné aucune bataille.
    Merci à RL pour cette page d’histoire.

  5. Je ne comprends pas que l’on ne comprenne pas à quel point la guerre d’Algérie était un poids insupportable pour la France. L’Algérie française ne pouvait pas durer, sinon via une guerre interminable et ruineuse. On peut regretter la manière dont tout cela s’est terminé, (pieds noir, Harkis etc…), mais reconnaître au moins que c’était un combat d’un autre âge qui devait être clos.

    • Tout à fait d accord, voyant que tous les pays ont « abandonnés » ces pays, fallait il continuer à laisse massacrer nos soldats appelés, Mrs tous ces grades en désobéissance, fallaient resterla bas et défendre votre idéal,

      • Vous et vos geges étaient par contre pour les jeunes enrôlés dans cette guerre qui n était pas la leur et la notre, des jeunes qui lors d une perme ou pas ne voulaient partir dans votre bled et vous les traîniez devant les tribunaux militaire avec tous les risques encouru ou le risque de crever ou revenir gaga, vu le nombre de tous ces bidasses qui voulaient rester la bas, ils n avaient qu à rester la bas et faire leur guerre au lieu de redevenir civils avec tous les pieds noir, au lieu d être rapatrié, vous aviez le choix

    • vous comprendrez peut être un jour si les autorités de votre pays continuent de rester passif devant les événements ….

    • « prendre » le pouvoir, lui au-moins face au mecontantement a organiser un referendum et contrairement à certains très nombreux que vous defendez était un mec droit, qui payait son elec etc, sur ce site beaucoup ne veulent pas foutre la merde mais auraient de quoi vous contredire

  6. En 1962 j’avais 15 ans et j’étais en internat en classe de troisième au « cours complémentaire » d’un bourg de 2500 habitants environ. Nous avions tous entendu parler de l’OAS parce que le père d’un ou d’une de nos camarades de classe avait été arrêté, au titre de membre de l’organisation, du moins c’est ce que disait la rumeur. À cette époque-là et dans nos univers familiaux tout cela était assez irréel pour nous qui n’étions pas encore endoctrinés par l’école qui ne se mêlait pas de politique. Néanmoins, comme mon frère avait été envoyé en Algérie, comme ceux de sa génération, de 1956 à 1958, j’avais une vague idée de ce qui se passait là-bas et le putsch des généraux avait fait « causer » jusque dans les chaumières. Mais en fait c’est tout un pan de notre histoire récente qui a été occulté puisque nous en sommes restés, pour la plupart d’entre nous, à cet épisode vécu en 1962 et rien de plus.

    • Et itou conne vous sauf que j’ai vu « débarqué », dans la pension où j’étais, une famille de « rapatriés » avec leurs petites valises et qui a été embauchée à la plonge ou à la lingerie…
      Tous les ans, fin juin, se tient toujours, au cimetière de Vichy où il est inhumé, l’hommage au général Raoul Salan, qu’organise un deux survivants du « Petit-Clamart »: venez-y nombreux en 2023 !

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