Le cerveau reptilien de l’autruche de gôche

Publié le 12 mars 2012 - par - 1 384 vues
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Si la gôche était un animal, ça serait indéniablement une autruche. Car lorsque l’autruche fait face à un gros problème, elle met la tête dans le sable. C’est ce qu’on appelle la politique de la « Terra Nova ».

 

Comme le cerveau de tous les animaux, celui de l’autruche de gôche a développé plusieurs strates au cours de son évolution. Mais celui qui régit l’ensemble reste le premier : le cerveau reptilien. Et cela d’autant plus que les oiseaux – tout comme les reptiles – sont les descendants directs des dinosaures. Certains zoologues estiment que depuis qu’elle a « perdu ses ailes », l’autruche de gôche est surtout proche de l’oiseau-éléphant, dit « Aepyornis » ou « Éléphant du PS ».

Pour en revenir au cerveau reptilien de notre autruche, sachez que celui-ci a – forcément – un fonctionnement primitif. Pour l’autruche de gôche, le monde (comme son cerveau) est divisé en deux : du côté droit les prédateurs dominants, et du côté gauche les victimes dominées. L’autruche se situant elle-même entre les deux. En effet, si l’autruche est clairement chassée par tout un tas de prédateurs (surtout imaginaires), elle ne crache pas sur un petit lézard de temps en temps, alors qu’elle est, normalement, végétarienne. Et cela la culpabilise beaucoup, notre autruche de gôche. D’où sa permanente schizophrénie.

Voici donc en vrac (et à l’image de son cerveau), la façon dont notre autruche classifie le monde. Listes non exhaustives (1) :

Côté droit : prédateurs-dominateurs-forts-méchants

  • L’homme (être humain de sexe masculin)

  • L’homme occidental

  • L’automobiliste

  • Le vieux réac’

  • Le motard

  • Le riche (à partir de 75 % du salaire moyen)

  • Le PDG

  • Le Français de souche

  • Le patriote

  • Le prolo

  • L’hétérosexuel

  • Le chrétien

  • L’Israélien

     

  • Le Mac Donald’s

Côté gauche : victimes-dominés-faibles-gentils

  • La femme (être humain de sexe féminin)

  • L’homme non occidental

  • L’automobiliste (quand il est victime d’un accident)

  • Le jeune con

  • Le cycliste (sauf s’il renverse une poussette)

  • Le bénéficiaire de prestations sociales

  • Le CGTiste

  • L’immigré

  • L’indépendantiste (Basque, Hollandais…)

  • Le bobo

  • L’homosexuel

  • Le musulman

  • Le Palestinien

  • Le kebab

Vous constaterez que ces listes sont symétriques : à chaque prédateur correspond une proie, et vice-versa. C’est pour cela que pour notre autruche, on ne peut normalement être classé dans les deux catégories à la fois, et qu’on ne peut pas, normalement, changer de catégorie : la nature est immuable. A cataloguer ainsi définitivement des groupes, on peut donc se demander si l’autruche de gôche croit véritablement que tous les hommes sont égaux, ou si elle veut corriger l’ordre – supposé – des choses. Un déterminisme social auquel elle adhèrerait finalement. Ainsi, peut-on raisonnablement classer les musulmans dans la catégorie des « faibles » ? Ils peuvent certes être mis, ou se retrouver, en position de faiblesse (comme tout à chacun). Mais il est injuste de les enfermer définitivement dans cette catégorie, non ? Du haut de ses presque trois mètres, l’autruche de gôche est donc bien condescendante envers ses « protégés »…

Mais c’est ainsi, car son cerveau reptilien fonctionne comme un ordinateur : il doit absolument ranger les éléments soit dans les 0 soit dans les 1 (les méchants ou les gentils). Heureusement, il est souvent secondé par le cerveau limbique – celui des émotions – voire par l’intervention du Cortex – mais uniquement pour justifier de manière alambiquée les réactions des deux premiers. Ce qui explique que l’autruche de gôche sache tout de même faire des nuances, comme on peut déjà le voir ci-dessus avec les exemples entre parenthèses.

Pour mieux comprendre, détaillons le cas de l’automobiliste. Celui-ci est normalement classé dans la catégorie prédateurs-dominateurs-forts-méchants (surtout s’il roule en 4×4). Mais il se voit classé dans la catégorie victimes-dominés-gentils quand il est victime, lui-même, d’un accident. Cela, grâce à l’intervention du cerveau limbique. Évidemment, il retourne dans la première catégorie dès qu’il reprend le volant.

