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Le caractériel Claro n’aime pas le réac’ Tillinac

Christophe Claro, un des souverains poncifs du Monde littéraire, s’en prend à Denis Tillinac et son dernier livre, Caractériel (éditions Albin Michel).

Certes Pierre Jourde dont l’un des ouvrages évoquait, en 2002, pour Le Monde des livres, le «  café du commerce  », « une brève analyse de comptoir », la « mauvaise foi », le  « manque de rigueur », la « respiration catarrheuse », les « injures », le « mépris qui confine au grotesque », soutient Claro parce que celui-ci, suivant les directives Jourde de La littérature sans estomac, exécute en bon toutou macoute, une critique agressive des auteurs français. Mais attention pas de tous. Sa préférence à lui, ce n’est pas la matraque éclectique, mais le tabassage par haine idéologique.

Denis Tillinac, pour Le Monde, c’est celui qui ose clamer le bonheur d’être réac’, celui qui sanctifie les Maisons de famille, celui avec qui, contrairement à moi, Claro n’aimerait pas prendre un Dernier verre au Danton (en aparté, j’ai pris plusieurs verres avec Denis Tillinac un jour de fin octobre 1998 à Nouméa).

Claro écrit sa critique avec une plume qu’il a certainement détachée de son croupion littéraire. Pour lui, ce roman qui souffre d’« ankylose stylistique », est un « récit entièrement constitué de carton-pâte », et pour le démontrer, il fait de Caractériel, un pré-texte à dictée scolaire : “Le silence grésillait [virgule] modulé plutôt que rompu par les chants des grillons [virgule]… », en sniper de la critique il tire quelques phrases – « L’affabilité taciturne d’une bâtisse », les « yeux doux d’une tendresse désemparée » d’un chien, les sourires « empreints de résignation » – pour les abattre d’une cartouche (d’encre) dans la tête.

Pour Christophe Claro, né à Paris, les romans d’enfance sont remplis de « quincaillerie nostalgique ». Surtout quand le gamin n’est heureux qu’au grand air de la campagne, quand il « cherche les restes de son âme en regardant le ciel étoilé. Le même ciel, les mêmes étoiles, à ceci près qu’aujourd’hui des lumières clignotantes d’avions sèment la confusion », quand il regrette la France encore habitée des paysages ruraux.

Les clochers, les villages, l’enfance avec Ivanhoé, Tintin, Kopa sont pour le critique du Monde de « la niaiserie à un degré d’ébullition jusqu’ici inégalité » dans un « interminable pensum ».

Tillinac se revendique de droite. « Et si je ne l’étais pas, pourquoi écrirais-je ? écrit-il dans le prélude à La Corrèze et le Zambèze. La gauche, depuis la Libération, tisse la trame des croyances modernes, il suffit de broder son moi dessus pour exister. D’ailleurs, la notion même de modernité trône au cœur de la conscience de gauche ».

Et l’enfance, et le regret d’un monde aussi perdu que celui des dinosaures de Conan Doyle, n’est pas de gauche, donc pas de ce Monde (littéraire)-là.

Mais ce qui, pour moi, est risible, c’est que sur la page suivante de celle du papier de Claro, il y a celle des parutions en livres de poche, et un articulet sur Ajoie, un recueil de poèmes de Jean-Claude Pirotte. Quelques vers sont reproduits : « Nous voici seuls devant le paysage nu/ c’est l’aube ou c’est le soir où sont les repères ».

Pirotte est un grand poète, mais quand on dispose deux vers sur une feuille, on a vite de la niaiserie, et surtout pas de quoi comme dirait notre critique « donner un double orgasme à Lagarde et Michard ».

Ailleurs, on peut lire à propos de Rien où poser la tête de Françoise Frenkel, « échapper aux persécutions grâce aux “hommes de bonne volonté” ». Voilà une expression qui, si je devais reprendre des mots de Claro, a « le souffle court ».

J’attends que Claro m’envoie son dernier ouvrage, Hors du charnier natal, je pense que j’y découvrirai quelques perles à donner aux cochons. Comme « un teint cireux », « l’affriolant baiser d’une allumette », « faire bombance de vents et de visions ». Innovateur, délicieux, “magique“…

Hors du charnier natal, 130 pages. Un interminable pensum aussi ?

Marcus Graven