Le chandelier juif n’a rien à faire à la mairie de Béziers !

Publié le 17 décembre 2014 - par - 3 348 vues
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Il l’avait annoncé, il l’a fait. Robert Ménard a installé le chandelier à 9 branches à côté de la crèche à la Mairie de Béziers pour fêter Hanouka. 

http://www.bvoltaire.fr/robertmenard/demain-vais-je-devoir-enlever-les-joyeux-noel-qui-eclairent-la-vieille-ville,143743

« J’ai par ailleurs reçu un mot du responsable de la communauté juive de Béziers qui regrettait de ne pas être là pour l’inauguration de la crèche et qui nous a félicités de l’avoir mise en place. Un autre membre de cette communauté, conseiller municipal appartenant à l’opposition, m’a demandé d’installer pour Hanouka un chandelier à neuf branches dans l’hôtel de ville. Je lui ai dit que nous le ferions, considérant que nous avons un héritage judéo-chrétien. »

Rien ne va plus. Mais il fallait s’y attendre. Nous défendons la crèche au  nom de nos traditions, d’origine chrétienne ou païenne (comme l’a remarquablement expliqué Brighelli) et naturellement des communautaristes réclament le droit d’associer leurs traditions aux nôtres. 

Aujourd’hui Hanouka, demain le nouvel an chinois, après-demain Pessa’h, l’été prochain, on fêtera le ramadan conjointement à la Mairie de Paris et de Béziers et Robert Ménard, comme Hollande, souhaitera un bon Aid el Fitr à ses concitoyens musulmans avant d’organiser à la Mairie de Béziers une gay pride  ?  

Qu’on ne me fasse pas de procès inutiles pour commencer. J’ai trop souvent défendu et les juifs et Israël et le mariage homo pour que quiconque me fasse le coup de l’antisémitisme ou de l’homophobie !

Je suis laïque et républicaine et à ce titre je tiens et à nos traditions et à préserver notre pays et notre système de tout communautarisme. Nous en voyons suffisamment les effets délétères pour qu’un Maire plutôt sympathique, qui jusqu’à présent ne raisonnait pas trop mal se mette lui aussi à vouloir « faire plaisir à tout le monde ».

Parce que c’est bien là que le bât blesse, d’abord. Un conseiller municipal, juif, de Béziers vient demander à Robert Ménard d’ajouter le chandelier juif à côté de la crèche… Que cette demande vienne d’une personne intéressée, déjà, est un acte de communautarisme…

Que ce conseiller juif ait eu l’idée de faire la démarche montre bien, ensuite, les dégâts faits par la montée du communautarisme musulman partout.  A présent, tout le monde ose ce qui ne serait venu à l’idée de personne il y a seulement 10 ans. Jamais les juifs n’avaient osé demander des salles de prières, des repas sans porc ou casher, et encore moins des jours fériés ou leurs chandeliers à côté de la crèche dans les mairies. Ils agissaient en bon citoyens français, appliquant dans leur vie privée leurs préceptes religieux, et rien d’autre.

Enfin, que Robert Ménard ait dit oui ouvre la porte à toutes les demandes communautaristes telles que je les ai évoquées ci-dessus. Nous nous acheminons inexorablement, grâce à des petites lâchetés comme celles du maire de Béziers vers la dictature des minorités, magistralement mise en scène dans Fahrenheit 451. Notre monde ressemble de plus en plus à celui imaginé par Bradbury mais, hélas, ce n’est plus de la science-fiction.

Et puis, ultima sed non minima, qu’es-ce que c’est que cette histoire « d’héritage judeo-chrétien » prise comme prétexte par Robert Ménard ? 

