Le biniou, le joueur de fifre et l'Empire (2e partie)

Ar binioù-kozh, lo flestelaire und der Kaiserreich.
1re partie :
http://www.ripostelaique.com/Le-biniou-le-joueur-de-fifre-et-l.html

Partie 2 : une lutte sans raison pour des enjeux cachés

Contingence morale, indistincte d’un État, structurant la cité peuplée de citoyens égaux en droits et en devoirs, la laïcité française est une fragile indirection que vient renforcer l’universalité d’une culture singulière, et, nationale. Bouillon commun, laissant échapper des effluves diverses, houblon ou thym, cette culture française, comme toutes, s’exprime par une langue, expression et mémoire de toutes ses épreuves, de tous ses composants ; langue nationale, autant média qu’outil d’introspection, voix formatrice des solidarités, ciment de la fraternité libératrice et égalitaire.
Et c’est bien dans un combat malhonnête sur la langue que s’exprime le séparatisme mortifère.
Comme les cultures toutes les langues ne sont pas d’égale importance ; le nombre de locuteurs, l’histoire réelle qu’elle sous-tend, la richesse sémantique ou poétique, l’expression des nuances, et l’importance des liens qu’elle peut induire, des références qui la peuplent sont autant de marqueurs d’une universalité qui s’affirme ou qui se refuse à une langue. Sans entrer dans les discussions de spécialistes sur les langues, les patois, les dialectes, on voit bien dans la réactivité agressive et acrimonieuse des thuriféraires des langues secondaires, alibi des régionalistes, que se bâtit une sur-représentation d’un nous victimaire, prélude à l’appel à la repentance, nouveau credo de ceux qui, colonisés en eux-mêmes, en mal d’explications de leurs incapacités propres, ne voient pas que l’histoire est passée.

Le Breton combien de divisions ? non bien sûr, mais combien de livres écrits dans cet idiome et traduits, en Français, en Espagnol, en Japonais ? ou en Basque !
Qu’est-ce que la culture bretonne ? Le breton et le kouign-aman ? Qu’est-ce que la culture occitane ? le languedocien et la mounjetade ? C’est un peu court pour faire des nations. Les musiques régionales ne sont guères séparables des ritournelles présentes dans l’ensemble du fond musical européen lequel trouve sa source commune sur les bord du Danube, l’architecture des régions de l’ouest ou du sud de la France, comme la peinture ou la sculpture, s’inscrivent, dans le cadre général de l’art occidental, avec des rapprochements croissant, sans écarts notables.
S’estompant avec le temps, reliées entres elles, vues de plus loin, les tournures régionales deviennent perceptibles comme parties localisées de la culture française, qui les sert autant qu’elle se sert ; la France est la charrue la province le champ. Il ne s’agit pas de nier les particularismes de forme, mais de les replacer dans le cadre plus vaste de l’histoire de l’Art, – de l’Histoire tout court aussi – et de les situer dans le mouvement réel qu’elles ont suivi et non pas subi.
De même il faut voir et accepter que ces cultures locales aient des ramifications au-delà d’elles-mêmes, ailleurs qu’en France, mais ces rapports ne sont plus primordiaux ; ils ne sont parfois que des traces, parfois plus, comme des fibrilles drainant des sucs infinitésimaux mais savoureux. Les réinventions et manipulations des langues et musiques régionales, qui ont été nécessaires aux XIXeme. et XXeme. siècles pour faire « renaître » un Breton ou un Occitan un tant soit peu unifié, marquent bien la déshérence de ces cultures, en tant que ferment autonome, et l’artificiel de leur rémission.
L’Arabe maghrébin est empli d’emprunts au Français, à l’Espagnol à l’Italien, en revanche le gommage des gallicismes (sic !) dans les idiomes régionaux est-il autre chose que du nettoyage ethnique ? Il ne ferait pas bon de s’appeler Dupont dans le Breizh en Euskalherria ou en Lothringen
Si l’italianité, pour des raisons d’histoire politique ne se lit pas comme la francité, il faut néanmoins constater que Vassari dés 1550 parle bien d’art italien, et que ni Vega ni Pirandello n’écrivent en Sicilien. Le choix de Dante pèse encore, et aucun des Italiens comptant dans la course de l’humanité n’aurait renoncé à ce liant commun, à cette identité porteuse, au profit d’une identification réductrice à leur province ; pourtant, contrairement à la France, de véritables états, riches, puissants, volontaires et parfois multiséculaires auraient pu porter l’éclosion de cultures nationales Toscane ou Napolitaine.
Cet article ne permet pas de détailler pourquoi, en France, la mutation historique de ces pratiques culturelles locales vers des cultures proprement nationales ne s’est pas faite, les causes sont identifiées, objectives et froides, en incriminer je ne sais quel impérialisme français est aussi stupide que de nier les justes raisons, politiques et culturelles, de Anne de Bretagne ou des Comtes de Toulouse et de Provence.
Alors aujourd’hui qu’est-ce que la revendication régionaliste ?
« A qui profite le crime ? » contient la première réponse, crime ? sans cadavre ? oh non ! le cadavre c’est la France, c’est la gueuze, puis ce sont tous les états-nations qui ont fait l’histoire et la richesse de l’Europe. Tous ? sauf un, l’état ethnique de référence.

La carte parle d’elle-même : la France et l’Espagne sont amputées de 40 % de leur population et de 50 à 60 % de leur PIB, cernées par des entités encouragées à l’hostilité, l’Angleterre réduite est projetée vers l’Est Saxon, l’Italie perd la Sardaigne et les terres réputées tedesques ( Frioul, Vénitie), en attendant le dépeçage albanais au Sud-Est, l’Ukraine et la Pologne reprennent leur rôle d’amortisseurs contre une Russie privée de mers chaudes.
Sur une autre carte de même origine l’Andalousie et la Sicile sont déjà promises, sur le modèle du Kossovo, comme régions émergentes, à de fortes minorités, exogènes mais tellement utiles au démantèlement ; le triangle Nîmes-Avignon-Toulon suivra lorsque les gogos-bobos auront bu la lie !
L’Allemagne, elle, s’enrichit (Ein Wolk, ein Land, ein Reich, air connu), s’entoure discrètement de satellites bien gras, l’Autriche et la Hongrie se retrouvent (Otto de Habsbourg est si sympathique !) pour faire mumuse dans les Balkans où les minarets poussent comme des baïonnettes.
Jamais dans l’histoire des locuteurs des dialectes bretons n’ont occupé une part aussi importante de l’ouest français (Nantes par exemple reste longtemps une ville « romaine »), jamais un sentiment d’appartenance commun n’a été partagé par une Occitanie aussi vaste dont on se demande bien quelle langue elle pouvait parler et quelle capitale elle avait ?
Dans la région concernée moins de 1% des jeunes baragouinent le breton ; à Toulouse, bien que les maires successifs caressent le poil des archéo-pétainistes, le ridicule des stations de métro énoncées en languedocien exaspère la plupart des habitants de la ville (dont une partie est Gasconne !) ; les électeurs Corses ont récemment répondu aux mafieux indépendantistes qui voudraient les transformer en « mickey » de corsicaland, et les Français des Caraïbes n’ont pas voulu de l’United Fruit. Mais ces évidences ne servent à rien, le dessein régionaliste est bien ancré dans sa réalité idéologique laquelle est tout autre chose qu’une culture à sauver ou un patrimoine à faire vivre, comme celui de Kaa, le serpent de Mooglie, l’air du biniou est lancinant, et … trompeur.
Gérard Couvert
(suite et fin au prochain numéro)

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