Le célèbre pianiste Turc Fazil Say condamné pour blasphème !

Publié le 20 octobre 2013 - par - 2 418 vues
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[youtube]WauvZLtC_fo[/youtube]

http://www.youtube.com/watch?v=WauvZLtC_fo

Istanbul,  20 septembre 2013, 11h40, la sentence vient de tomber : 10 mois avec sursis de deux ans et report de peine. Condamné, le mondialement célèbre pianiste et compositeur Turc, Fazil Say, pour avoir critiqué l’islam en son pays, la Turquie.

Son « délit », lui vaut pour la seconde fois, cette année,  d’être condamné, mais laissé en liberté, car il a un casier judiciaire vierge, ce qui désormais n’est plus le cas. Donc, son « délit », est d’avoir twitté une citation de ce grand poête, écrivain, astrologue et savant perse, né en 1048,  Omar Khayyam, connu de nos plus grand littérateurs français, dont voici la citation twittée :

« Vous dites que ces fleuves couleront comme du vin. Le jardin d’Eden serait-il devenu une brasserie ? Vous dites que vous donnerez deux femmes à chaque Musulman. Le Jardin d’Eden serait-il devenu un bordel ? »

Cela coûte 10 mois de prison avec sursis.

Lien sur le quotidien turc Hurriyet en anglais qui confirme :

http://www.hurriyetdailynews.com/turkish-pianist-fazil-say-sentenced-to-10-months-in-prison-for-blasphemy-in-retrial.aspx?PageID=238&NID=54824&NewsCatID=341

Fazil Say déclare sur sa page amis Facebook, dans l’après midi du 20 septembre 2013,  qu’il est déterminé à aller jusqu’en cour européenne de justice et ajoute cette petite phrase du combattant qu’il est et que je me fais traduire par les amis de Fazil qui maitrisent l’anglais: « Ne vous inquiétez pas, la religion n’est pas le problème. Personne, même pas les athéistes ne cherchent à lui nuire, en revanche, ceux qui exploitent la religion lui nuisent. »  fin de citation.

Je n’ai pas entendu les belles âmes s’insurger sur les meurtres de prêtres dans ce pays. Si, sauf lorsqu’un grand clerc de l’église fut poignardé par son chauffeur. Il fut vite souligné que le crime n’avait pas de connotation politique … Il s’agissait de Monseigneur Luigi Padovese, vicaire apostolique d’Anatolie. Cette jeunesse, à laquelle appartient encore Fazil Say, se rassemble souvent, ces derniers temps, Place Taksim, pour manifester ses frustrations contre ce régime liberticide. Et, c’est ce régime que l’UE veut intégrer dans l’Europe ? J’aime les turcs, mais pas ce régime qui condamne ainsi un grand artiste pour délit de blasphème. Les peuples sont toujours victimes de leurs régimes.

Cette condamnation m’inspire de grandes inquiétudes quant à la liberté d’expression que le monde musulman essaye de réduire en promouvant l’idée de délit de blasphème. Non seulement en France, mais dans les instances internationales. Je citerai l’exemple concret de cette association musulmane des Etats Unis : American Muslim Political Action Committee (AMPAC), « Comité d’Action Politique des Musulmans Américains », qui espère une modification du premier amendement, dans le but d’y introduire le délit de blasphème. Ce qui signifierait qu’en cas de victoire de ce lobbying intense, aux USA, comme dans les instances internationales, le blasphème serait mondialement interdit et réduirait la liberté d’expression.  Une idée que l’église ne voit pas d’un mauvais oeil.  D’où sa discrétion.

Ce que qui est choquant dans cette histoire, c’est que chez nous, en France, le grand public croit encore que la Turquie est le pays laïc inauguré par Kamal Attatürk. C’est oublier que chrétiens et juifs n’y sont plus les bienvenus. C’est passer sous silence les déclarations d’Erdogan, lorsque, par exemple, il s’ingère et critique sévèrement l’Allemagne, parce qu’elle exige l’apprentissage de l’allemand, avant tout établissement dans le pays. Il a même osé, sur le sol allemand, recommander à ses compatriotes établis de se méfier de l’assimilation tout en exigeant l’installation de lycées turcs. Ce qui n’a pas manqué d’irriter la Chancelière. On le serait à moins devant telle outrecuidance !

