Le chaos irakien : qui va payer ?

Publié le 26 mai 2017 - par - 7 commentaires - 776 vues
Traduire la page en :

Alors que les forces irakiennes regagnent, peu à peu, leur territoire face aux djihadistes de l’État Islamique, la question reste ouverte sur le futur de la nation irakienne. Le danger est encore important de retomber dans la violence entre les différentes factions du pays.

En 2009, l’Irak sortait de la guerre civile, avec les Américains pour arbitres. Cette fois-ci, les Américains n’ont plus la main. Les Kurdes cherchent à recouvrir leur territoire, les milices chiites ont des ambitions sur le pays, l’ancien Premier ministre, Nouri al-Maliki, manœuvre contre le Premier ministre actuel, Haider al-Abadi. Il manque à l’Irak une institution nationale au-dessus des factions, capable de désarmer les milices ; ce qu’avait réussi, précisément, Saddam Hussein. La clé du désarmement est économique, quand les hommes démobilisés trouvent du travail. Dans le contexte de l’Irak actuel, il faudra probablement attendre qu’un développement économique minimum convainque les miliciens d’abandonner leurs armes pour retrouver un travail dans la société civile. En attendant, il n’y a pas d’emplois, les milices restent le seul exutoire pour les hommes.

L’Irak se doit d’intégrer toutes ces milices, au sein d’un état suffisamment fort et légitime pour toutes les factions, pour le bien du pays. Le Premier ministre, Al-Abadi, essaie de créer une cohésion multi-ethnique. Peut-être, la conscription nationale pourrait remplacer la fidélité à une milice par le patriotisme. Malheureusement, il n’y a plus en Irak un leader respecté capable de dépasser les divisions entre Chiites et Sunnites.

Il y avait le parti Baas, ils l’ont dissous. Il y avait Saddam Hussein, ils l’ont tué sans procès. À l’heure où les Etats-Unis cherchent à se désengager du guêpier irakien, le pays risque de payer encore longtemps les erreurs de l’apprenti-sorcier américain.

Une piste développée par les analystes du Brookings Institute paraît intéressante : en décentralisant le pouvoir en Irak, on met un frein aux sectarismes. L’idée serait d’offrir un état décentralisé offrant des solutions locales, plutôt que de laisser les potentats locaux exploiter la décentralisation pour s’arroger autoritairement tous les pouvoirs. Les parlementaires irakiens sont actuellement inféodés, comme dans beaucoup de pays, aux partis qui les mettent en place. Ce système de représentation politique empêche les réformes d’intérêt général et punit ceux qui ont fait un bon travail, mais mettent en colère leur parti, comme l’ancien ministre des Finances Hoshyar Zebari. La solution pourrait être de remplacer l’élection des parlementaires à la proportionnelle par un vote par localité.

les États-Unis ne sont pas enclins à réparer leurs erreurs en continuant de payer pour aider l’Irak à se relever. l’Union européenne sera, bien évidemment, mise à contribution par Washington pour assister les réformes sociales, comme les questions de chômage dans lesquelles elle est, elle-même, enlisée depuis des décennies.

Les pays arabes, notamment les riches états du Golfe, sont outrageusement absents en Irak. Il est vrai qu’ils n’étaient pas les instigateurs directs de l’engagement américain dans la guerre du Golfe.

Enfin, l’Iran, malgré et à cause de l’opposition américaine, a clairement un rôle majeur à jouer en Irak et sait, contrairement aux gouvernements de Washington, attendre son heure.

William Kergroach

Source : conférence au Brookings Institute avecTamara Cofman Wittes, Center forMiddle East Policy (CMEP),Florence Gaub, European Union Institute for Security Studies; Kenneth Pollack, CMEP, Emma Sky, Yale University.  

Print Friendly, PDF & Email

Riposte Laïque vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 7 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires injurieux ou diffamants envers les auteurs d'articles ou les autres commentateurs.
  • La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de langage ordurier ou scatologique, y compris dans les pseudos
  • Pas de commentaires en majuscules uniquement.
  • Il est rappelé que le contenu d'un commentaire peut engager la responsabilité civile ou pénale de son auteur

Notifiez de
Nemesis

Dès qu’un pays est entre les mains des musulmans c’est la haine, la discorde, le sectarisme et les violences qui s’installent. Seuls les despotes arrivent à maitriser ces gens …

JACOU

Comme quoi le vivre ensemble ( même entre musulmans ) est un mirage que l’on veut faire gober aux français. Le vivre ensemble fonctionne un certain temps. Puis vient le temps de la discorde et de la guerre.

vova

Les frontières au Moyen – Orient ont été dessinées par les puissance Européennes , France – Grande Bretagne , suite à la disparition de l ‘ Empire Ottoman . Sur quels critères se sont – elles basées pour ce faire ? Sur quelle rationalité ? On s ‘ est juste contenté de tirer des traits droits à travers le désert , sans se soucier des populations ! Créer un État Irakien composé de 3 populations — Chiites , Sunnites , Kurdes — qui se HAÏSSENT profondément , était de l ‘ inconscience , ou de la folie pure . On en paie les conséquence aujourd ‘ hui !!

vova

Saddam Hussein , ce grand bienfaiteur , avait réussi à ramener la paix chez lui ….. à mourir de rire !! Les récalcitrants étaient GAZÉS , comme à Hallabja ! Le Koweït ANNEXÉ , guerre contre son voisin IRANIEN — 1 million de morts — , etc …

henri

SEUL DIEU poura rétablir l’ordre sur cette planette ; BUSH a vraiment destabilisé le monde musulman, il merite la legion d’HORREUR ,Sadam n’etait pas un ange, Kadafi non plus ainsi quele Dictateur Syrien, mais ,ils savaient contenir le monde musulman dans des limites acceptables , allant meme jusqu’a proteger certaines minorités BUSH est arrivé ,il a débouché cette sphere dans laquelle le diable etait contenu .

Rimanin

Eh bien concernant ce sujet, il faudra bien que l’Amérique mette la main au portefeuille car elle est “coupable & responsable” de cette catastrophe!
Coupable par ses mensonges, car en dix ans et dix chiffres (Source Foreign Policy), vous auriez pu nous écrire un bon article.
Cette guerre a affecté le Pakistan, avec une aggravation du conflit Afghan du fait de la présence américaine (dépenses militaires et pertes en vies humaines).
2+2 est la somme des conflits exacerbés après cette intervention (Iran et Corée du Nord).
0, est le chiffre attribuable au terrorisme en Irak avant le déclenchement de la guerre, Al-Qaïda est apparue après l’invasion américaine.
2,5 à 10 microns, est le chiffre de la pollution à grande échelle, poussières toxiques respirées en Irak, etc.

caillou Burgonde

<> À RECOUVRER ! ! !

Lire Aussi