Mais, il y a des cas bien trop complexes à analyser pour le cerveau de l’autruche de gôche. Prenons l’exemple d’un homme qui voudrait faire du mal à sa fille. Indéniablement, celui-ci devrait être stigmatisé pour être un prédateur/dominateur/fort/méchant ! Oui, mais s’il se trouve être musulman, il est déjà (et irrémédiablement) classé dans la catégorie victimes/dominés/faibles/gentils. Même s’il veut faire exciser sa fille… Étant donné que pour le cerveau binaire de l’autruche de gôche on ne peut être dans les deux catégories, comment va-t-elle réagir ? Eh bien son cerveau va « bugger », planter, ce qui va provoquer chez l’autruche à son tour, le réflexe de planter sa tête dans le sable.

Il y a aussi le cas inverse. Comme celui d’une femme d’origine maghrébine, féministe, homosexuelle et musulmane. Par définition, elle devrait être classée par notre autruche dans la catégorie victimes/dominé(e)s/faibles/gentil(le)s. Oui mais voilà, il s’avère dans le cas présent que cette femme est aussi une authentique patriote française ! Or quand on est une patriote, on est définitivement cataloguée dans la catégorie prédatrices/dominatrices/fort(e)s/méchant(e)s, quoiqu’on fasse. Sur un disque dur d’ordinateur, on appelle ça « les fichiers non déplaçables ». Notre pauvre dame reste donc indéfiniment à cette place, pour notre autruche, car dans ce cas, seul son cerveau reptilien intervient, sans communiquer avec les autres. L’autruche s’énerve alors, et court dans tous les sens en battant des ailes et en criant au fascisme (2).

Le syndrome du coucou inversé

Au plan de la reproduction, l’autruche se distingue des autres oiseaux, par le fait que toutes les femelles d’un même groupe pondent leurs œufs dans une sorte de nid commun, creusé à même le sol. Mais, depuis quelques décennies, les zoologues ont constaté une évolution de cette pratique chez l’autruche de gôche. Une évolution saugrenue, quoique finalement logique.

Ils ont ainsi pu établir, qu’à force de classer le monde en deux catégories, cette autruche a fini par ranger ses propres œufs dans celle des prédateurs-dominateurs-méchants ! En effet, elle trouve désormais que ses œufs sont trop gros – trop embourgeoisés – et de couleur trop « blanc d’œuf d’autruche ». L’autruche de gôche a donc effectué ce que les ornithologues appellent « le syndrome du coucou, inversé » : au lieu d’aller pondre comme celui-ci ses œufs dans le nid des autres (pour qu’on s’en occupe à sa place), l’autruche de gôche demande à tous les oiseaux alentour, de venir pondre leurs œufs dans sa crèche collective universelle. Car elle voudrait couver le monde entier sous ses (petites) ailes protectrices. Il en résulte que les autruches de gôche n’arrivent plus à nourrir tous leurs poussins, à les élever tous comme des autruches, et que ceux-ci finissent par se chamailler. Quelle est donc la réaction de nos autruches de gôche face à ce problème ? Elles mettent leur tête dans le sable…

Stéphane Buret

  1. Le Syndicat de la Magistrature, qui n’est pas le syndicat de tous les magistrats, mais uniquement celui de ceux de gôche (soit 1/3 tout de même), expose ainsi sa vision de la justice : dans toute affaire – et quels que soient les faits – celle-ci consiste à toujours être du côté de la femme contre l’homme (dans les affaires de divorces), de l’immigré clandestin contre le policier, du piéton contre l’automobiliste, du locataire contre le propriétaire, etc. Une conception partiale de la justice , dans laquelle la balance penche donc systématiquement du côté des – présumés – « faibles ». A ce sujet, je vous recommande de visionner un grand classique du cinéma autruchien (même s’il s’agit d’un mauvais remake) : 12 Autruches en Colère. Disponible chez Studio Bancal.

  1. Ne vous fiez pas aux apparences, et méfiez-vous d’une autruche en colère, surtout si celle-ci veut défendre son petit autru(mélan)chon ! Une autruche en colère peut en effet être extrêmement dangereuse : elle peut tuer un lion à coups de pattes ! C’est pour cela que peut de monde ose s’attaquer à elle. D’ailleurs, les zoologues considèrent que l’autruche n’a pas de réel prédateur.

 

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