Les tribunaux français, d’un pays supposé laïque, depuis un certain temps, sont abondamment saisis par des associations dites « anti racistes », pour réduire au silence ceux qui critiquent l’islam.  Alors que les critiques contre la chrétienté et autres religions ne rencontrent, à ma connaissance, pas de poursuites judiciaires ou très peu. Prétexte est pris par les associations, que critiquer l’islam serait du racisme.  L’islam serait devenu une race ? Ainsi, celui ou ceux qui critiquent l’islam sont intimidés. Terrorisés aussi, par la victimisation constante des musulmans, inventeurs du mot « islamophobie », pour justifier que le critique commet un crime. Nous nous trouvons dans une confusion totale des genres. Aux yeux des tribunaux français, Fazil Say, musulman, serait donc raciste contre lui-même … On le voit bien, le système judiciaire français ne tient pas,  face à la sentence turque contre Fazil Say.

fazilsayLes préceptes de Kamal Attatürk sont de plus en plus étouffés, pour faire place à un régime islamique, qui applique la charria et interdit le blasphème. La France laïque n’a pas à imiter ou à se mettre au diapason de la Turquie, pour être agréable à cette très large communauté musulmane, en partie responsable de l’élection du Président Hollande.  Je rappelle que 93% des musulmans ont voté pour lui. Non, en France le délit de blasphème n’existe pas. Et c’est très bien ainsi. Amalgamer islam et racisme était habile, pour culpabiliser une Europe qui ne s’est toujours pas remise des horreurs de la seconde guerre mondiale. Et, il faut l’admettre, l’intimidation fonctionne. Le politiquement correct s’en charge. En résulte un lourd climat de suspicion généralisée qui rend l’air irrespirable et qui rend tout un peuple avachi par consentement. Lobotomisé qu’il est par les médias mainstream au service du pouvoir.

Puisque l’actualité de Fazil Say l’exige et en soutien à ce grand pianiste et compositeur, j’ai donc décidé d’interroger des amis, musiciens célèbres, comme Ivry Gitlis, légende mondiale du violon, Israélien, le non moins célèbre chef d’orchestre, Paavo Järvi, Estonien, de la même génération que Fazil Say et qui est en ce moment aux manettes de l’Orchestre de Paris.

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Déclarations du Maestro Ivry Gitlis, Israélien,  sur la condamnation de Fazil Say.

Ivry Gitlis est le plus grand violoniste encore vivant, une légende mondiale vivante,  contemporain des plus grands qui furent ses amis, Isaak Stern, David Oistrakh, Yehudi Menuhin …

 Je ne suis pas là pour condamner des gouvernements mais pour défendre la liberté de dire et la liberté de penser et de pouvoir s’exprimer tout simplement. Encore une fois, c’est notre respiration d’artiste.  Et, c’est ça qui compte.  Autrement c’est la mort. Il ne faut pas oublier que Fazil Say est un drapeau mondial pour son pays, la Turquie. Fazil Say est un pianiste merveilleux, un musicien formidable, qui doit pouvoir s’exprimer. Je ne sais pas ce qu’il a dit ou pas dit, il n’a tué personne, en conséquence il ne faut pas le tuer non plus.  C’est tout ce que je peux dire. Je lui transmets toute mon amitié, toute ma tendresse, mon affection, mon soutien et mon respect.

 zubinmethaDéclaration du Maestro Zubin Mehta

Zubin Mehta est un chef de notoriété mondiale, Indien, Directeur à vie du Israël Philharmonic Orchestra et Directeur Musical du Maggio Fiorentino à Florence, il dirige régulièrement le Wiener Philharmoniker ou le Berliner Philharmoniker …

Je soutiens sans aucune réserve Fazil Say, un immense artiste turc et suis impatient de pouvoir le diriger prochainement. Il s’est constamment présenté comme un vrai artiste et son pays devrait être fier de sa grande réussite.

paavo_jaerviDéclarations du Maestro Paavo Järvi sur la condamnation de Fazil Say

Paavo Järvi, très célèbre chef d’orchestre, Estonien, est Directeur de l’Orchestre de Paris, dirige les plus grands orchestres mondiaux. Il fut dernièrement ovationné Salle Pleyel !

