Le Charlie n’hésite pas à en venir aux mains pour acquérir son nouveau journal préféré

Publié le 15 janvier 2015 - par

Figaro-vs-Charlie-Hebdo

Dès hier mardi les mougeons (moitié moutons moitié pigeons), tout fiers d’avoir vaincu les méchants islamistes terroristes uniquement grâce à leurs crayons, s’étaient mis en tête d’acquérir leur nouveau journal préféré.

Oui, sauf que Charlie Hebdo paraît le mercredi. Mais cela, seuls ses lecteurs le savent.

Aujourd’hui le journal s’est vendu bien plus que d’habitude et était déjà en rupture de stock à la mi-journée. Pour satisfaire ce nouveau lectorat mougeon, l’éditeur a décidé d’en tirer jusqu’à cinq millions d’exemplaires durant les huit semaines à venir. Des millions d’individus ont donc poussé ou pousseront la porte de leur librairie, convaincus d’être des vrais rebelles à qui on ne la fait pas. On est aujourd’hui un Charlie comme on était autrefois un Régis, celui dont on disait qu’il était un con. Une certaine fierté en plus.

Certains étaient allés jusqu’à s’inscrire sur une liste d’attente pour qu’un exemplaire leur soit réservé. On se demande s’il n’aurait pas fallu prévoir des tickets de rationnement…

Charlie-Hebdo-Ebay

Sur Ebay, les anciens numéros ou celui du jour atteignent des sommets. Un exemplaire « Tout est pardonné » est mis à prix à 100 000 euros, un prix farfelu mais qui suscite l’intérêt.

Un libraire raconte que « d’habitude, j’en ai deux chaque semaine, que je ne vends pas. Là, on a eu plus de 120 inscriptions et je n’ai eu que 27 numéros ! ».

L’état de fébrilité impatiente était tel que la rupture de stock de certains points de vente a donné lieu à des scènes d’hystérie collective dignes d’une promesse de concert des Beatles. On ne déplore pas de morts mais ce n’est sans doute pas passé loin. Le Charlie ne fait pas dans la demi mesure en matière de mougeonnerie.

Boutique-Dijon-Charlie-Hebdo

A Dijon, un kiosque a dû être évacué par la police après que des mougeons aient passé leurs nerfs sur la vendeuse qui a préféré, pour sa sécurité, baisser son rideau. Elle aurait, selon un témoin, refusé de vendre aux personnes présentes les trente-cinq précieux exemplaires déjà réservés à d’autres, là où habituellement elle n’en vend que deux. Mêmes scènes de bastons à la gare de Tours et au Furet du Nord de Lille, ou encore à Vierzon où des libraires ont subi des flots d’insultes. D’autres commerçants témoignent qu’ils ont préféré quitter les lieux pour laisser les clients se battre sur le trottoir.

France apaisée, unité nationale, tout ça…

 

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A Paris, ceux qui dimanche se donnaient collectivement une bonne conscience rassurante et gratifiante, à coups de « la guerre c’est mal, la paix c’est bien », se muaient trois jours plus tard en bêtes féroces : « sous les invectives, certains arrachent Charlie des mains de leur voisin ou de leur voisine. Quelques coups de poing volent ».

On peut se féliciter qu’ils ne détenaient que des crayons et non des kalachnikovs, sinon vous imaginez l’ambiance ?

Mougeons un jour, mougeons toujours. Et pendant ce temps, dans cette France apaisée où mercredi les gentils Charlie s’écharpaient comme des chiffonniers pour obtenir quelques morceaux de papier, comme presque chaque jour désormais une jeune fille de 19 ans se faisait égorger dans un hall d’immeuble parisien dans l’indifférence générale. Mais bon, padamalgam…

Caroline Alamachère

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