S’il est une certitude, c’est bien que nous avons un héritage chrétien, tout aussi fort que notre héritage gréco-romain. Au nom de cet héritage, va-t-on installer dans les Mairies la triade capitoline, les statues de Jupiter, Junon et  Minerve ?     Au nom de cet héritage, va-t-on installer à côté de la crèche une mini-reconstitution du temple de Delphes avec un des premiers commandements donnés aux hommes qui ont abandonné l’état de nature et de soumission aveugle à un ordre divin ou hasardeux : Γνῶθι σεαυτόν / Gnỗthi seautόn (connais-toi toi-même). Ce commandement est déjà évoqué par Platon  (quatrième siècle avant Jésus-Christ…) et c’est le début de ce que l’on pourrait appeler l’humanisme.

Je refuse quant à moi de dire que notre civilisation est d’origine judeo-chrétienne. En effet, même si le christianisme est né dans le milieu juif, il s’est répandu dans le substrat du monde romain dont il a très vite adopté les codes et les valeurs, abandonnant ipso facto les reliefs juifs pour atteindre une certaine universalité qui est une des raisons de son succès et de son implantation sur tout le monde occidental connu. Bien sûr, on me parlera des 10 commandements, juifs à l’origine, qui sont devenus nôtres pour une partie d’entre eux. Pourquoi sont-ils devenus nôtres ? Parce que la philosophie, la littérature, l’art…  grecs et romains avaient très largement préparé le terrain et avaient convaincu qu’il ne saurait y avoir de contrat social sans interdit de meurtre, d’inceste ou de vol… C’était déjà gravé sur le temple de Delphes avant que le christianisme ne fasse connaître la religion juive, les juifs étant une poignée, dans l’Antiquité, à vivre dans le monde occidental et à y faire connaître leurs 10 commandements. On ajoutera que ces 10 commandements sont pour certains d’entre eux inacceptables pour les Grecs, les Romains et les athées, ceux qui ordonnent de n’avoir qu’un seul Dieu (une aberration et une monstruosité pour les Gréco-Romains), de ne pas représenter animaux, hommes et Dieux (ce refus de l’art est complètement barbare, voir les bouddhas de   Bamiyan), de faire payer par les enfants les crimes de leurs pères jusqu’à la troisième ou quatrième génération…

Bref, si nous sommes bien héritiers, c’est du ou des systèmes universalistes qui ont abouti aux Lumières et à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, pas de systèmes communautaristes et religieux qui limitent la liberté de l’homme et son libre arbitre. A ce titre, seule des trois monothéistes  la religion chrétienne a droit à notre respect, parce que l’universalisme et la laïcité sont inscrits dans les Evangiles. A ce titre, seule la crèche de Noël a droit de cité dans les Mairies et autres Conseils généraux ou régionaux, comme emblème de nos traditions et chrétienne et païenne. 

On terminera en rappelant ce qu’est Hanouka avec cet extrait de wikipedia : « 

« Hanoucca (hébreu חג החנוכה Hag HaHanoukka, « Fête de l’Édification » ou « de l’Encénie ») est une fête juive d’institution rabbinique, commémorant la réinauguration de l’autel des offrandes dans le second Temple de Jérusalem, lors de son retour au culte judaïque, trois ans après son interdiction par Antiochus IV des Séleucides.

Elle marque une importante victoire militaire des Maccabées et symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l’assimilation grecque »

Nous sommes bien plus les héritiers d’Antiochus et de l’assimilation grecque que de l’héritage judeo-chrétien. C’est parce que les chrétiens à Rome ont refusé les lois de César, les lois des hommes, qu’ils ont été persécutés. C’est parce que que les juifs ont refusé de s’assimiler et d’appliquer la loi hellénistique que leur culte avait été interdit par Antiochus.

Bref, c’est par le refus de la laïcité que le scandale et la guerre sont arrivés. Et, en fêtant Hanouka ou le ramadan dans les mairies, des édiles nous renvoient inexorablement vers les âges obscurs et vers la nécessité de lutter pour préserver nos libertés fondamentales.

A lire en complément sur le même sujet, l’article de Pierre Cassen sur Boulevard Voltaire.

http://www.bvoltaire.fr/pierrecassen/beziers-apres-la-creche-et-hanouka-le-ramadan,145954

Christine Tasin  

http://www.resistancerepublicaine.eu/

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