SB :         Qu’avez vous à déclarer sur la condamnation qui accable Fazil ?

PJ :          Cette sentence est inadmissible dans une société moderne. Peu importe les religions, c’est terriblement triste, qu’à notre époque, il existe toujours des hommes, qui dictent à d’autres ce qu’ils doivent dire ou non. Pour moi, ceci est une chose très dangereuse. Encore une fois, ce n’est pas une question de religion. J’ai un grand nombre d’amis à travers le monde de toutes religions, musulmans, juifs et chrétiens, boudhistes, encore une fois, ce n’est pas une question de religion tout court, mais de l’emploi faite de celle-ci par des hommes, pour administrer, dicter et contrôler des valeurs. Ce sont des extrémistes. C’est si scandaleux qu’un artiste aussi prestigieux que Fazil, universellement connu et reconnu, soit traité de cette façon et condamné pour ce qu’il a pu exprimer. C’est vraiment archaïque et nous fait réfléchir au rôle que la Turquie pourrait avoir si elle était acceptée dans l’UE.

SB :         Pensez-vous que la Turquie doit entrer dans l’UE ?

PJ :          C’est un sujet compliqué. Je crains que la façon dont la Turquie se présente actuellement, ne soit pas compatible avec nos valeurs humaines occidentales. L’islam n’est pas compatible avec nos valeurs occidentales. Une religion qui interdit l’éducation aux femmes et la liberté d’expression, ne peut pas être compatible avec les simples valeurs humaines que les pays européens ont fait leurs comme naturelles. Concernant la manière dont les choses se présentent actuellement, je ne vois pas comment cela pourrait fonctionner.

SB :         Quel est votre message à Fazil ?

PJ :          Mon message à Fazil et, je suis certain qu’il doit l’entendre de ses amis et admirateurs dans le monde entier : Garde tes convictions et sache que tu as des amis qui te soutiennent et crois en ce que tu dis, même si ce que tu dis n’est pas en accord avec d’autres. Que ces autres doivent admettre que tu as le droit, comme être humain moderne, dans un monde démocratique, de dire ce que tu penses. Il est très important que tu puisses avoir le droit de dire et, ce n’est pas ce que tu dis qui compte, c’est le droit de pouvoir le dire.

Nous savons tous que, s’il n’a pas le droit de s’exprimer, ce qui est un droit basique de l’homme, il n’y a plus de démocratie. Ne plus pouvoir s’exprimer signifie la mort de la liberté. Ce qui signifierait que nous ne sommes plus en démocratie.

SB :         Considérez vous que Fazil est l’étendard de son pays ?

PJ :           Oh, absolument. Fazil est peut-être même le drapeau le plus important de la Turquie dans le monde. Je voudrais ajouter qu’un grand nombre de personnes quittent leur pays car elles ne sont pas autorisées à s’exprimer librement.

SB :         Fazil a déclaré être prêt à saisir la Cour Européenne de Justice. Qu’en pensez vous ?

PJ :          Pour moi, la solution légale est la seule option qui vaille. Selon nos critères occidentaux,  nous croyons en ces options légales.

SB :         Les musiciens de votre orchestre sont informés de ce qui arrive à Fazil ?

PJ :          Oui, tous les membres de l’orchestre sont au courant de ce qui arrive à Fazil. Mais, je ne m’autorise pas à m’exprimer en leur nom. Je n’accepterai jamais que quiconque le fasse à ma place non plus. Cela dit, je suis certain qu’ils ont les mêmes sentiments que moi.

 Sylvia Bourdon

 

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