Le « choc des civilisations » est devenu une évidence

RI7brasdeferRevenir sans cesse sur la défense de la liberté d’expression – comme je le fais moi-même depuis les terribles événements des 7, 8 et 9 janvier 2015 – n’augure rien de bon. Si la liberté d’expression était ce qu’elle fut avant que les pays musulmans ne la contestent par les moyens que l’on sait, personne n’en parlerait. Le problème ne vient donc pas de la liberté d’expression en tant que telle, mais d’une nouvelle donne, essentiellement géopolitique.

L’actualité de quelque pays que ce soit est désormais planétaire. Tout rejaillit sur tout. Ce qui se pratique dans un pays – et qui en fait l’honneur – est jugé infâme dans un autre. En France, on peut caricaturer le divin. Dans les pays musulmans, il n’en est pas question. En France, l’homme et la femme ont les mêmes droits. Dans les pays musulmans, la femme est subordonnée au bon vouloir de l’homme. En France, la religion n’est pas la politique. Dans les pays musulmans, elle en tient lieu.

A multiplier les exemples, on se trouve devant une évidence que le Pouvoir ne cesse de nier. Quelle est donc cette évidence ? C’est celle du « choc des cultures » ou encore du « choc des civilisations » (1). Or, nous nous comportons face à cette évidence (soulignée pourtant dès 1996 par Samuel Huntington, et décriée depuis par tous les bienpensants !) comme nous nous comportions face à la montée des manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires (que le rapport Obin avait eu le courage de dénoncer en 2004, ce qui lui avait valu le qualificatif d’« islamophobe » !).

Et aujourd’hui, dévoyés par le sempiternel déni de réalité qui nous rapproche du pire, nous courons de mesure en mesure pour enrayer le mal. Le problème est que le mal est « culturel » ou « civilisationnel », et que le sentiment d’appartenance nationale en découle directement. Les élèves de Lise (2), enseignante parmi tant d’autres dans un collège « sensible » (3), lui répètent chaque jour qu’ils sont algériens, ou marocains, et non français !

Augmentons les moyens financiers destinés à promouvoir les valeurs de la République ; créons un service civique obligatoire pour susciter l’engagement solidaire ; multiplions les commissions parlementaires afin de réfléchir sur les modalités d’application de la laïcité ; revoyons les politiques de la ville et de l’habitat dans l’espoir d’éradiquer la précarité et l’exclusion : nous n’empêcherons pas la ghettoïsation volontaire de ceux qui entendent d’abord respecter leurs valeurs d’origine.

Le gouvernement a raison d’insister sur le respect de nos valeurs. Mais il ne doit pas oublier que les valeurs opposées aux nôtres s’enracinent dans le respect d’elles-mêmes, et qu’on ne peut rien contre un tel respect, dès lors qu’il s’arroge le droit de nous tenir en respect !

Maurice Vidal

(1) En allemand, le mot « kultur » signifie aussi bien « culture » que « civilisation ».

(2) Cf. Riposte Laïque n° 320, 322, 340 et 351.

(3) Comment avons-nous pu laisser libre cours à de tels collèges, ainsi qu’à des quartiers de même farine ?

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